Trompe-l’œil prosaïque

Le début du poème le déconsidérait d’emblée : "travaux de façade". Pas étonnant que le ravaleur fatigué n’en soit pas venu à bout, il fallait tout reprendre, ou tout rendre à la nuit.
Le matin un sculpteur , et en lieu et place du visage à retaper la table rase d'un bloc de pierre inerte et muet, vierge autant que Marie : depuis quand dit-on qu’il contient déjà la forme, que l’artiste la libère de l’emprise minérale ?
Piquer, tailler, y aller du burin, les éclats censés s’arrêter aux contours préexistants, comment sonder la dureté du bloc sinon les yeux fermés, oreilles tendues vers l’invisible, oreilles prêtes à rendre au lisible la beauté emprisonnée, un jeu d’enfant.
Mieux encore : le faiseur n’y étant pour rien, simple instrument de l'entité qui commande à tout, il ne lui est demandé que de s’abandonner à ce savoir et à cette force, que d’être outil humain agi et animé.
On voit d’ici l’histoire littéraire les mythologies polythéistes monothéistes animistes les théories psychanalytiques les cortèges et les manifestations les possessions les processions les processus les protocoles les kyrielles les kyrie eleison.
Chanter le la le vrai le juste.

Le sourcier réveillé a simplement buté dessus, et disjoint le caillou qui bondait la langue mais la voir ainsi débouler fait peur, quelque chose comme la mort pourrait bien arriver, et quelqu’un perdre au change.
Des papillons volettent dans les jardins rendus et les acteurs s’esquivent.

Pertes et profits








Fin :
JNP VIII-2000, peinture perdue



J.-M. R., La Voix du Nord du jeudi 25 mai 2006 :

La Poste égare cent copies de Sciences Po Lille
« C’est un fait rarissime. » Le ser­vice communication de La Poste, après plusieurs jours de recher­ches, se confond en excuses. Le paquet de cent copies de l’épreuve de culture générale pour l’admission en deuxième an­née n’est jamais parvenu à son correcteur.
« Il ne s’agissait pas de courrier traçabilisé, expli­que-t-on encore à La Poste. C’était juste un recommandé. »[…]

Octobre-novembre 2000, j’expose à Lompret, à La Petite Renarde Rusée. Je vendrai une petite gouache cette fois-là et une petite peinture acrylique après « In The Garage ». Quelque temps plus tard, je pense que je vais en vendre deux autres, commandées par un ami, artiste postal (on verra que c’est le comble) de l’Oise qui, n’ayant pas pu se déplacer, s'est décidé d'après photos. Les tableaux n’étant ni grands ni lourds et les emballer correctement ne me posant pas problème, je lui propose naïvement de les lui envoyer par la poste.


Expédiés en « Recommandé R3 » le 11 octobre 2002, ils n’arriveront jamais à destination. Après réclamation le 19 novembre suivant et de multiples courriers au bureau de poste local, au « Service Clients Courrier » de Libourne, puis au plus haut niveau que je croyais atteindre, à savoir la « Direction Générale de l’Industrie, des technologies de l’Information et des Postes, Service des Industries Manufacturières et des Activités Postales », soit plus de six mois d’échanges de lettres, je n’aurais jamais d’autre réponse que :

« Après enquête, votre colis a été déclaré perdu. […] vous avez été indemnisé le 17 décembre du montant forfaitaire correspondant. »
Aucune de ces réponses n’a jamais fait allusion aux questions posées par moi dès l’annonce, que je trouvais extraordinaire, de la perte.

Il m’était déjà arrivé, par mégarde, de mettre une lettre à la boîte de départ de mon bureau de poste, et de me rappeler ensuite que je m’étais trompé d’adresse ou que je devais compléter l’affranchissement. Lorsque je le signalais aussitôt après au guichet, je n’ai jamais eu de difficultés pour rectifier l’erreur, à deux conditions : que le courrier puisse m’être attribué sans aucune ambiguïté ; que la rectification soit faite par les employés eux-mêmes : pas question de reprendre en main propre la lettre mise à la boîte. Je trouvais ça bien. Cela me confortait dans l’idée que j’avais d’un circuit hermétiquement sûr dont le personnel était seul et pleinement responsable et je croyais que l’indemnisation des objets recommandés intervenait en cas d’incident majeur : catastrophe naturelle, incendie ou cambriolage. J’avais tort.
Alors qu’un seul département sépare nos départements respectifs, je n’ai jamais réussi à savoir aucune des circonstances de la disparition : où, quand, comment, sous la responsabilité de qui? J’ai alors compris que cette disposition était simplement prévue pour couvrir tous les dysfonctionnements possibles sans avoir à les justifier.

