Du champ du signe et de sa fabrication

[…] « Quelque chose attira mon attention : juste au pied du mur, sur l’herbe rase, un certain nombre de petits silex étaient disposés de manière à former un dessin ; quelque chose comme ceci. » Vaughan prit un crayon et une feuille de papier sur laquelle il traça quelques traits. « Vous voyez, continua-il, il y avait, je crois, douze petite pierres alignées et régulièrement espacées, comme je l’ai dessiné sur cette feuille de papier. C’étaient des cailloux pointus, dont les extrémités étaient orientées dans la même direction. - Oui, dit Dyson, sans manifester un grand intérêt, il s’agit certainement des enfants dont vous avez parlé ; ils ont dû s’amuser en sortant de l’école. Comme vous le savez, les enfants aiment beaucoup composer ce genre de motifs avec des coquilles d’huîtres, des cailloux, des fleurs ou tout ce qui leur tombe sous la main. - C’est bien ce que j’ai pensé ; j’ai simplement remarqué que les silex étaient disposés de façon à former une sorte de dessin et j’ai continué mon chemin. Mais le lendemain matin, alors que je faisais le même tour – ce qui est, en fait, mon habitude -, j’ai vu au même endroit une autre figure tracée avec des silex. Cette fois-ci, le motif en était vraiment curieux ; on aurait dit les rayons d’une roue, partant tous d’un même centre ; et ce centre avait une forme qui ressemblait à un bol ; le tout, vous comprenez, fait avec des silex. - Vous avez raison, Dyson, cela semble assez curieux. Il y a toutefois de fortes chances pour que votre demi-douzaine d’écoliers portent la responsabilité de ces fantaisies en pierres. - Eh bien, je pensais pouvoir régler aisément cette petite énigme. Les enfants passent devant la grille tous les après-midi vers cinq heures et demie ; j’y suis donc allé ce même jour vers six heures et j’ai trouvé la figure exactement telle que je l’avais laissée le matin. Le lendemain matin, j’étais sur place dès sept heures moins le quart et je trouvais le motif complètement changé. Une pyramide en silex se détachait sur l’herbe. Je vis les enfants arriver environ une heure et demie plus tard ; ils dépassèrent l’endroit en courant, sans regarder à droite ni à gauche. Le soir, je les observai lorsqu’ils repassèrent devant la grille, et ce matin, vers six heures, il y avait une sorte de demi-lune qui m’attendait au même endroit. - La série se présente donc ainsi : d’abord des lignes régulières, puis des rayons autour d’un bol, puis la pyramide et, enfin, ce matin la demi-lune. C’est le bon ordre, n’est-ce pas ? - Oui, c’est cela ; mais savez vous que cela m’a fait une drôle d’impression ? je pense que je vais vous paraître absurde, mais je ne peux m’empêcher de penser que des sortes de signaux se font sous mon nez, et cette idée est troublante. […] » (p. 23 à 25)

« […] Qui ferait des signaux, et à qui ? » (p.26)

« […] Je dois dire que tout cela me semble fort intéressant, répliqua Dyson. Continuons. Qu’en est-il des autres formes ? De l’Armée, comme nous pourrions appeler le premier signe, et du Croissant ou de la Demi-Lune ? » (p.27)

Arthur Machen : La pyramide de feu. Retz – Franco Maria Ricci 1978, La Bibliothèque de Babel, collection de littérature fantastique dirigée par Jorge Luis Borges The Shining Pyramid a été traduite par Francine Achaz

J'avais fini hier soir de lire cette nouvelle. J'ai eu envie aujourd'hui d'en citer un court extrait comportant le mot "signe". Je pensais le trouver à un endroit donné mais en fait n’avais absolument pas remarqué la série de mots utilisés par la traductrice avant d’arriver à l’occurrence du terme qui m’intéressait. Je serais curieux de voir les mots correspondants dans le texte anglais.

