Gravelines

aujourd'hui samedi 23 et demain dimanche 24 août
exposition au Belvédère
le matin de 10 à 12h et l'après-midi de 14 à 18h
dessins et estampes

Noir et blanc ou couleur?

Réveil à une heure du matin. Un de ces rares moments où comme un naufragé au milieu du désert marin se raccroche à la moindre épave je me laisse hameçonner par les boucles de l’autre écran. Et c’est curieux comme l’horreur fascine : le zapping de cette nuit me scotche d’abord à Canvas, où un reportage me fait suivre un photographe napolitain dans la ville aux ordures. Trois images me reviennent. Un employé arrose les détritus d’un produit parfumant ; des manifestantes qui osent brandir au beau milieu de l’autoroute des photos d’enfants leucémiques sont déplacées de force par la police et la voie nette est à nouveau rendue aux camions-bennes ; un habitant dans sa propriété familiale désormais cernée par les murs des déchets emballés et entassés en pyramide parle de l’arbre qu’y avait planté par son père, qui lui avait demandé d’en prendre soin. Rien à voir avec ce qui se passe ici, où l’on recycle merveilleusement les emballages de moins en moins nombreux, il ne faut pas tout voir en noir… Envie quand même de changer d’ambiance avant de retourner au lit. Sur France 2, paradoxalement, ce sont des images en noir et blanc qui me retiennent et justement parce qu’on les dirait en couleurs, et que c’est la vie d’une époque révolue qui saute aux yeux. Je comprends que c’est Qui êtes-vous, Polly Magoo ?, puis que c’est la fin du film. Mais assez pour me dire que je ne l’avais pas jusque là apprécié comme il le mérite, ou bien qu’il marche à chaque fois qu’on le regarde, ou encore que le progrès ou l’histoire n’ont aucun sens dans le domaine de l’art, ou aucun sens du tout. Un gros plan sur le grain de deux visages vaut tous les millions de pixels du monde et le générique final associe des voix merveilleuses à un dessin déroulant inimitable : Roland Topor et Michel Legrand. Il est temps que j’arrête…

Le disque dur

le disque dur des anciens temps
dites-nous où dans quelle armoire
dans quelle pièce sans fenêtre
de quelle maison invisible autour
quel bourreau rémouleur
en entretient allègre
l’infernal allant
?
sillon inique cri crissant
qu’on écoute haut les mains
bouche muette scotchée en croix
yeux épinglés oreilles tendues
oreilles tirées joue sous la gifle
à jamais suspendue
.
le chœur proteste
haut et fort
de sa bonne foi

écrit pour le n° 10 de la revue "Passages"
de Christian Desquesnes:
"Mais qu'est-ce qu'elles ont donc nos petites chansons?"

(modifié)

Vous serez belle...

... éternellement :
Hanches et ventre à gauche, ventre et hanches à droite, les courbes se répondent d'un siècle à l'autre. D'un côté le Phyto-redux complex "exerce une action cryo-thermique qui remodèle la zone abdominale", de l'autre le caoutchouc radio-actif "s'applique directement sur la peau" et "tonifie, affine et harmonise le corps". "Ça fonctionne."
(L'Illustration du 1er janvier 1927, Le Monde des 1er et 2 juin 2008)

Miaou

Ce matin un petit miaulement quelque part derrière. Non ! Pas encore ! C’est à peine si j’arrive à me déplacer entre les caisses et les cartons empilés dans l’espace restreint de l’abri misérable. D’abord il a fallu user de ruse pour obtenir que personne ne pose de livres où il y a des fuites, c’est-à-dire le long des murs sud et nord qui dégoulinent quand il pleut, et à deux autres endroits en plein milieu : obstruer le passage et poser des cuvettes. Sinon c’en est fini des ouvrages un peu plus beaux qu’on garde pour les ventes exceptionnelles organisées deux fois par an. À côté de ça il faut aussi garder les cartons vides – il y en a qui les jettent à la benne pour ensuite venir m’en demander - et stocker tous les livres ordinaires qu’on ne peut pas mettre en vente faute de place. Au début je gardais tout mais ce n’est plus possible, à moins de jeter ce qui arrive. Il a fallu faire un choix et j’en suis venu à jeter directement les Sélections du Reader’s Digest et les France Loisirs sans jaquette ou un peu abîmés : des caisses entières à 2 euros sont restées invendues au bout de plusieurs semaines. Pareil pour les livres un peu défectueux dont on a fait un temps cadeau aux acheteurs d’autres livres : plus la place et pas le temps. Malgré cela, la réserve ne désemplit pas. Les choses arrivent sans arrêt, trop plein de la grande distribution, de la vente par correspondance, rebut des successions, restes des brocantes, envers hallucinant de la consommation de masse et traces matérialisées du passage humain. Peu ici aiment vraiment trier. Moi oui… mais j’oublie le miaou.

