Nous ne nous

Nous ne nous sommes
Des photos des images
L'incompréhension
Les carcans qui tuent

Quelle planète
Quelle lumière
Quel est le fardeau
Le prix à payer

Est-il possible
De gommer ses pas
Où changer d'erreur

Dans le grand dégât
Du ne pas vouloir
Abandonné transi

jamais rencontrés
la folie solitaire
la peur du coupable
jusqu'au goût de vivre

que votre autre-là
passés les barreaux
la longueur de chaîne
du côté de l'homme

de rebrousser route
l'Y est loin
nul pardon ne persiste

du soir arrivÉ
se voir au déserT
à l'impossible étÉ

2005-2007, Jean-Noël Potte

A VOT[É]:

Marie-Ségonique SCHIKONET BOBU
(Roll over!)
Contribution de Lizsticks à mon projet d'art postal "Déjà daté".
Les vôtres seront les bienvenues : recyclez vos objets déjà datés pour le prix d'un timbre-poste!

Rousseurs












Boris Vian :

L'Écume des jours

Éditions J.-J. Pauvert,
achevé d'imprimer
le 29 décembre 1969

Quatre films

David Lynch fait partie des réalisateurs qui m’intéressent absolument : je suis prêt à voir tout ce qu’ils ont produit. Parfois je suis déçu par tel ou tel de leurs films. Ce fut le cas pour Inland Empire. Peut-être que j’attendais trop un autre Mulholland Drive. Mais mon intérêt pour l’auteur n’en a en rien été atteint. Il m’arrive aussi d’aller voir d’autres films : pour le genre ou pour une critique que j’ai lue – plus rarement pour un acteur ou une actrice, ou par curiosité.

C’est ainsi que j’ai vu Bug. J’ai pensé à un moment donné que son brio allait compenser le manque ressenti au spectacle précédent mais les choses se sont peu à peu gâchées. Peut-être l’aurais-je moins mal pris si j’avais su dès le départ que c’était un film d’horreur – mais je n’aime pas non plus trop en savoir d’avance. C’est de même que j’ai ensuite vu Anna M. : pas vraiment décidé. Comme dans le film précédent une technique et un jeu d’acteur irréprochables m’ont malgré tout tenu en haleine, pour m’amener décontenancé aux dernières images. Dans ces deux films, si réalisation et "histoire" correspondent parfaitement à ce qu’on est supposé attendre du cinéma : rythme, cohérence, intensité, c’en est trop pour ma part. Je me sens à la fin comme écrasé ou jeté à la rue.

Le quatre-quarts va pourtant lever. Jacques Rivette me fascine depuis Céline et Julie vont en bateau. Va savoir aura été à la hauteur, même à la télévision. Et si le dénouement tient de l’escamotage : "Qu’est-ce que vous êtes allés penser ? Tout va bien, entre nous !", il n’empêche que son train fantôme m’a mené de surprise en surprise deux heures et demie durant.

Résultat : mes fidélités n’ont pas changé. Je cherche à comprendre un rapprochement conjoncturel qui ne va pas de soi. Reprenons néanmoins les films un et quatre. Tous les deux recèlent une fiction enchâssée, non pas selon le mode du flash-back mais tissée dans le temps comme ces romans qui nous habitent ou qu’on croit écrire, et dont des bribes surgissent en plein quotidien. Est-ce sur le plan du travail, ou du style, qu’il faut alors opposer la légèreté partout évoquée de l’un à la désinvolture ici et là reprochée à l’autre ? La pesanteur narrative des films deux et trois a en fait relativisé ma déception initiale. Chacun à leur façon, trop ou pas assez, David Lynch et Jacques Rivette racontent en esquivant les pièges, approchant ou exposant le pire tout en laissant paraître la mise en scène foraine ou théâtrale, nous forçant à regarder en nous les intrigues et les drames dont ils ne nous ont pas délivrés.

Trop belle la chute. J’avais aussi pensé parler d’univers que j’ai plaisir à retrouver et trouve maintenant plus simple d’employer provisoirement le mot vocabulaires, d’aucuns y verront des tics ou des manies, moi non. Pacotille ou monnaie, leur valeur est peut-être ailleurs. Éclairages, tentures, personnages inquiétants pour l’un, chasse au trésor, ville fétiche et jeu d’équipe pour l’autre, l’amateur y retrouve son compte, voire s’y raccroche…

Quant aux acteurs, les ayant longtemps confondus avec l’image idéale qui les représente souvent, ou bien autrement enviés que les réalisateurs, l’intérêt que je leur porte est relativement récent. Ceux que j’aime ont les mêmes vertus que mes cinéastes préférés : mystérieux et ouverts, présents et ailleurs, et ont comme eux un grain : de folie bien sûr, jouée il importe, mais aussi au même titre qu’un papier ou une peau. Mon dernier béguin : Emmanuelle Devos. Ici, Jeanne Balibar a commencé à m’intriguer.

X Files







Travail en cours :
recherche d'une réponse
au problème posé par
V.K.
En attendant de voir
le résultat final
sur Art Is The Antidote*,
roll over!
= arrêtez la souris sur l'image!

(Dali quelque part là-dessous)
 

* (2013) L'envoi n'a pas eu de suite connue

Le monde...