En ce qui me concerne, le problème n’est pas la valeur de mes productions. Un imprimeur local à qui je reprochais de n’avoir pas tenu compte de mes consignes écrites de mises en page d’une impression commandée m’a une fois dit que « de toute façon ça n’était pas génial ». Le problème est celui du travail attendu de tel ou tel prestataire, professionnel ou non. Un autre imprimeur, pourtant éloigné, à qui je reprochais d’avoir transformé un rouge vermillon en rouge carmin m’a simplement demandé de réexpédier les imprimés reçus. Quelques jours plus tard je recevais l’ensemble correctement réimprimé.
D’autre part, dans ma transaction rompue, mon correspondant faisait plus que payer : il donnait un sens à ce que j’avais fait et en attendait une satisfaction. Nous avons tous les deux perdu et quelqu’un d’autre en profite sûrement : je n’ai jamais reçu aucune preuve circonstanciée d'une destruction de marchandise. Des excuses, oui : autant que de lettres-types reçues.


La Poste aurait-elle changé entre temps ? Suite de l’article :

« Nous présentons nos excuses aux étudiants et à 1’IEP », lâche la responsable de la com­munication de La Poste dont un représentant participera ven­dredi à une conférence de presse avec la direction de l’IEP. Ce jour-là, on en apprendra sans doute un peu plus sur les circons­tances de la mystérieuse disparition.

Sans doute. Qui croit vraiment à une enquête ? L’intervention d’un responsable de la communication n’est pas de bon augure. Call centers et hotlines, tampons en tous genres, les seigneurs des châteaux plus que jamais inaccessibles volent (comme des oiseaux) au-dessus de la mêlée. Et c’est justement une coïncidence (qui n’en est peut-être pas une : y aurait-il article pour des particuliers non particuliers ?) qui me fait revenir sur ce chapitre désagréable. Une note termine la relation du fait divers :

~ Le 17 mai déjà, les candidats à l’ED­HEC avaient dû repasser une épreuve après la disparition d’un paquet de co­pies.

Science Po, EDHEC… Je ne veux ni ne peux polémiquer, ni dénigrer La Poste, ni surtout faire des reproches à ceux qui y travaillent : beaucoup partagent avec les usagers une même conception de cette activité civilisée. Mais je ne suis pas sûr qu’il en aille de même avec ceux qui la dirigent. Si seulement les politiques, commerciaux et autres directeurs de ressources humaines pouvaient à l’occasion se rendre compte qu’il manque ici et là un peu d’humanité non intérimaire… Mais aiment-ils leur travail autant que les facteurs l’aimaient?
Personnellement, je crois que comme avec ma conception du Courrier recommandé je me suis mis le doigt dans l’œil en disant oui à l’Europe : je voyais en rêve une extension à l’échelle continentale des services publics, chemins de fer et postes y compris, où aurait été réuni tout ce que chaque pays avait de meilleur en la matière.

Le titre de la deuxième peinture perdue* vient en partie du fait que je m’y suis servi d’un tube que je n’utilise pratiquement jamais, préférant reconstituer la couleur en question. Si jamais vous les voyez passer quelque part ...

*JNP 1-IX-2000 : Travail au noir


Les animateurs





J. Sauvageot / A. Geismar
D.Cohn-Bendit / J.-P. Duteuil
LA RÉVOLTE ÉTUDIANTE
les animateurs parlent
Éditions du Seuil
"imprimé en France 6-68"
"L'histoire immédiate" collection dirigée par Jean Lacouture
Photo Elie Kagan



La collection méritait vraiment son nom. Que deux lettres à changer : il n'a pas fallu longtemps pour écrire agitateurs.

