À tu et à toi

Assis là dans la rue à dessiner en public pour la première fois de ma vie. Arrive, accompagnée d'un très comme il faut et très probable grand-père, une petite fille de l'âge d'Alice. Autant il parle peu, autant elle est bavarde. Ne m'interroge pas, comme les deux garçons de tout à l'heure, sur ce que je fais. S'approche, étant donné ma position assise la tête à hauteur de la mienne, me met la main sur l'épaule et me dit : Tu sais... Je ne sais plus maintenant qui d'elle ou des garçons m'a déclaré que la maison aux disques était infestée de rats.

Assis là sur le muret qui sert de banc, sur ce palier où on se retrouve, à réviser une chose ou l'autre pour la énième fois de ma vie, ces années-ci avec la jeune escrimeuse boulonnaise et le migrant slovaque franco- et cinéphile. Arrive une jolie brune visiblement méditerranéenne dont je remarque le décolleté. Si mes compagnons la reconnaissent pour être une germaniste et l'interpellent, ce n'est qu'après coup et par effort et raisonnement que j'arriverai à la replacer dans la frise chronologique. Apparemment pas le cas pour elle qui dit : Je vais rester un moment avec vous, et qui sans façons, sans marquer comme d'autres la différence, s'adresse ça et là à moi comme à un quelconque individu de la communauté. Comme je lui montre Het grote verlangen de Marcel Möring, pour lui dire que quelqu'un l'autre jour l'avait pris pour de la littérature allemande, elle me dit : Si tu es capable de lire des livres comme ça c'est déjà pas mal.

(Mai 2009, samedi 16 et lundi 18. Journal incertain des secondes d'oubli.)

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