Le monde est maintenant tranquille, sans relief et culturellement mort : rien de véritablement neuf n’a été créé depuis l’arrivée des Super Seigneurs. La raison en est évidente. Il n’y a plus rien qui vaille la peine de se battre et il y a trop de distractions et d’amusements. Vous rendez-vous compte que tous les jours quelque cinq cents heures de radio et de télévision se déversent des diverses chaînes ? A supposer que vous ne dormiez pas et que vous ne fassiez rien d’autre, vous n’arriveriez même pas à suivre le vingtième du volume d’émissions disponibles à la seule pression d’une touche. Rien d’étonnant à ce que les gens deviennent des éponges passives qui absorbent mais ne créent jamais. Saviez-vous que le temps moyen passé devant le téléviseur est maintenant de trois heures par jour par personne ? Bientôt les gens ne vivront plus leur propre vie. Se tenir au courant des diverses séries télévisées familiales représentera un travail à plein temps!

(D’après Arthur C. Clarke, Childhood’s End, Del Rey - Ballantine, New-York 1974, p. 140-141. Ce roman de science-fiction a paru en 1953!)

Drapeau à prières

Pour le projet de Maxi Boyd
Pour ceux que j'inquiéterais : je pense qu'on peut aimer les drapeaux sans être nationaliste ni croyant.

Nausée et éblouissements

(version bêta)

Tout d’un coup pas vraiment : tu l’as vue venir la faille, la chute inévitable, le sol se dérobant sous toi. Tu quittes en plein soleil ce que tu avais encore une fois imaginé être ta trajectoire, ton voyage tant de fois remis enfin le vent en poupe, enfin l’oubli de tes attaches, du boulet aux chevilles, du ciel bleu barré. Ton hologramme lumineux de toute façon éteint, tu te sens à nouveau honteux et ridicule auteur et spectateur de tes débâcles rédhibitoires, et dans le film qui continue tu vois l’autre doublure volage te trahir sans scrupules.

Au loin la fête et ses plaisirs, loin la musique et les parfums, adieu amours et communions, tu te raccroches à l’emploi du temps jusqu’au prochain accroc, tu t’avoues tes bassesses : tu les espères ces déchirures, ces leurres placés comme au hasard pour abuser le chien que tu détestes, cette âme tapie indécollable qu’aucune leçon ne raisonnera jamais, prête toujours à en découdre, à te laisser comme transparent cent et une fois défait refait.

Comme un ivrogne attend le verre qui précipite sa déconfiture, tu attends les mirages et les apparitions, les guérisons miraculeuses et l’humour noir du papillon célèbre. Tu serres les dents et te cramponnes à la rugosité du jour. Ton chameau têtu traverse des déserts glacés, ton radeau oublieux te transporte secoué de Charybde en Scylla. Tu retiens ta haine et prends des médicaments pour faire passer le mal au cœur.

Surgie du mur ou de la foule, des Amériques ou d’à côté, née des présences ou simulacre, la vierge de Lourdes réapparaît ainsi : tout d’un coup pas vraiment. Tu y crois à ce point que tu lui fais signe de la main et qu’elle y répond. Dans une autre occurrence, quelques heures plus tôt ailleurs c’est elle qui commence. Tu te dis que tu n’en auras jamais fini. Que tu te voies ici tirer du vide ces objets kitsch made in China ne te tire pas d’affaire.

Small Art Submission

Envoyé à mailart.org* à la mi-février pour leur projet Small Art

*Lien supprimé : l'organisation à laquelle j'ai répondu n'existe plus en tant que telle. Le Mail-Art n'est pas une activité commerciale.

Je ne veux plus vous voir

Je ne veux plus vous voir dit-elle
Au type qui voulait la voir
La voir ou l’avoir Les voilà
Tout d’un coup à couteaux tirés

Vous ne croyez quand même pas
Qu’on vous voudrait vieux comme vous
Dit la maman et mère poule
Décidément femme à cheval

Entre admirer tout haut ses jambes
Et rajouter de la salade
Il y a un monde où les pantins
Ne doivent pas singer les gens

La belle allait vêtue mini
Mortel scandale Épiphanie
Païenne horreur de la famille
Comment peut-on être si fille

Comment peut-on faire si mal
Les souvenirs indélébiles
Plombent les jours du fou bâté
Menteur qui dit qu’un temps moud tout

Les deux à pied lui en auto
Un jour sourire en bas du pont
Un autre c’est la fin du monde
C’est à pied qu’on reprend les mêmes

On entend Je vous trouve belle
Je vous voudrais comme modèle
Photos dehors photos dedans
Que des sourires de Manon

Cela n’a pas duré longtemps
Elle s’était laissée aller
Lui s’y croyait comme un malade
Qui perd la tête à chaque idylle

Mais la pin-up s’était reprise
En accusant à double titre
Le photographe intimidé
Qui voulait tant la dessiner

Il a gardé du safari
Une vingtaine de photos
Et moribond joue les esthètes
En exhibant ses cicatrices

C’est le fruit d’un nouveau sourire
Soudain éclos comme une erreur
Comme un beau jour réédité
Sur le tain d’un écran douteux
jnp janvier 2007

Mélancolie












Carte envoyée à Deb
pour son projet en
noir et blanc (mais
le papier et l'encre
ont souvent des couleurs).

Projet d'art postal : Déjà daté

Date limite : 31 juillet 20071)
Prenez un morceau de papier/carton/étiquette ou n'importe quoi pouvant passer dans une boîte à lettres et comportant déjà une date (complète ou année seulement, de n'importe quelle époque). Vous ne devez pas avoir imprimé ou écrit cette date vous même. Pas de photocopies.
2)
Vous pouvez soit laisser la chose telle quelle soit la modifier (= art, collage, texte, timbres...) pourvu que la date reste visible
3)
Collez le(s) timbre(s) servant à l'affranchissement du même côté que la date, à côté si vous voulez, et envoyez votre travail à :
jnp 36 rue de Québec 62100 CALAIS FRANCE4)
Les envois se conformant à cette proposition seront publiés sur
"jnp &"label 'Already Dated'Le titre du message sera votre nom ou pseudo + la date5)
Documentation papier si adresse postale indiquée.