Faites-moi signe


Mail art call */

Projet d’art postal /

Postkunst project

Give me a sign /

Geef me een teken

Carte postale de format carré, dimensions maximum 20 x 20 cm
De préférence fabriquée, technique et support libre
Un signe = un seul - ni un mot ni un texte ni une image

Verso à votre disposition
; timbre et adresse du côté que vous voulez.(Le plaisir du donneur d’ordre : aux autres d’inventer des solutions…)
Date limite : le 15 septembre 2006Exposition en octobre + dès que possible sur  jnp & au fur et à mesure des réceptions
Pas de retour, documentation si réponse correspondant au projet et adresse indiquée.
(Si vous voulez la recevoir par email envoyez-moi votre adresse électronique; la mienne est ci-contre à droite, n'oubliez pas de la décoder. La vôtre ne sera pas publiée mais seulement utilisée par moi.)

Envoyer sans enveloppe à

JNP, 36 rue de Québec, 62100 CALAIS, France
*Please send me without an envelope a

homemade postcard of square format, size free up to 20 x 20 cm
Free techniques and media
A sign = one sign - not a text nor words nor a picture, except if this picture "gives a sign" (not a message)
Sorry the solution is left to you...
(If you do want to send me a message or another artwork as well, use the back as you like - stamp and address on any side)
Deadline : September 15, 2006Works will be exhibited on line as far as I manage to do it but in any case at the above address in October 2006
No selection, no return
Documentation if work relevant to the project and sender's address written

(You may let me know your email address by writing to mine:
"jan_o_neel at hotmail dot com" - I won’t publish yours but will contact you it in case of new projects.)

Ce grand garçon sensible



Roman d'amour inédit
par Claude Gérard
Les Éditions de la Gazelle
"Collection de Fontenailles" n° 53
Châteauroux, s. d.
Illustration Desmé

C'est un matin

C’est un matin que je dormais
L’histoire achoppe dans ma chambre
Montée du bas où qui venu
Une mort faute en noue le drame

Est-ce plus tard ma mère crie
Que la recrue va en pâtir
Je suis victime mais n’ai pas
Un alibi si impeccable

Noyé pendu le grand-papa
Savoir quand même me perturbe
Je n’ai pas pu barrer la croix
Et tu vois comme mes mots hurlent

Cinquante-trois années passées
Le désespoir est-il le sas
Du bathyscaphe où je griffonne
Une monnaie de mots masqués

On voudrait bien redémarrer
Rien qu'un voyage du manège
Or illusoire le répit
Argent perdu que nos histoires


Version légèrement modifiée d'un poème paru en 2001

"En amical salut à Jean-Michel Aubevert"
dans la revue Dixformes-Informes de Philippe Brahy
Adresse actuelle =
D:\Ecriture\Vers\Mesurés

In The Garage


L’héritage de mes parents avait aidé à le faire construire, et c’était un peu comme si je rapportais ici un peu des biens familiaux vendus, si ce n’était pas faire ce qu’on n’avait jamais réussi à matérialiser là-bas.
Le local attenant à l'emplacement voiture devait me permettre de dégager la maison de tous les bouquins amassés au cours de mes pérégrinations. Mais comme je faisais visiter le bâtiment tout juste fini à Xavier et Michel un vendredi soir après la gravure ils y ont vu un atelier idéal et Xavier a trouvé qu’il fallait au moins y faire une exposition avant de l’occuper.
A condition qu’ils m’accompagnent dans l’organisation, je me suis laissé dire. J’ai invité à exposer des gens de trois horizons : Guy Ferdinande et ses amis de la région lilloise, ceux de l’atelier de Gravelines et des élèves des cours de dessin de l’École d’Art de Calais.

L’exposition IN THE GARAGE eut lieu les 26 & 27 mai 2001. Y participèrent :

Agnès CARRON, Cap'tain NICO, Christine DAUBELCOURT, Guy FERDINANDE, Jannick GODON-WARNAULT, Jean-Jacques DE RETTE, Jean-Louis REULET, Jean-Noël POTTE, Joséphine DOMINAULT, Karine BRACQ, Margrit DELCROIX-GOBBI, Marie-José VASSEUR, Mathilde BOMMEL, Michel BUTSTRAEN, Nadège FAGOO, Nicole LOUCHAERT, Philip ALSICAN, Philippe LEMAIRE et Xavier HENNICAUX.