(dessin – figure – motif – fantaisie – signal – forme – signe, et plus loin (p.57) : symbole)

Faites-moi signe ! Date limite : 15 septembre 2006 jnp &

Les matins des nuits

Les matins des nuits où il a bien dormi, il se réveille les yeux fermés. Quel que soit le moment de l’année en cours, il est persuadé que c’est l’été et qu’il fait déjà soleil, il ne se demande même pas s’il pourra en être autrement.
De même pour les framboises, R. et lui se querelleront pour rire pour les mûres du jour. Il fera chaud et lumineux, les batteuses fossiles bourdonneront dans l’horizon à la fois lointain et proche, à la fois ligne et monde. Il n’aura même pas besoin de dénombrer combien il reste de papillons volant au jardin suspendu.
Sa mère fait la lessive et son père scie et cloue… Dites-lui donc pourquoi il faut alors que le film change, il n’avait pas fini l’époque que l’un fabrique déjà des cercueils en chêne et que l’autre se réveille des fourmis dans les mains, tordues de douleurs.
Le psy dit : Ouvrez les yeux. Comment voulez-vous encore être heureux après l’avoir autant été?
Il n’aime pas ses bonnes nuits, heureusement qu’il n’en fait pas souvent. Pareil pour les beaux rêves. Mais maso comme il est, il est capable de vous en écrire aussi trois mots un jour ou l’autre.
Poème express du dimanche 21 août 2006 après midi : version en 'il'.
Une version en 'je' a été envoyée à
"TOUSNOSJOURSSONTUNPOÈME":
"Si vous désirez recevoir [cette publication],
"comme une lettre à des sœurs, à des frères", [...]
envoyez quelques jolis timbres, un poème ou une illustration à
Christian Edziré Déquesnes,
125, rue du Général Délestraint, 59230 St Amand-les-Eaux".

Soleil noir...

...ou : Bikini délocalisé

Collage numérique à partir d'imprimés scannés : photo de presse et dépliant touristique.
Effet facile, je sais...


C'est été

C’est été comme hiver comme un bloc de coton
Comme un glacier d’enfer débarqué d’Acadie
Où les bruits assourdis n’ont pas plus de couleur
Que le papier hideux des rêves difficiles

Là les livres se taisent sans avoir parlé
Et un homme en retard balbutie ABC
Au carré transparent de la mentale épave
Chute chut cerf-volant Dieu n’est pas isocèle

C’est l’été c’est l’hiver c’est le terrier igloo
Aglagla sue à gouttes le cheval fardé
C’est les terres les sables c’est que le bât blesse

Encore un dit ravi le bison solitaire
Cette impression d’écrit a comme un goût d’Afrique
Mais on soupe longtemps de l’amourette à l’eau

Jean-Noël Potte

Parmi les travaux de J

« Parmi les travaux de Julien-bâtisseur, il y a, à cette époque, une entreprise qui donne à rêver : il construit, en effet, une cellule. Une vraie cellule, avec une forte porte, et des barreaux à la fenêtre. Pourquoi cette reconstitution du vieux cauchemar ? Ni l’un ni l’autre ne s’est expliqué là-dessus bien clairement, et toutes les hypothèses sont permises. Selon une lettre d’Albertine à son éditeur (qui la dissuade vivement de donner suite à ce projet) elle aurait aimé se faire enfermer pour écrire dans un décor nu qui rappelât le décor où elle avait le plus écrit. Une autre explication serait que le premier des deux tenté de faire "une bêtise" irait passer quelques jours dans la cellule domestique, le temps de se rappeler les bonnes raisons vite oubliées de ne rien faire qui rapprochât de la prison. Peut-être l’un et l’autre, mais surtout Albertine, avaient-ils pris conscience que les prisonniers ont beaucoup de privilèges, et sont très préservés de la dispersion du dehors. Peut-être avaient-ils besoin de retrouver parfois la solitude vraie, sans regards sur eux, - sans ce regard aimant, intelligent, qui les faisait presque transparents l’un à l’autre. Peut-être tout bonnement leur fallait-il une vraie cellule pour user et abuser du libre plaisir d’en sortir à volonté ? Pour être délivrés l’un par l’autre pour rire, comme ils s’étaient vraiment l’un l’autre délivrés ? On n’ose pas croire, quand même, que ce fût pour jouer à s’évader… mais qui sait ?
La cellule de La Tanière ne devait jamais s’achever. »

Josane Duranteau, Albertine Sarrazin, éditions Sarrazin 1971, p.194-195.