Étant donné que c'est fini









Le projet Étant donné 1 2
est arrivé à son terme.
Un grand merci à tous ceux
qui ont accepté
de jouer à ce jeu.
Voyez
ici
ce que ça a donné
.

Statu quo

Tu balances des images pour combler le silence et tu écris pour masquer le vide. Tu ne te trompes même pas toi-même, tu sais trop les choses : tu es passé du noir de la case prison au brouillard blanc des derniers jours. Et c’est à peine si des confettis et des petites babioles d’enfant tombent encore de tes cheveux quand tu secoues la tête. Pendant des siècles, les histoires en couleurs avaient bercé ton inertie muette et solitaire et les cauchemars progressivement renouvelés ajoutaient ce qu’il fallait de nuit, de soufre et d’horreur pour en relever les scènes naïves. Tel l’écureuil dans sa roue fermée ouverte, tu n’arrivais à rien d’autre qu’à entretenir bon gré mal gré le mouvement du coucou, si tant fût que tu eus pu l’arrêter. Longtemps trompé tu en étais même venu à te croire l’auteur des compositions burlesques qui investissaient ton imagination. Longtemps aveugle derrière le froid des vitres, derrière le froid des rêves glacés, ta peau tombait en inanition.
Tu attendais comme un bagage ou comme une boîte à outils, comme une initiation ou comme un adoubement. Il y avait eu au commencement de tout comme une sorte de lacune, pour ne pas dire un hic, qu’il aurait fallu préalablement amender, sans quoi aucun départ, aucun baiser, aucune caresse, ni danse ni vol ni plongeon ni chant. Les terres et les ciels, les eaux et les jardins, tout tournait à la périphérie des jours, tout restait comme distant, comme arrêté de l’autre côté du monde, toi couché immobile sous les sibyllins/implacables/ésotériques arrangements d’étoiles, toi ligoté vue et ouïe le volume à fond, toi barré bouche cousue, toi héritier handicapé d’on ne sait pas quel antécédent, quelle erreur originelle, toi attendant au-dehors de toi.
Ton heure n’est jamais venue.
Tu te dis maintenant que ta foi t’avait obnubilé et voudrais te reprendre, mais tu ne sais pas te débarrasser de l’impression typographique qui t’a oblitéré. Tu as beau décréter un nouveau régime, tous les gestes qui te viennent sont marqués à l’ancienne, et qui plus est, désormais sans cet élan, même idolâtre, qui faisait leur lustre. Rien ne le remplace.
Ton histoire fétichisée n’est qu’un bout de ficelle et les clichés que tu y pends sont d’un triste à mourir. Tu t’y résous forcé, acculé par la peur, réduit à t’excuser de ton impolitesse. D’où sans doute, venue il n’y a pas longtemps, cette idée saugrenue d’ajouter des pièces de pure fiction aux chroniques misérables : des volets rapportés, des prothèses de style, de la musique de fond, des décorations tendancieuses. Fiction vite dit : tu te vois déjà les piquer ailleurs. Couper coller, scalpel suture. Cependant, plutôt qu’une graine vite en manque de ressources vitales, tu n’y vois encore qu’un germe ou un microbe, qu’un lierre ou un gui proliférant à l’aise sur tes restes décrépits. Projet suspendu. Arbre mort et maison en ruine, le présent se résume désormais à une liquidation précipitée, à des restes de réflexes, à des coups qui s’espacent : ton absence a pratiquement gagné. Si tu espères encore peu ou prou, comme qui dirait dans les vertus intrinsèques d’un radotage alchimique, dans le maintien artificiel d’une voix bien au-delà du message, que quelque chose d’autre que ce que tu y dis s’y fait malgré toi entendre, l’intérimaire s’en fiche.

L'intérimaire

C’est peu dire qu’il t’agace : il se paye ta tête. Ne voilà-t-il pas qu’il a ouvert un blog à ton nom et qu’il y fait montre de ce que tu détestes le plus au monde : l’arrogance ? Sous des airs de sainte-nitouche, cette assurance, cet amour-propre, cette suffisance qui te font défaut. Quel mépris aussi : il fait comme si tu n’existais pas. Et toi tu le laisses faire.
Tu te demandes où tu es passé, par quelle trappe ou par quelle moulinette ; où sont tes affaires. Où retrouver cette grimace qui te servait de face, cette sensation de perdre pied juste avant l’anéantissement qui te donnait à des moments critiques au moins la quasi-certitude, la douloureuse sensation de disparaître personnellement et d’avoir ainsi, comme ces particules infinitésimales que traquent les accélérateurs, fugacement existé au monde, été toi dans l’entre-deux un instant ouvert. Cet évanouissement était ta marque, l’entaille de l’arbre, le petit caillou qui te servait de trace, le miroir de poche où tu te reconnaissais.
A quoi bon regarder autour, un cataclysme subreptice a remanié le monde. Le paysage est cotonneux ou bien violemment factice, planté d’images et d’écrans, quadrillé de relais et prolongé d’échos, démonstration artificielle paradoxalement assortie d’une disparition des bornes kilomériques kilométriques, d’un brouillage des poids et mesures, d’un arrêt progressif des horloges à aiguilles ? Le style tordu d’un cadran solaire affiche la nouvelle donne. Allez dis-le, que le sourire des femmes a perdu son fil, que tu te bandes de plus en plus souvent les yeux pour ne pas les voir.
Ton remplaçant imperturbable n'a aucun état d'âme. De quoi peut-il bien tirer cette capacité d’employé modèle, cette tranquillité trop belle pour être honnête ? Ne t’aurait-il pas subtilisé quelque part quelque chose d’essentiel ? Sûrement qu’il a un truc, pour faire ici la pirouette.