Pas la première fois qu’une chatte choisit cet endroit tranquille et d’accès difficile. Quand le local est fermé, il n’y a qu’un petit espace sous les tôles du toit, juste au dessous d’une pile de cartons qui leur sert d’escalier, si tant est que les félins en ont besoin. La dernière fois c’est J. qui avait repéré la naissance et qui avait pris la portée sous sa protection ; ce qui ne fut pas une petite affaire, la mère s’étant fait écraser quelques jours plus tard sur la route en face. J. qui avait d’abord protégé les chatons en ne divulguant pas leur existence a réussi à les élever. Les caisses de livres ont plus ou moins caché pendant un mois la litière et les aliments.

Cette fois-ci l’unique miaulement a suffi à m’alerter. Il y a bien eu récemment ce grand chat roux adulte qui bouleversait les cartons et appelait en jouant les timides pour se faire caresser, mais là ce n’est pas lui : c’est un chaton qui a miaulé. Je réalise que même s’ils ne sont pas coincés ça va finir par faire des saletés derrière. Je commence à déplacer les choses mais je me rends compte que je ne m’en sortirais pas en cinq minutes. Je décide de revenir cet après-midi et en parle en partant à A. qui répare les machines à laver dans le hangar voisin, et aussi à P. à qui je rends les clés. Je lui dis que je vais faire en sorte qu’on puisse les atteindre. Il me dit qu’il s’en occupera la semaine prochaine.

De retour à deux heures, c’est aussi l’occasion aussi de remettre de l’ordre dans le capharnaüm que recrée sans cesse le travail dans l’urgence. Je commence à déplacer les cartons déjà poussiéreux qui isolent les caisses du mur humide, quand j’entends gratter, sans arriver à localiser où. Je continue à dégager l’espace quand voilà un chat, ou plutôt une chatte, noire et blanche, qui se sauve. Car je ne dois pas m’être suis pas trompé : les grattements continuent. Sous les cartons, elle aussi interposée, une table à deux plateaux. Sur le plateau inférieur, que j’atteins après avoir vidé et déplacé les caisses de livres réservés pour la grande vente, un carton vide et ouvert. Un chaton noir et blanc essaie d’en sortir : c’est lui qui a miaulé et gratté. Je vais annoncer la nouvelle à A. Il a mon âge mais je sais qu’il aura comme moi, et comme des enfants que nous sommes restés, plaisir à voir ces petits de bête. Je lui dis : Tu veux être parrain ? Viens voir ! Je l’amène sur place et lui fais voir leur cachette. Mais rien ne bouge plus. Il faut que je tire le carton en le glissant pour voir à l’intérieur : ils sont quatre à dormir, déjà grands. Cela faisait sans doute déjà plusieurs semaines qu’ils sont nés et sont visiblement habitués aux bruits que je fais là.

Je finis de réorganiser l’endroit sans changer le carton de place, et remets en place les caisses qui le cachaient. En partant, je me demande si j’ai bien fait d’en parler à P. - en fait s’il ne fait pas partie de ceux qui éliminent raisonnablement les chats en trop.

(Samedi 17 mai 2008)

Hiroshima mon amour

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Je n'ai rien inventé" Acrylique sur toile JNP X-00

Voir aussi : Soleil Noir

De l'esquive

Il lui arrive souvent de se trouver toute une série de tâches qui repoussent à plus tard, autant dire à jamais, le projet essentiel.
Cependant, il lui arrive d’oublier ce dernier, et alors parfois de l’introduire par mégarde dans l’emploi du temps tampon.
D’autres fois il se trompe exprès.

Diptyque

Publicités tirées des numéros de L'Illustration
du 22 octobre 1938 et du 8 octobre 1932

Traitement numérique PaintShopPro

Mélange des langues

Hier soir à Dunkerque, repas de l'association Blootland.
Moments magiques entre autres: un joueur d'harmonica dont je ne connais pas encore le nom, Edmonde Vanhille et Joël Devos chantant Jacques Brel ou des titres du cd
Op ze vlaams, et très impressionnant, Jacques Yvart interprétant Brassens en esperanto, Pauvre Martin devenant Povra Marteno.
Et dire que je ne comprends ni l'esperanto, ni le flamand, ni la musique...