Albertine Sarrazin


Gravelines, vendredi dernier, croquis rapide, d'après photo reçue de Sandrine Dumarais

La secrétaire a téléphoné

La secrétaire a téléphoné : il doit passer, un papier à signer. Vraiment passer ? Oui. Lorsqu’il était parti, faute d’alternative, on lui avait dit qu’il perdrait son poste et il avait pensé qu’il n’aurait plus à y retourner. La peur le reprend.

Il y va mercredi après-midi, pour ne voir que l’administration. Curieusement, le parking est presque totalement rempli. Mais les volets du bâtiment administratif sont fermés, mauvais signe. Le lourd portillon métallique est fermé et la sonnette n’y change rien. Que quelques fenêtres de l’autre bloc n’aient pas le rideau baissé et que la porte centrale soit même ouverte ne lui donne cependant pas envie de d’affronter quelqu’un. Il reviendra.

Occasion entre-temps de refaire un de ces cauchemars où il se trouve dans un tel endroit incapable de se faire entendre ou d’être effectivement présent. Il a beau parler, la situation dégénère très vite. L’alignement de l’auditoire s’altère peu à peu, puis la salle se reconfigure comme naturellement selon un plan qui l’exclut : un grand vide au centre, et ça et la autour des agrégats irréguliers de tables, où l’on discute d’autres sujets, voire travaille à autre chose. Il n’y a en fait aucune opposition ou contestation verbalement exprimée, la question ne s’en pose même pas. Il quitte son bureau pour considérer le groupe à sa périphérie même. A lui la liberté de penser qu’il est out, que sa conception de l’ordre et de la forme ne cache qu’à peine carence et autisme.

L’ayant transcrit comme beaucoup d’autres rêves, avec les liens hypertextes appropriés, là l’imaginaire, là la réalité, il y voit une autre image. Tout en rappelant l’ancienne situation d’angoisse, le groupe problématique figure aussi sa transformation actuelle. D’une part, à l’extérieur (vers l’extérieur ?), des activités diverses plus ou moins structurées, mais sans véritable enjeu personnel, et au centre comme une déforestation grandissante la désintégration inexorable des pulsions vitales.

Retour à l’établissement et entrée furtive dans le hall d’entrée. La secrétaire le reconnaît et il a plaisir à la retrouver. Capable elle est d’être agréable sans lui demander si ça va. La personne qui va le faire arrive en riant comme si elle le retrouvait avec plaisir : cette bonne blague qu’il leur a faite de leur fausser compagnie ! Il doit comprendre qu’elle voudrait bien être à sa place, et qu’en fait la question qu’elle lui pose ne se pose même pas, bien sûr qu’il va bien.
Ce faisant elle l’a seulement aidé à répondre que ça ne le faisait pas rigoler d’être payé à ne rien faire. Sur ce elle est partie, et pour une fois, est-ce c’est qu’il fait des progrès, il n’était pas vraiment énervé et a pu en partant saluer la secrétaire comme elle le méritait en lui rendant son sourire. L’autre personne n’est pas ici mise en cause en tant que telle, mais à ce moment donné comme le visage narquois des bureaucraties et des directions de ressources humaines. Oui et vous, merci madame.

Comme il rentrait chez lui, l’homme au chien lui a dit, vous avez vu, votre garage se fissure. Oui il sait, oui il a vu. Vous devez pouvoir bénéficier de la garantie décennale. A moins que l’entreprise… Depuis plus dix ou vingt ans qu’il passe, tout juste s’il regarde ou répond des bout des lèvres si on dit bonjour. C’est la deuxième fois qu’il parle. La fois précédente trois semaines auparavant, après les grands vents. Vous avez vu, votre antenne est cassée. Merci monsieur.