Ce fut pour moi un événement unique et l’exposition personnelle que j’ai pu faire par la suite et ailleurs ne m’a pas apporté la même satisfaction que cette expérience modeste mais collective. Je ne dis pas événement pour signifier important mais pour exprimer le sentiment de quelque chose qui arrivait un peu tout seul et en supplément à ce que chacun avait apporté de soi. On se sentait légers.

Ci-dessous : invitation à exposer et invitation à l’exposition.

(roll over)



Parade dominicale

(Morceau en tu) Quatre heures ou cinq, semaine ou dimanche tu te lèves comme tu en as pris l’habitude à courir les braderies et brocantes. Des années durant tu y as acheté des livres d’occasion et voyant que tu pouvais en revendre dans les salons et autres bourses aux collections tu as rêvé tout haut que tu allais t’installer bouquiniste pour fuir le métier qui t’était tombé dessus comme un boulet quand tu étais adolescent. Même pas eu le courage : peut-être - mais au fur et à mesure que tu avançais tu te rendais compte que ton stock ne t’aurait pas permis de vivre, et d’autant moins que tu avais souvent acheté par plaisir sans prendre en compte le marché réel. Ce que tu y as gagné est d’un autre ordre. Toi qui ne bougeais guère, tu t’es mis à sortir, à parler un peu et à rencontrer des gens, à vivre un peu leur vie. Le plaisir d’avoir fait cent kilomètres et de s’entendre interpeller par ceux qu’on connaît. Le plaisir d’en voir qu’on ne connaît pas et de comprendre rien qu’à les voir ce qu’ils sont en train de faire. L’excitation du départ, de l’installation, la chasse aux trésors, les découvertes, les déceptions. La marche au petit matin. Une vie parallèle. Lundi dernier lundi de Pâques, tu y es encore allé, l’addiction encore mais si peu, le plaisir au contraire de goûter du dehors. Le jour n’est pas levé que les rues s’animent déjà et cette animation n’a rien à voir avec la circulation habituelle. Elles se remplissent peu à peu mais inexorablement d’une foule étonnamment décidée. Tout le monde trouve à se caser. La police n’intervient que pour faire respecter le passage des pompiers. Les évangélistes exposent la bonne parole dans l’indifférence générale, y compris celle de la population que tu supposes musulmane. Il y a des villes où tu n’étais souvent allé qu’à ces occasions-là et lorsqu’il t’est arrivé d’y retourner en temps normal tu ne les reconnaissais pas, soit moins vivantes, soit trop bruyantes et arrogantes. Mais pour diverses raisons, la fatigue, la raréfaction des objets qui avaient un sens pour toi, et malgré tout une sorte de manque qui t’accompagnait, tu as quand même décroché. Quand tu te réveilles à quatre heures du matin et que tu n’as plus envie de dormir, tu considères un vide, un vide que tu avais sans doute ainsi bouché. Ce matin c’était clair : après le black-out des derniers jours, tu allais trouver ou retrouver une image à poster puis récrire un message. Mais tu savais la réalité. Chez toi, le plein. Du pain sur la planche. Tous ces livres et vieux papiers, toutes ces choses promises par toi à un bel avenir, les voilà pour l’instant rassemblées quasiment en vrac, les noyaux d’ordre éphémères enfouis sous plusieurs couches de sédiments. Livres à lire, livres à revendre, collections, matériaux réservés aux assemblages problématiquement futurs, tout s’emmêle et rejoint dans le même magma tes productions personnelles épisodiques, gravures au rebut et écrits en panne. Comment y retrouver quelque chose ? Tu as passé un bon moment dans ton local. La participation aux portes ouvertes d’octobre dernier t’avait permis un premier défrichage mais tu n’as fait que repousser le tas derrière tes cimaises de kraft. C’est vrai que tu n’as toujours rien fait d’autre que de t’abandonner au désordre pour une fois au bout du vertige te reprendre tant bien que mal. La peur : jusqu’où la tenter ? Tu as rouvert les boîtes de photos prises par toi depuis plus de vingt ans et les fantômes de ta vie t’ont sauté à la figure. Il est peut-être temps d’agir, de trier, d’ordonner, de cadrer ce qui peut l’être. Que tu te dis. Tu avais trouvé un titre qui jouait sur le mot "chine", tu avais théorisé la nouvelle livraison : ni journal intime, ni vraiment écriture, simplement une interface à l’oeuvre entre passé et aujourd’hui comme entre les pièces de ton semblant pulvérisé. Abandonné le titre, tu racontes ta vie et mouds le vent à grand renfort de phrases trop longues. Tu devrais effacer mais tu ajoutes coincé : ce qui se montre et s’écrit ici, ce qui arrive ici n’est jamais qu’écran. Tu pries assis pour qu’y advienne le théâtre d’ombres de l’enfance perdue.