8 jours

Il vous reste 8 jours pour m'envoyer 1 fichier jpeg : scan, photo, calcul fractal ou autre texte passé au format image. Le contenu est libre mais le format horizontal doit être aux proportions 3 x 1. Exemple : 15 cm x 5 cm ou 6 pouces sur 2 pouces. Il sera publié conjointement avec le précédent ou le suivant.
Je peux mettre votre pièce jointe au format si vous le souhaitez.
Détails et envois déjà reçus:
Étant donné 1 2 sur jnp &
Merci de participer.

N.B.: A voir sur le même fil: Brocs de Josiane et Lucien Suel

Faut pas rêver

La nuit dernière comme souvent, réveil vers une heure du matin. Je sais que je ne me rendormirai pas tout de suite. Soit je lis soit je descends et allume la télé. Le soir je n’essaie même pas, tellement zapper me désespère mais à ces heures-là de la nuit il arrive que je n’aie pas besoin de faire toutes les chaînes pour être pris par une image parlante.
A la radio, avant les paroles, c’est la voix qui m’arrête – je veux dire me retient. Dans un livre le début : comment c’est écrit – non la reconnaissance d’un style mais au contraire là aussi le mystère souvent simple d’une voix qui n’annonce rien d’autre que sa présence singulière. De même au cinéma, les premières images suffisent pour que je dise au réalisateur D’accord je reste. Le genre du film n’a pas beaucoup d’importance mais je dois sentir comme une densité ou une rugosité qui sont pour moi qui crains les histoires le minimum que j’espère. Quant à la télévision, j’aurais aimé pouvoir l’ouvrir un jour et tomber sur de la télévision, comme on dit du cinéma, mais on n’a pas vraiment permis que la chose advienne. Je vis dans une maison où la télévision fonctionne souvent le jour sans que je la regarde et je comprends toujours de quoi il y est question sans regarder l’écran. Peut-on appeler cela de la télévision ? Ça ne m’aurait peut-être pas déplu qu’un écran m’interpelle et me dise à sa façon d’écran Arrête. Vois. Au lieu de ça un bavardage ininterrompu qui projette la moindre des radios à un niveau supérieur - il leur arrive même, à elles, de montrer des images. Tout ce qu’on peut attendre du téléviseur c’est d’être parfois vecteur de quelque chose d’autre.
Cette nuit donc, à la télévision, c’était du cinéma, et donc comme expliqué ci-dessus, une image, une séquence qui me dit Regarde. C’était une jolie fille passant un casting et une image en noir et blanc et c’était magique sans qu’on sache démêler d’où cela venait : de l’actrice ou du réalisateur, de l’image ou des mots. C’était 15 ans c’est court, un programme de courts-métrages et j’en ai regardé cinq à la suite : Émilie Muller, Les Méduses, Hammam, Le Masseur et Mes fiançailles avec Hilda. J’ai arrêté parce que j’avais retrouvé mon envie de dormir mais ce que j’avais vu avait suffi pour m'éblouir. Comme à chaque fois dans ces cas-là, je m’interroge, façon de parler. Ces films n’ont rien de difficile ou de rébarbatif, il y en a même deux d’un comique extraordinaire. Pourquoi passent-ils à deux heures du matin ? Pourquoi pas dans la journée ou en soirée, avant une émission plus longue ? Ou encore mieux pourquoi ne pas les programmer pour eux-mêmes à une heure décente sans autre étiquette que leur durée en minutes comme on fait pour les films ordinaires ? Remontant me coucher, je me disais que ça ne me plaisait pas de devoir les regarder comme ça.
A mon chevet, la pile de livres que j’ai envie de lire venait juste de sub
ir un de ces remaniements périodiques rendus nécessaires par le maintien de l’espace vital et un livre qui avait disparu sous les autres est revenu à la surface : Les nouveaux chiens de garde, de Serge Halimi (Liber-Raisons d’agir, 1997). L’auteur y documente minutieusement la collusion entre les journalistes importants, les hommes politiques et les grands groupes financiers qui possèdent les médias.

Quel rapport avec ce que je viens d’écrire ? Rien ou peu de vraiment logi
que. Si le rapprochement me paraissait dès le départ évident, cela vient peut-être de ma pratique du collage dans le champ visuel. L’amalgame n’y est pas à craindre. Mais à bien y regarder, la télévision est la charnière du présent message : les bonnes places y sont gardées*.
*
Voir page 74 le temps accordé aux grévistes dans une émission sur la grève de 1995

Crânes

Ceci est un exemple de ce que les mail artists appellent "Add and return" ou Add and pass", en français "Ajoutez et renvoyez" ou "faites passer". Le principe est simple : avec ou sans thème on ajoute quelque chose sur un document qui a été initialisé par quelqu'un, qu'on connaît ou non, peu importe, puis on en fait une copie, ou non, et on transmet le document modifié à qui on veut.
Personnellement j'aime bien le côté hasardeux et message à la mer, mais d'un autre côté je n'ai pas toujours envie de participer et contrairement aux "Projets" ou "Mail Art calls", je me sens moins libre de ne rien faire, puisque j'ai reçu un objet travaillé qui ne m'est pas personnellement destiné.
Alors j'ai trouvé un moyen terme : je les complète si ça ne m'est pas trop difficile et les envoie à quelqu'un à qui je dois toute façon écrire.