Trop-perçus

Me préparant à enregistrer dans mon Journal des rêves la transcription d’un nouveau et vérifiant le nom des précédents fichiers, je m’étonne de voir dans la liste des icônes "texte" des icônes "image". Aurais-je rapporté des photos prises pendant mon sommeil ? Je pense plutôt avoir fait une erreur d’emplacement lors d’un autre enregistrement. Mais l’ouverture des fichiers me remémore vaguement ce dont il s’agit. Cette fois-là au réveil, j’avais eu envie non seulement de raconter quelque chose mais aussi de reproduire un élément graphique, en fait un signe dont l’incertitude a abouti à produire une suite de quatre états, tout autant invention que souvenir, j’en conviens volontiers. Mais le résultat que j’avais oublié ne me déplaît pas.

Coïncidence : je lis actuellement Histoire de cauchemars, un des recueils de nouvelles de la « Grande Anthologie du Fantastique » (« Presses-Pocket », 1977) et dans le récit que j’ai terminé hier ou avant-hier, Juste un rêveur, de Robert Arthur, le héros rêve si bien ou si fort que les objets imaginés finissent par acquérir des propriétés physiques visuelles et tactiles qui lui font croire à leur réalité, jusqu’au point de pouvoir par exemple caresser un chat apparu. Ce n’est qu’un début : les témoins éveillés les voient bientôt aussi !

Mes « suppléments » sont de beaucoup plus modestes :


Voir les derniers messages...

cela est là dès le début

cela est là dès le début, cela n’a pas de nom, cela n’a ni forme ni visage, cela écrase sans bouger, cela empêche de marcher, cela empêche de bouger, cela n’arrête pas les rayons du soleil, cela l’affiche comme une réclame sur un écran que le condamné de droit commun ne peut pas éteindre, cela proclame un espace extérieur, cela le montre peuplé de gens qui parlent et se parlent, qui se touchent et touchent, des gens qui savent et peuvent et qui le disent très haut, cela sous-titre enfin l’été à l’intention de l’homme qui n’aura jamais su aller que d’un hiver à l’autre, deux ou trois fois affolé par des mirages qui avaient pris figure humaine pour en définitive ne faire que rajouter des pages à son casier judiciaire, cela se montre tout d’un coup derrière les apparences tranquilles du traintrain des jours, cela est comme un coup asséné redoublé jusqu’à ce que leçon soit sue, cela veut des louanges, cela délie juste ce qu’il faut les mains, cela veille à la conservation du ténébreux noyau, le prisonnier se plie à l’exercice du culte, repasse des lettres effacées et remarche dans ses propres pas, pense superstitieusement recouvrer par magie la folie qui était la sienne en d’anciennes parenthèses, en des temps où il croyait encore pouvoir un jour venir au monde, il croirait presque retisser ce simulacre de sa présence, croirait voir bouger ce tissu de mots et les choses et les êtres se remettre en place dans la tapisserie, il sait l’indicible, et cette poussière qui revient toujours

Marques déposées

Empreinte
sur BFK Rives ®
de bouts de Scotch-Brite™
collés au dos d'un
échantillon de Formica®
jnp 1999
Puis ici le plaisir
un peu puéril
des exposants
et autres caractères spéciaux
N.B. : Le projet d'art postal / The mail art call
Faites-moi signe / Give me a sign
a été mis à jour / has been updated