Photo trouvée

Exergue

"Tout m'avait toujours été ouvert, ma vie n'avait été que l'interminable série de mes erreurs au sujet de ma vie."
(Emmanuel Berl : Sylvia, Gallimard 1952 p.249)

De rien

Ou les petits plaisirs du courrier électronique.
Il y a quelques jours, j’ai fait des recherches sur le web pour trouver des crayons à dessin.
C’est vrai que j’aime bien chercher pour chercher, mais il y a aussi que la distribution commerciale qui s’impose, celle des gros et forts qui rachètent les petits, aboutit à une soi-disant diversification de l’offre, alors qu’en fait deux ou trois marques seulement, quand ce n’est pas une ou deux, sont représentées partout, qu’il s’agisse de yaourts, de crayons ou de papier. Cela ajouté aux contrats d’exclusivité qui lient les détaillants, il devient impossible de faire des comparaisons. Il y a un type de crayon que j’aime bien en ce moment, mais je ne le trouve que dans une seule marque et je voudrais pouvoir essayer le même type produit par des fabricants différents (je trouve qu’il est bien, mais aussi qu’il pourrait être mieux). Je sais que la logique dominante veut qu’il n’y ait plus à la fin qu’un seul fabricant, un seul distributeur et un seul ayant-droit de chaque marchandise ordinaire. On en vient à désirer que le prix du pétrole monte encore pour revenir un peu en arrière exploiter les ressources naturelles et humaines régionales, ce dernier mot pris au sens large.
Je m’éloigne du peu que je comptais écrire mais je crois que ça m’amuse de contredire le sens apparent du titre.
Le regroupement évoqué ci-dessus n’ayant pas encore abouti, j’ai découvert que des crayons qui risquent de m’intéresser ont eu une longue histoire en Europe centrale et sont encore fabriqués en République tchèque. Le site du fabricant se présentant non seulement en tchèque mais aussi en anglais je vois que leurs articles sont vendus dans plusieurs pays pour lesquels ils indiquent le distributeur, mais la France fait partie des « autres », auquel cas il faut s’adresser directement au producteur. J’envoie donc un e-mail pour savoir si un habitant du Nord-Pas-de-Calais peut se procurer leurs produits.
Le lendemain ou le surlendemain je passe en revue la liste des indésirables de ma boîte aux lettres. Entre autres filtres le spam américain m’a conduit à écarter les objets commençant par ‘re:’, mais je repêche de temps en temps de vrais courriers et en l’occurrence l’extension ‘.cz’ m’a fait le même plaisir que les timbres étrangers à un enfant collectionneur. C’était la réponse à ma demande d’information et on m’indiquait les coordonnées d’une société française distribuant leur marque. Message en anglais bien entendu, mais peut-être parce que je vois que la personne qui l’envoie porte un nom tchèque et un prénom français, « Marie », c’est en français que je fais ce que je fais toujours, à savoir dire « Merci » aux gens des administrations ou des sociétés qui prennent la peine de répondre à un message écrit, même si c’est plus facile que par courrier postal.
Peu après, retrouvant dans ma boîte un message avec ‘re:’ et ‘.cz’, ma première pensée est que j’ai dû faire une erreur de manipulation, mais non. J’ouvre et trouve :
« De rien ».
J’ai trouvé ça extraordinaire. Vous allez dire qu’il ne me faut pas grand-chose.