Exemple

1 mois

Il vous reste 1 mois pour m'envoyer 1 fichier jpeg : scan, photo, calcul fractal ou autre texte passé au format image. Le contenu est libre mais le format horizontal doit être aux proportions 3 x 1. Exemple : 15 cm x 5 cm ou 6 pouces sur 2 pouces. Il sera publié conjointement avec le précédent ou le suivant.
Détails et envois déjà reçus:
Étant donné 1 2 sur jnp &
Merci de participer.

Les grandes muettes

j’ai écrit à madame
éduca nationale
ell’ m’a pas répondu
j’ai posé 1 question
à madame la poste
ell’ ya pas répondu

j’ai envoyé 1 lettre
à maison monoprix
demandé 1 service
à mad’moiselle orange
pis fait 1 vœu en l’air

j’ai pas eu 2 réponses

mêm' pas 1 mot de L

2007?




Rapprochement

spatio-temporel:
collage de coupures
de
magazine et
livre d'enfant
anciens,

papier calque,
traitement
numérique
des couleurs,

<-- roll over!

Hommage


à Albertine Sarrazin
(collage papier - scan numériquement rehaussé : passez la souris dessus! / roll over!)

24 novembre 2006


Paris diffère et se ressemble
Deux ans vingt ans Un autre psy 
Tu te reflètes et réfractes
Un délicat de vendredi

Un restaurant a disparu 

Stucs et dorures sont au top
Les Japonais pris en photo

Un chrysanthème écrit sans faute

Walt d’Amérique et Salvator 

Plus les portraits d’on sait pas qui 
Tu te dépêches et tu t’échappes
Grand air métro hors du panneau
 
Magie magie le changement 
Autre bobine et autre monde
Fripiers Tati et nuit tombée 
Halle si proche où si étrange

Unica Zürn* luit dans le noir 
On lui dit oui elle se tue** 
Yeux et insectes Immortelles
Sonne un tocsin inaltéré

**Lien ajouté le mardi 9 janvier 2007 au soir, après lecture de cette page dans le blog de Cynthia 3000
**Variante: Elle dit Oui j'efface tout
**(Ajoutée v
endredi 12 janvier au soir après avoir entendu en auto Peinture fraîche sur F.C. - émission écoutée pour U.Z.)

Étant donné 1 2 : MàJ

Mise à jour ou... mise au point.Étant donné que des amis (je dis 'amis' sérieusement) m'ont fait comprendre que mes projets étaient formulés de façon un peu trop sérieuse ou intellectuelle (ça doit être parmi mes défauts),Étant donné que certains correspondants semblent avoir des difficultés à mettre leur image au format demandé:- je souhaite simplement qu'on m'envoie, en pièce jointe, à l'adresse "etantdonne12 arobase hotmail point fr", une image horizontale de proportion 3 sur 1; son sujet est libre;- si vous ne pouvez pas mettre votre texte/scan/photo au format voulu envoyez-moi le fichier tel quel en m'expliquant quelle partie je dois garder, je vous soumettrai l'image formatée pour accord avant publication.
Amicalement

PS : réceptions visibles ici

Séance de projections

Étant donné l’absence patente de motifs floraux, étant donné l’incapacité flagrante du sujet ou si on veut son évidente mauvaise volonté, étant donné la disparition bientôt totale de tout accident terrestre, le vide désertique envahit inexorablement l’agenda. Abandonnés fantasmes enterrés fétiches, exit les jeux de la misère, exit les rêves de relations humaines, exit voyages imaginaires, re-bonjour les prémisses du fiasco fondamental.
Soit pour la joie comme une sorte de vernis, émail à froid ou transparent plastique, d’emblée posé sur les vignettes, sur les images des saynètes qui tournent en boucle sans spectateurs, son effacé il y a belle lurette, cellulose progressivement rétrécie : il faut une loupe pour voir bouger les choses dans le champ de fouilles, et la poser délicatement, ciel de verre globuleux, souvenir de Lourdes où sont les neiges, sur le manège des insectes intimes immémorialement piégés, fourmis à ailes et doryphores pédalant à tout jamais dans la résine des rétroviseurs…

Que verra-t-on, que saura-t-on de plus des projets mal barrés, des bateaux d’enfants restés en rade, des cerfs-volants si lourds qu’ils n’avaient jamais pu voler, jamais danser sur les ciels bleus des étés morts : qui a osé raconter qu’un jour une des rares jeunes filles qui avait voulu de lui s’était rendu compte que ça lui faisait plaisir qu’elle le serre dans ses bras et que quelques jours plus tard elle avait pris son vélo pour venir crier son nom juste devant sa maison, qui croirait qu’il a dit un autre jour je vais faire un tour puis pris un bus pour Nulle-Part-sur-Mer et qu’une fois là-bas il en a simplement pris un autre en sens inverse, qu’une autre jeune fille était assise à côté de lui, et qu’ils se sont touchés puis embrassés sans se connaître ni se parler, dites-nous vite s’il vous plaît où sont les parenthèses, où est le prochain arrêt? [...]