Trompe-l’œil prosaïque

Le début du poème le déconsidérait d’emblée : "travaux de façade". Pas étonnant que le ravaleur fatigué n’en soit pas venu à bout, il fallait tout reprendre, ou tout rendre à la nuit.
Le matin un sculpteur , et en lieu et place du visage à retaper la table rase d'un bloc de pierre inerte et muet, vierge autant que Marie : depuis quand dit-on qu’il contient déjà la forme, que l’artiste la libère de l’emprise minérale ?
Piquer, tailler, y aller du burin, les éclats censés s’arrêter aux contours préexistants, comment sonder la dureté du bloc sinon les yeux fermés, oreilles tendues vers l’invisible, oreilles prêtes à rendre au lisible la beauté emprisonnée, un jeu d’enfant.
Mieux encore : le faiseur n’y étant pour rien, simple instrument de l'entité qui commande à tout, il ne lui est demandé que de s’abandonner à ce savoir et à cette force, que d’être outil humain agi et animé.
On voit d’ici l’histoire littéraire les mythologies polythéistes monothéistes animistes les théories psychanalytiques les cortèges et les manifestations les possessions les processions les processus les protocoles les kyrielles les kyrie eleison.
Chanter le la le vrai le juste.

Le sourcier réveillé a simplement buté dessus, et disjoint le caillou qui bondait la langue mais la voir ainsi débouler fait peur, quelque chose comme la mort pourrait bien arriver, et quelqu’un perdre au change.
Des papillons volettent dans les jardins rendus et les acteurs s’esquivent.

Pertes et profits








Fin :
JNP VIII-2000, peinture perdue



J.-M. R., La Voix du Nord du jeudi 25 mai 2006 :

La Poste égare cent copies de Sciences Po Lille
« C’est un fait rarissime. » Le ser­vice communication de La Poste, après plusieurs jours de recher­ches, se confond en excuses. Le paquet de cent copies de l’épreuve de culture générale pour l’admission en deuxième an­née n’est jamais parvenu à son correcteur.
« Il ne s’agissait pas de courrier traçabilisé, expli­que-t-on encore à La Poste. C’était juste un recommandé. »[…]

Octobre-novembre 2000, j’expose à Lompret, à La Petite Renarde Rusée. Je vendrai une petite gouache cette fois-là et une petite peinture acrylique après « In The Garage ». Quelque temps plus tard, je pense que je vais en vendre deux autres, commandées par un ami, artiste postal (on verra que c’est le comble) de l’Oise qui, n’ayant pas pu se déplacer, s'est décidé d'après photos. Les tableaux n’étant ni grands ni lourds et les emballer correctement ne me posant pas problème, je lui propose naïvement de les lui envoyer par la poste.


Expédiés en « Recommandé R3 » le 11 octobre 2002, ils n’arriveront jamais à destination. Après réclamation le 19 novembre suivant et de multiples courriers au bureau de poste local, au « Service Clients Courrier » de Libourne, puis au plus haut niveau que je croyais atteindre, à savoir la « Direction Générale de l’Industrie, des technologies de l’Information et des Postes, Service des Industries Manufacturières et des Activités Postales », soit plus de six mois d’échanges de lettres, je n’aurais jamais d’autre réponse que :

« Après enquête, votre colis a été déclaré perdu. […] vous avez été indemnisé le 17 décembre du montant forfaitaire correspondant. »
Aucune de ces réponses n’a jamais fait allusion aux questions posées par moi dès l’annonce, que je trouvais extraordinaire, de la perte.

Il m’était déjà arrivé, par mégarde, de mettre une lettre à la boîte de départ de mon bureau de poste, et de me rappeler ensuite que je m’étais trompé d’adresse ou que je devais compléter l’affranchissement. Lorsque je le signalais aussitôt après au guichet, je n’ai jamais eu de difficultés pour rectifier l’erreur, à deux conditions : que le courrier puisse m’être attribué sans aucune ambiguïté ; que la rectification soit faite par les employés eux-mêmes : pas question de reprendre en main propre la lettre mise à la boîte. Je trouvais ça bien. Cela me confortait dans l’idée que j’avais d’un circuit hermétiquement sûr dont le personnel était seul et pleinement responsable et je croyais que l’indemnisation des objets recommandés intervenait en cas d’incident majeur : catastrophe naturelle, incendie ou cambriolage. J’avais tort.
Alors qu’un seul département sépare nos départements respectifs, je n’ai jamais réussi à savoir aucune des circonstances de la disparition : où, quand, comment, sous la responsabilité de qui? J’ai alors compris que cette disposition était simplement prévue pour couvrir tous les dysfonctionnements possibles sans avoir à les justifier.