(J’ai envoyé un autre e-mail à la société française distributrice. Aucune réponse à ce jour. Mes craintes : soit elle n’existe plus, soit ce sont des gens qui téléphonent. J’ai horreur du téléphone.)

Diorama





Semaine passée

(Cycle express)
Mardi message, sans nouvelle à vrai dire, mais le vieux fou est remué. Celle au prénom de châtelaine l’a au moins entendu exprimer un souhait et l’histoire d’elle s’agrandit d’une page. Le chroniqueur se croit quelqu’un mais la semaine est à venir.
Mercredi le vent tourne. Le patient laisse entendre au médecin que ses souffrances sont désormais plus légères puis sort sans prendre garde. Au supermarché sent soudain qu’on le regarde. Reconnaît qui attend à la caisse cet ami qui le fixe comme avec étonnement sans répondre au signe de salutation que lui croit lui faire. Devra forcer pour obtenir un sourire gêné. Réalise que cela fait au moins dix ou vingt ans qu’il a lui de fait coupé les ponts, comme avec combien d’autres, pour quelles raisons intimes, sinon celle plus ou moins involontaire de reporter sur autrui ce qu’il pense qu’on lui a fait de mal, ou bien encore la honte de ce qu'il est, comptant sur un changement hautement improbable de sa façon d'être au monde pour rétablir un jour les relations rompues. Le mal fait lui fait mal.
Jeudi decrescendo. Le matin aux Attaques tri des livres arrivés. L’après-midi informatique, puis atelier modèle vivant, écourté pour vernissage inattendu, on y est invités. La statue de sable ne tiendra pas la route. Il avait soi-disant oublié avec quelle facilité il perdait la face à l’endroit du plaisir, à savoir ce soir-là l’entrée en communication avec une jeune femme à qui trouve du charme. Il avait aussi oublié avec quelle difficulté il évoluait dans ce genre de manifestation, combien il se sentait étranger à ce qui s’y passe, et d’autant plus qu’il se sent de moins en moins capable de produire lui-même un travail valable. La seule consolation une autre main un court instant posée sur son bras. A la sortie l’autre personne semblait le fuir, disant bonsoir sans même se retourner.
Vendredi après-midi unique demi-journée de solitude de la semaine, réservée au dernier des projets personnels : dessiner. Échec sur toute la ligne. Alors qu’en présence de vrais modèles il se sent animé, les photos l’arrêtent, le rétrogradent à un état antérieur, où la peur de rater la ressemblance le réduit à recourir au quadrillage, sans parvenir à rien pour autant. Le soir à Gravelines le passé n’est plus là, même plus d’illusions.
Samedi le palier. Trier des livres et jardiner sont antidépresseurs et Enfermés dehors fait rire à pleurer. Les démons attendent.
Dimanche leur fête. Un autre vernissage vient séparer le possédé du commun des humains. Plus rien ne le rattache aux images qu'il croyait aimer, ni aux gens qui sont là. La coupure dure, mais enfin tout en bas, après des heures de compulsion solitaire de l'enfer fantasmatique, le personnage rabaissé à terre par le dégoût de soi est bien forcé d’admettre que la machine vitale qu'il sent bon gré malgré se remettre en route n’a pas plus de sens moral que les icônes grotesques vocation au chaos. La grange aux vieux papiers lui sert de sas pour revenir au jour.
Lundi récrire (au moins en décider).