J.-N. P., été 2006
(À suivre in Comme un terrier dans l'igloo * n°90, revue parue conjointement sous le titre Jam-session avec La Nouvelle Revue Moderne, Ozila et L'Échappée belle
* Dan & Guy Ferdinande, 67 rue de l'Église, 59840 LOMPRET)

Étant donné 1 2 : Arts & lettres en jpg

Réalisez un message couleur dans un rectangle de 3 sur 1 horizontal (exemples : 3 pouces sur 1 pouce ; 6 sur 2 ; 15 cm sur 5 cm…) Texte et ou images/photos/dessins/collages/scans/calculs, c’est comme vous voulez, pourvu que le fichier final soit au format jpeg (extension ‘.jpg’). Les autres proportions ou formats ne seront pas acceptés. Envoyez-le en pièce jointe (évitez les fichiers trop lourds) avec un message e-mail à l’adresse etantdonne12 arobase hotmail point fr Cela suppose que vous acceptiez ce qui suit (exemple ): - les envois seront publiés sur jnp &, par paires, dans leur ordre d’arrivée ; - le titre du message blog sera « a & b » : a = nom ou pseudo de l’auteur du 1er message, b = nom ou pseudo de l’auteur du suivant. Il n’est pas nécessaire que l’image elle-même comporte ce nom ou cette signature mais il faudra obligatoirement l’indiquer dans le message e-mail. Cela implique l’utilisation de lettres ou symboles pouvant être tapés au clavier. Vous pouvez y ajouter des informations personnelles que vous voudriez voir publiées sous les images, comme une adresse de site, de blog, ou postale, ou l’annonce d’un projet, d’une exposition ou d’une publication. En ce qui concerne les adresses e-mail, elles ne seront pas publiées ni transmises à des tiers. Cette invitation peut être copiée collée à condition de ne pas être modifiée ou tronquée. Ne rétablissez pas les symboles « arobase » et « point » sauf pour envoyer votre contribution. Ou mieux indiquez simplement son titre et l’adresse de ce blog : Étant donné 1 2: arts et lettres en jpg - De Spookrijder Date-limite : 28 février 2007. Pas de documentation papier. N’envoyez pas 2 fichiers jpg à la fois ni 2 dans la même quinzaine. Ne les envoyez pas à mon adresse habituelle. Mais n’hésitez pas à m’y envoyer questions ou commentaires.

Aboutissement : ici

Enrichissement et restrictions


libéral : Qui ne rencontre pas ou qui ne s'impose pas de contraintes, de limites.
(Trésor de la Langue Française informatisé)
Carte d'Éric Bensidon, librement complétée

La solution...

...est le problème (ou l'inverse?)

Art postal : envoi libre.
Image recyclée et citation (poème visuel de John M. Bennett).

Les couleurs du temps 2006 (2/2)

Samedimanche gris le Pont-du-Leu est hors la ville
Vingt et trois visiteurs j’ai tenu compte des enfants
Des époux des épouses des amis et des voisins
Je n’ai pas vu passer ni étranger ni animal

Yves M. a téléphoné pour venir avant l’heure
Et Monsieur M. sans patronyme a osé cette année
Franchir la porte du garage mais le chat enfui
N’a pas voulu se rapprocher Pas voulu des caresses

Monsieur P. vient avec un de ses deux garçons Voilà
Qu’ils connaissent Xavier Qu’on lui dit Bonjour Monsieur H.
Yves Deux rassuré ne me trouve pas trop moderne
Et Danielle sa femme Tu ne nous avais pas dit

C’est justement les mots qui manquent Justement les vues
Françoise B. et son mari regardent les carrés du monde
Pendus par moi au bois flotté de la plage des Hemmes
Anita É. est sans son homme Elle veut voir l’enfant

Monsieur L. l’endemain n’a cette année ni chien ni laisse
Il redit Ces peintures je ne les déteste pas
Amélie leur préfère un nu croqué encartonné
Ses parents rentreront On boira bière et jus d’orange

Nous retiendrons pour le café Annick L. et France F.
Venues à deux en camarades comme un peu après
Deux apprenties du jeudi soir cette fois libérées
Hélène V. et M.-J. O. goûteront l'art postal

Puis voici Hélène H. que Jacqueline a invitée
Et les murs écroulés redimensionnent le théâtre
Brigitte entre mouillée Je pense il pleut Les femmes parlent
Il y a comme un vague Comme avant les dénouements

Catherine P. Julien et Marc Merci à vous aussi
Un arc-en-ciel à colorier sera le cul-de-lampe
De cet article de saison écrit sans trop s’en faire
Il est passé l’or du week-end Finie la comédie

Les couleurs du temps 2006 (1/2)

Je participe ce week-end aux
"Portes ouvertes des ateliers d'artistes",
manifestation organisée par la province de Flandre occidentale et les départements du Nord et du Pas-de-Calais.
J'expose les contributions reçues suite à mon projet d'art postal

"Faites-moi signe / Give Me A Sign"
ainsi que quelques unes de mes propres productions, dont des dessins croquis réalisés à l'École d'Art en
"Atelier modèle vivant".
Horaires : samedi 21 octobre de 14 à 18 heures,
dimanche 22 de 10 à 12 et de 14 à 18 heures.
Vous êtes bienvenu(e)s :

Poisson perdu dans l'Atlantique

Art postal : j'ai envoyé une carte à Adamandia pour son projet "A fishy Requisite".
C'était il y a trois semaines, et elle ne l'a pas reçue, alors que la documentation de mon projet "Faites-moi signe" envoyée il y a quelques jours est déjà arrivée. Je ne sais pas si le poisson s'est perdu tout seul ou s'il a été pêché!
...J'écrivais cela le 18 octobre. Aujourd'hui 24, bonne nouvelle : il avait seulement pris son temps et est maintenant arrivé à destination.

L'éducatrice







Par Guy-Wirta

Bonne Presse, collection "Bijou" VII , Paris 1938


Pas le genre de livre que je lis. Pas sûr non plus que j'y trouve une phrase correspondant à l'image de couverture.