En ce qui me concerne, le problème n’est pas la valeur de mes productions. Un imprimeur local à qui je reprochais de n’avoir pas tenu compte de mes consignes écrites de mises en page d’une impression commandée m’a une fois dit que « de toute façon ça n’était pas génial ». Le problème est celui du travail attendu de tel ou tel prestataire, professionnel ou non. Un autre imprimeur, pourtant éloigné, à qui je reprochais d’avoir transformé un rouge vermillon en rouge carmin m’a simplement demandé de réexpédier les imprimés reçus. Quelques jours plus tard je recevais l’ensemble correctement réimprimé.
D’autre part, dans ma transaction rompue, mon correspondant faisait plus que payer : il donnait un sens à ce que j’avais fait et en attendait une satisfaction. Nous avons tous les deux perdu et quelqu’un d’autre en profite sûrement : je n’ai jamais reçu aucune preuve circonstanciée d'une destruction de marchandise. Des excuses, oui : autant que de lettres-types reçues.


La Poste aurait-elle changé entre temps ? Suite de l’article :

« Nous présentons nos excuses aux étudiants et à 1’IEP », lâche la responsable de la com­munication de La Poste dont un représentant participera ven­dredi à une conférence de presse avec la direction de l’IEP. Ce jour-là, on en apprendra sans doute un peu plus sur les circons­tances de la mystérieuse disparition.

Sans doute. Qui croit vraiment à une enquête ? L’intervention d’un responsable de la communication n’est pas de bon augure. Call centers et hotlines, tampons en tous genres, les seigneurs des châteaux plus que jamais inaccessibles volent (comme des oiseaux) au-dessus de la mêlée. Et c’est justement une coïncidence (qui n’en est peut-être pas une : y aurait-il article pour des particuliers non particuliers ?) qui me fait revenir sur ce chapitre désagréable. Une note termine la relation du fait divers :

~ Le 17 mai déjà, les candidats à l’ED­HEC avaient dû repasser une épreuve après la disparition d’un paquet de co­pies.

Science Po, EDHEC… Je ne veux ni ne peux polémiquer, ni dénigrer La Poste, ni surtout faire des reproches à ceux qui y travaillent : beaucoup partagent avec les usagers une même conception de cette activité civilisée. Mais je ne suis pas sûr qu’il en aille de même avec ceux qui la dirigent. Si seulement les politiques, commerciaux et autres directeurs de ressources humaines pouvaient à l’occasion se rendre compte qu’il manque ici et là un peu d’humanité non intérimaire… Mais aiment-ils leur travail autant que les facteurs l’aimaient?
Personnellement, je crois que comme avec ma conception du Courrier recommandé je me suis mis le doigt dans l’œil en disant oui à l’Europe : je voyais en rêve une extension à l’échelle continentale des services publics, chemins de fer et postes y compris, où aurait été réuni tout ce que chaque pays avait de meilleur en la matière.

Le titre de la deuxième peinture perdue* vient en partie du fait que je m’y suis servi d’un tube que je n’utilise pratiquement jamais, préférant reconstituer la couleur en question. Si jamais vous les voyez passer quelque part ...

*JNP 1-IX-2000 : Travail au noir


Les animateurs





J. Sauvageot / A. Geismar
D.Cohn-Bendit / J.-P. Duteuil
LA RÉVOLTE ÉTUDIANTE
les animateurs parlent
Éditions du Seuil
"imprimé en France 6-68"
"L'histoire immédiate" collection dirigée par Jean Lacouture
Photo Elie Kagan



La collection méritait vraiment son nom. Que deux lettres à changer : il n'a pas fallu longtemps pour écrire agitateurs.