Expo

En ce premier week-end d’avril 2006

Jacques et Maryse Legrand Marie-Pierre et Jean Leleu
Jean-Noël Potte Daniel Renart et Annick Vanpeene
Montraient peintures sculptures et photographies
Dans la salle polyvalente de Landrethun-les-Ardres

Ils avaient été invités par Marc Dzalba-Lyndis
Le président de l’association Lieux Dits
Ils prirent dimanche midi un verre de vin à bulles
Avec élus amis et randonneurs du cœur et

Les fenêtres oblongues du local de fortune
Dispensaient aux choses une lumière égale
Les TGV passaient à leur horaire habituel
Le vent soufflait sans faire de courants d’air

Recto-Verso


Linogravure sur papiers divers : épave de Méthode Boscher,
Pages Jaunes et vieux registre privé.
Marque-page créé pour un projet collectif de
Alin Anseeuw (Editions Ecbolade) & Christian Limousin :
livres d'artistes et marques-pages, exposés à Avallon à l'automne 2004
L'image de fond provient du site Mayang's Free Textures

Le funambule

Le funambule blagueur n’est pas aussi rassuré que ses mots d’esprit plus ou moins fumeux pourraient parfois le laisser entendre. Parti sans réfléchir, il a jusqu’ici gardé un semblant d’équilibre en balançant à droite et à gauche ses fonds de tiroirs, vieilles ficelles et boutons décousus, photos retouchées et cinéma de catéchisme. Le sac en papier dans lequel on souffle pour ensuite le maintenir fermé d’un poing et l’écraser de l’autre, les tours de cartes faciles et les images à deviner, ça il sait faire, et c’est vrai qu’il suffit de peu pour ne pas tomber mais il se demande quand même jusqu’où il pourra tenir. Il se voit déjà confondu, obligé de fermer boutique, voire poursuivi pour il ne sait que trop quels délits multiples et simultanés, usurpation et arrogance, haleine courte et publicité mensongère, et les poches vides enfin retournées, condamné à plonger sous les rires du public.
Fiction grossière. La corde imaginée n’est même pas peinte sur un pont, il n’y a ici ni pont ni bateau, ni aucune profondeur. Il n’y a pas moyen de faire le plus petit voyage, et encore moins le risque de faire une chute quelconque, toutes les portes sont peintes à même les murs, et les fenêtres sont des écrans où des robots n'agitent que des marionnettes dont l'humanité est inversement proportionnelle à leur réalisme saisissant. De public, heureusement pas trace.
De temps en temps, le claviste du troisième âge clique aperçu dans le navigateur. Le miroir qu’il essayait de fuir est toujours là et le faux clown fait une grimace.

Il a huit ans

Il a huit ans il fait soleil ou bien il ne sait plus. Il arrive à l’école ou bien y est, il s’avance dans la cour fermée. Ils l’assaillent sans qu’il sache comment le cauchemar a commencé. Il sait seulement qu’il n’en sortira pas. Que personne ne veut entendre ce qu’il essaie une fois ou deux de dire, que les choses n’ont pour personne la gravité qu’il dit.
Comment comprendre qu’ils avaient ainsi réussi à le convaincre, à lui faire admettre qu’ils avaient raison : que son nom de famille n’était que l’autre face du surnom abject qu’ils lui donnaient et qu’il n’y avait en l’occurrence aucun arbitraire linguistique dans cette nomination, mais bien une adéquation quasi parfaite entre ces mots interchangeables et la chose molle excrémentielle qu’il était à leurs yeux ?
Verdict définitif levé à l’occasion : qu’ils le forçaient si besoin était à jouer avec eux n’était qu’une marque supplémentaire de leur supériorité.

Le pronom il est une lame qui plonge dans la chair vive, dans la chair enterrée vivante. L’homme au scaphandre déclenche à froid les courts-métrages hallucinés, les feux follets bouclés du cimetière personnel. Combien de fois combien de coups combien encore, les temps s’allongent entre les dates, le noir le froid le gris prennent le dessus. Pourquoi chercher dans le désert des débris d’avions, de la poussière de papillons morts dans la cendre des feux éteints, quel cerf-volant dans le drapeau roulé ?

Le petit vélo



C.D. et M. B.
Peinture arrêtée en janvier 2002. Rien fait depuis. Que de mauvaises excuses : quoi, où, comment, pour qui, pourquoi?

Pig Dada +

Message de Fraenz Frisch sur POPOPEINT :
souvenez-vous de pig dada +
"Juste pour vous dire que le bien connu pigdada (Baudhuin Simon) de Habay-la-Neuve en Belgique est décédé le jeudi 9 mars 2006 ..."
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De ne l'avoir jamais rencontré autrement que par mail art ne diminue pas le sentiment de deuil.