There Is A Life

Art postal : Acrylique recyclée
Pour PINKY
23 impasse Rotrou
28000 CHARTRES FRANCE
Son projet : Robert Malaval
Format et technique libres, pas de date-limite

La féerie des eaux

Art postal :
couverture de périodique, timbres-poste et acrylique
Envoyé, dans le cadre de "l'eau dans tous ses états",
pour le projet de Jacques Jaminon
à l'Académie Internationale des Nutons
Engreux, 64, B-6663 HOUFFALIZE, BELGIQUE
Exposition des 150 contributions au "Vieil Engreux"
du 9/9/06 au 1/10/06

Ophtalmologie

Liberté, égalité, fraternité : est-ce toujours la devise de la République Française? Ou faut-il que je me demande si le Nord-Pas-de-Calais en fait toujours partie? Ou y a-t-il des interférences entre liberté et libéralisme?
Depuis quelques jours je me demande si ma vue n'a pas faibli et aujourd'hui 3 octobre j'ai téléphoné à mon ophtalmologue. C'est un répondeur qui m'a informé de la démarche à suivre : retéléphoner en janvier pour avoir un rendez-vous en mars ou avril. Disons six mois. J'ai téléphoné à Paris : je peux avoir un rendez-vous en novembre.

Ça fait des années que c'est comme ça, on s'est habitué à vivre un peu comme dans une de ces histoires de science-fiction où l'avenir n'est pas rose. Même pas eu besoin d'une bombe atomique. On est même prié de comprendre que quelque part c'est un peu de notre faute.
On ne sait pas se débrouiller, ici.

Déballage

Déballage au dernier moment
Drapeau rouge et chiffons en berne
Qu’avons-nous fait
Avons-nous écrit
Le petit chat est mort
La chèvre dit Monsieur Seguin
Vieux films
Le chemin en impasse
La clairière sans retour
La maison évanouie
Feues nos grands-mères
Les dents du piège
Le sourire du peigne
Le foulard fatidique
Le loup est fou
Série noire
Mots creux
Poche d’eau
Hier gronde
(Arrête tin crincrin…
Ce poème express servait et resservira ici d’introduction au texte en prose ci-après reproduit, les deux légèrement modifiés. Je les avais écrits en mai 1999 suite à une proposition de Guy Ferdinande ainsi formulée : « Qu’avons-nous fait du Petit Chaperon Rouge ? », dans le cadre d’une série de lectures publiques que lui et ses amis donnaient sous l’appellation « Dîners des Vilains Bonshommes et Vilaines Bonnes Femmes ».
J’y avais à cette date déjà participé plusieurs fois sans me sentir vraiment à l’aise ni performant, mais sans trop souffrir non plus, comme mis en confiance par les gens présents ou quelque peu à l’aise dans les lieux.
Ce soir-là, le 11 juin 1999 à l’Abattoir de Lillers, ce fut pour moi la catastrophe et une personne présente se chargea de me l’apprendre, comme si je n’en avais pas été conscient. Quand on se noie on le sent bien.)

