Comment

Comment écrire quand c’est comme si de rien n’avait été, quand tout échappe que tout sonne creux, la voix elle-même ne prononçant, ne manifestant jamais que le dernier effondrement

Le personnage tenu à bout de bras ne tient qu’au fait de n’être que gris et sans paroles, page de journal pliée selon les lignes d’un horoscope uni, nounours cousu et recousu sur l’horreur inouïe d’un ventre de copeaux

Le public fuit accusateur, on ne fait pas des choses comme ça, on en a assez de se faire prendre aux séductions du fou malade, il faut des maisons fermées

Dieu soit loué. La prison invisible n’a pas bougé d’une brique, le condamné à vie n’a pas fini son temps, ça et là des bruits ne font que lui faire croire à quelque chose dehors, à quelqu’un à la vitre

Profitant d’un arrêt et du départ conséquent de nombreux voyageurs, il a changé de place, assis maintenant dans le sens de la marche et découvrant surpris que la dernière nouvelle avait été jusque là assise derrière lui.

De même qu’à sa première apparition, le haut col de son manteau noir complètement relevé lui cache le bas du visage jusque dessous le nez mais le dossier du siège abandonné ajoute maintenant à gauche un écran supplémentaire. Le quart resté visible laisse apparaître des cheveux châtains, au lieu du noir du souvenir, précédemment indéfini. Perversion fétichiste ou ascétisme islamique, peu importe, au fidèle infidèle : elle descend à l’arrêt suivant.

(Quitte à se répéter, à réutiliser les mêmes figures, à consacrer l’inexpérience fondamentale, au moins faire taire la voix qui dit tais-toi. Tromper le silence.)

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