Là-bas

Mimique pascale

. . . . . . . . . . . . . . . .


Peintures de l'an 2000:
acrylique sur papier
collé sur bois.
3 versions
successives
71,5 x 56 cm
- en réalité
les 3 sont
de la même
taille et de
couleurs
similaires
à la photo
ci-contre.

Peinture disponible sur place
Pour plus d'information voir adresse e-mail à droite
Painting available on location
For more information please use email address on the right

Elle a souri

Elle a souri et s’est assise
Mais quand elle a relevé la tête
Ce n’était plus elle
D’où sortait-elle ces lunettes

Au deux elle a réapparu
Puis disparu dans la nature
Dans le béton qui se reforme
Sur comme de la littérature

Heureusement que ça s’espace
Comme ci comme ça
Les comètes les jours

Où se remettre à croire

C’est bientôt plus besoin
De barrer la fenêtre

J'ai horreur des camions

J’ai horreur des camions. Quand je les vois l’un derrière l’autre sur l’autoroute je me dis qu’il aurait mieux valu la doubler par une voie ferrée et charger sur un train le conteneurs standardisés de notre modernité, à charge pour les poids lourds routiers de les dispatcher aux gares. Trop logique. Je n’ai jamais aimé avoir une auto et j’en ai encore une. Je ne reprends le train que depuis peu parce qu’il convient à mon activité du moment et l’auto sert encore localement.

Ce mardi c’est justement en auto que nous rentrons à la maison. Chaque fois que possible je rentre par le côté de la ville que la campagne jouxte encore. Une route étroite et un peu tortueuse longeant la voie ferrée et nous offrant encore les dernières pâtures verdoyantes et les derniers bas-côtés non aménagés, on ferme les yeux sur les horreurs occasionnelles, je parle moins des décharges domestiques déplacées que des haies cisaillées à bon marché par une machine aveugle offrant en réduction le spectacle écœurant des déforestations sauvages : branches arrachées ouvertes comme les membres humains après les bombes ou la bataille.

A l’abord de la ville, je dépasse en ralentissant un gros semi-remorque curieusement stationné avant l’entrée du parc d’entreprises et regardant dans le rétroviseur, je vois que le chauffeur me fait signe. Je ralentis et m’arrête devant. Il descend une liasse de papiers à la main. Il ne parle pas : ne connaît ni français ni anglais. Me montre un plan sorti d’une imprimante avec un trajet repassé au feutre entre le village voisin et le port. Les autres papiers sont en caractères cyrilliques et j’ai bien du mal à y trouver une adresse dans notre écriture : une société de transport de palettes, Z.I. des Dunes.

On décide de le guider. Me rends d’abord compte que je dois penser camion : il ne peut pas passer partout. Ensuite je réalise que je dois rouler à sa vitesse : il est loin de rivaliser avec la plupart des monstres qui se précipitent sur la rocade. Arrivés à destination de l’autre côté de la ville, on s’arrête et je pense qu’il va falloir chercher le bon numéro, mais il a ressorti ses papiers, plutôt consterné et me dit "firma !". Je les lui prends et découvre qu’à l’endroit où il mettait le pouce se trouve une autre adresse locale, en fait l’adresse de livraison, en fait le village d'où l'on vient. Il n’y a plus qu’à revenir au point de départ et trouver le hangar de stockage où il doit en fait se rendre. A l’entrée du village je lui propose, par signes, de monter dans la voiture pour chercher l’adresse et il m’a alors montré sa plaque d’immatriculation avec 'UA' et dit, je crois, qu’il était ukrainien. Nous n'étions pas loin de la bonne destination et quand je l’ai enfin ramené à son camion, il m’a, comme on dit, chaleureusement serré la main. Je suppose que je l’avais aidé, même en me trompant d’abord.

Regagnant enfin la maison, nous voyons une voiture tout juste stationnée devant. Deux femmes en descendent et en sortent de ces sacs à roulettes qui servent à faire les courses. L’une d’elle a déjà préparé le gros paquet de publicités qu’elle s’apprête à déposer chez nous et je me propose de les lui prendre, lui évitant ainsi d’avoir à traverser la rue. Merci, bonne journée.

J’ai horreur des publicités. Elles ne sont plus légitimes et ont tout envahi : rues, routes, radio, télévision, magazines, Internet, intimité et boîtes aux lettres. Est-ce que je peux en vouloir aux esclaves ? Est-ce que je peux les en accuser et ne plus leur parler ?