Rideau tiré

Rideau tiré depuis longtemps. Rouge viré au noir il s’est fondu avec la nuit puis les jours successifs y ont peint leurs trompe-l’œil, intermèdes qui débordent comme des ballons obèses. Explosions et bris de verre, longueurs ou brio, ni le bruitage ni le métier des clowns intermittents ne feront prendre pour argent comptant le kitsch réel de la représentation désormais en cours mais on oublie le double-fond, on n’ouvre plus le tiroir secret du meuble. La scène dans l’ombre ou aveuglée devenue obsolète, les acteurs qui s’y retranchent l’assimilent aux coulisses et s’assoient sur la malle ou y posent leur costume. Incarcérés vivants ou remisés au rang des rêves, les souvenirs condamnés se cantonnent dans leur réserve, tournent en rond comme des animaux en cage ou se tiennent immobiles, tels des jouets mécaniques dont la clé est perdue. En réalité, on fait mine de ne plus savoir. Le labyrinthe enluminé du présent préambule sert de serrure au débarras, fantaisie à l’utilité ambiguë : étoffe-t-elle le vide ou étouffe-t-elle l’horreur ? Le sésame vient à point : tire la chevillette, la bobinette cherra.
Ce n’est pas la première image, la première impression, mais c’est encore le début du film, d’un des deux ou trois fils depuis le temps tressés, conducteurs dont les couleurs marquées se croisent sans se mêler. Rouge il est, rouge comme les briques de la maison basse dont il s’agit, dont on sait encore où elle était, dans la rue principale, pas loin de l’école, celle "des garçons" s’entend, pas loin de la première maison habitée. Si la mémoire retrouve aussi sa disposition parallèle au trottoir et le muret surmonté d’une grille qui en fermait la cour minuscule, plutôt allée courant le long de la façade, le reste n’est qu’une histoire dont on n’a jamais vu la pièce à conviction, et si la mère n’était pas morte on lui aurait demandé de faire un effort pour authentifier les faits. Dans l’impossible, on a brodé autour des bribes, mis en valeur ce détail essentiel, élevé pour pour un post d’après la bataille un monument plus ou moins jetable, dressé une stèle numérique et sans date – jusqu’à quel point de circonstance ?
Un soir ou un matin, un midi plutôt, émoi dans le village. Grand-mère Une Telle n’ayant pas ouvert sa porte ni répondu au visiteur banal, facteur ou autre, celui-ci a regardé par une fenêtre et l’a vue allongée sur son carrelage, la tête couverte d’un foulard rouge. Le voisinage probablement ameuté, quelqu’un trouvant ou ayant la clé ou la porte ayant été forcée, on découvrit alors que la vieille femme était morte, qu’elle n’avait pas de foulard rouge mais que son cadavre (pas grand) était bel et bien en train de se faire dévorer, et que son chef avait en premier lieu attiré le chien ou les rats - plutôt eux : pas d’aboiements rapportés.
Un animal des animaux. Histoire des années cinquante. Ah si Radar ou Détective en avait eu vent, quelle allure, quelle couverture ils lui auraient donnée ! Mais de pouvoir la réentendre malgré des réticences à chaque fois exprimées nous a longtemps suffi. Dis, maman, raconte-nous encore !
S’il faut faire aujourd’hui sa fête à la bête, un épilogue vient la confondre, quelque peu plaqué là. Dans ce coin où finissaient ou commençaient les Flandres, en ce temps où les watergangs existaient encore, dans cette plaine dont ils relayaient ou redoublaient les haies, un fossé pas assez large pour en être un suivait la route qui nous menait chez une de nos grands-mères, la maternelle. Les roseaux serrés cachaient l’eau pratiquement partout, sauf à un endroit donné, précisément à proximité d’une petite maison blanche autrefois habitée par une autre aïeule, arrière-grand-mère d’autres histoires et disparue avant notre naissance. Là, ledit fossé s’élargissait en mare à la surface composite, où le ciel inversé, comme il a déjà été dit ailleurs, disputait l’ombre du fond vaseux au vert acide des nuages de lentilles, et non pas comme en ces autres endroits appelés flots, où ces petits cours d’eau avaient leur berge adoucie en pente pour permettre aux vaches ou autres bestiaux d’y descendre boire. Non, cette mare-là avait les bords abrupts des puits et le danger qu’elle représentait était sans doute à l’origine de ce qu’on en disait à nous les enfants. Un, on aurait dans le passé essayé de la vider ou de la sonder sans succès : on n’en aurait pas trouvé le fond. Deux, elle aurait été l’antre curieusement aquatique (bonjour Lovecraft!) d’une créature monstrueuse supposée sortir dans le brouillard ou l’obscurité. Son nom : Grand-mère Grises-pattes.
Après le long prologue, cet appendice dénature l’histoire crue, comme le fait la moralité du conte de Perrault. Qui plus est, on a commencé par écrire et fini par parler. Plutôt que de se laisser ainsi aller dans les ornières des chemins battus, on ferait mieux de se taire ou de relire pour le plaisir un morceau de l’archive : cannibalisme, bestialité, inceste et pédophilie n’y affichent pas leur nom mais ne s’y dissimulent pas non plus.
Le loup, la voyant entrer, lui dit en se cachant dans le lit, sous la couverture :
"Mets la galette et le petit pot de beurre sur la huche, et viens te coucher avec moi."
Le Petit Chaperon Rouge se déshabille, et va se mettre dans le lit, où elle fut bien étonnée de voir comment sa mère-grand était faite en son déshabillé.
Il ou elle. Passé présent. Tours de passe-passe.
Rideau.
Jean-Noël Potte, 1999-2006

Dentelle et perforations

Collagraph 12x14,5 cm sur papier 25x33 cm de 1998

Rapprochements et recyclages (3/3)

Art postal:
"Joconde" et "Série noire"Envois de la première semaine d'août pour le projet "Alyonka" de Ivan Zemtsov - Ivan les a postés à la date du 9 septembre : ici et ici

Rapprochements et recyclages (2/3)

Art postal
Courrier envoyé à Sylvie Gallet après un envoi pour son projet "Masques" et pour la remercier de sa participation à mon propre projet "Un signe".

Rapprochements et recyclages (1/3)

Première semaine de juillet dernier :
reprise d'une pratique de l'art postal
quasiment interrompue depuis plusieurs années,
et envoi pour le projet
"Feria de Primavera" de Serendipityart.
La partie gauche provient d'une carte fournie à cette occasion par l'initiatrice.
J'aime bien confronter ancien et actuel, noir et blanc et couleur, genres ou époques.

Give me a sign!

Give me a sign! Geef me een teken! Faites-moi signe!
= Send me a sign on a square postcard without an envelope
Deadline : September 15th

/ Envoyez moi un signe sur une carte carrée sans enveloppe
Date-limite d'envoi : le 15 septembre prochain.

When I started this mail art call I wasn't sure the contributions would be posted at all and only mentioned the address of this blog.
Now details are still here
But contributions already received are there

Quand j'ai lancé ce projet d'art postal je n'étais pas bien sûr encore de pouvoir mettre en ligne les envois reçus et je n'avais mentionné que la présente adresse.
Maintenant le projet est toujours ici
Mais les contributions déjà reçues sont

N.B.: L'illustration en tête du message est une matrice de collagraph réalisée en 1995

Les routes qui parlent

Le langage des murailles
En passant devant ces signes inscrits sur un mur ou une porte, on ne croit voir que fantaisies d'écoliers. Quelle erreur! Ce sont des vagabonds qui les ont placés là intentionnellement. Le premier, à gauche, signifie : "Gare au chien dans le jardin!"; le second : "Ici, on donne un viatique"; le troisième : "La femme est seule à la maison".
J'ai trouvé cet article il y a quelques jours en feuilletant une "épave" de la revue "Je sais tout" datant peut-être de 1934. La couverture et le sommaire manquant je ne sais pas le numéro du périodique ni l'auteur du texte. On trouve en bas de page les références suivantes : "6 ann., 2 semestre, III; - 34". J'ai recopié ci-dessus l'en-tête du texte et voici ci-dessous les autres illustrations:











Signes des pays de l'est et d'ailleurs, signes de la main...

Autres signes de vagabonds