Faites-moi signe


Mail art call */

Projet d’art postal /

Postkunst project

Give me a sign /

Geef me een teken

Carte postale de format carré, dimensions maximum 20 x 20 cm
De préférence fabriquée, technique et support libre
Un signe = un seul - ni un mot ni un texte ni une image

Verso à votre disposition
; timbre et adresse du côté que vous voulez.(Le plaisir du donneur d’ordre : aux autres d’inventer des solutions…)
Date limite : le 15 septembre 2006Exposition en octobre + dès que possible sur  jnp & au fur et à mesure des réceptions
Pas de retour, documentation si réponse correspondant au projet et adresse indiquée.
(Si vous voulez la recevoir par email envoyez-moi votre adresse électronique; la mienne est ci-contre à droite, n'oubliez pas de la décoder. La vôtre ne sera pas publiée mais seulement utilisée par moi.)

Envoyer sans enveloppe à

JNP, 36 rue de Québec, 62100 CALAIS, France
*Please send me without an envelope a

homemade postcard of square format, size free up to 20 x 20 cm
Free techniques and media
A sign = one sign - not a text nor words nor a picture, except if this picture "gives a sign" (not a message)
Sorry the solution is left to you...
(If you do want to send me a message or another artwork as well, use the back as you like - stamp and address on any side)
Deadline : September 15, 2006Works will be exhibited on line as far as I manage to do it but in any case at the above address in October 2006
No selection, no return
Documentation if work relevant to the project and sender's address written

(You may let me know your email address by writing to mine:
"jan_o_neel at hotmail dot com" - I won’t publish yours but will contact you it in case of new projects.)

Ce grand garçon sensible



Roman d'amour inédit
par Claude Gérard
Les Éditions de la Gazelle
"Collection de Fontenailles" n° 53
Châteauroux, s. d.
Illustration Desmé

C'est un matin

C’est un matin que je dormais
L’histoire achoppe dans ma chambre
Montée du bas où qui venu
Une mort faute en noue le drame

Est-ce plus tard ma mère crie
Que la recrue va en pâtir
Je suis victime mais n’ai pas
Un alibi si impeccable

Noyé pendu le grand-papa
Savoir quand même me perturbe
Je n’ai pas pu barrer la croix
Et tu vois comme mes mots hurlent

Cinquante-trois années passées
Le désespoir est-il le sas
Du bathyscaphe où je griffonne
Une monnaie de mots masqués

On voudrait bien redémarrer
Rien qu'un voyage du manège
Or illusoire le répit
Argent perdu que nos histoires


Version légèrement modifiée d'un poème paru en 2001

"En amical salut à Jean-Michel Aubevert"
dans la revue Dixformes-Informes de Philippe Brahy
Adresse actuelle =
D:\Ecriture\Vers\Mesurés

In The Garage


L’héritage de mes parents avait aidé à le faire construire, et c’était un peu comme si je rapportais ici un peu des biens familiaux vendus, si ce n’était pas faire ce qu’on n’avait jamais réussi à matérialiser là-bas.
Le local attenant à l'emplacement voiture devait me permettre de dégager la maison de tous les bouquins amassés au cours de mes pérégrinations. Mais comme je faisais visiter le bâtiment tout juste fini à Xavier et Michel un vendredi soir après la gravure ils y ont vu un atelier idéal et Xavier a trouvé qu’il fallait au moins y faire une exposition avant de l’occuper.
A condition qu’ils m’accompagnent dans l’organisation, je me suis laissé dire. J’ai invité à exposer des gens de trois horizons : Guy Ferdinande et ses amis de la région lilloise, ceux de l’atelier de Gravelines et des élèves des cours de dessin de l’École d’Art de Calais.

L’exposition IN THE GARAGE eut lieu les 26 & 27 mai 2001. Y participèrent :

Agnès CARRON, Cap'tain NICO, Christine DAUBELCOURT, Guy FERDINANDE, Jannick GODON-WARNAULT, Jean-Jacques DE RETTE, Jean-Louis REULET, Jean-Noël POTTE, Joséphine DOMINAULT, Karine BRACQ, Margrit DELCROIX-GOBBI, Marie-José VASSEUR, Mathilde BOMMEL, Michel BUTSTRAEN, Nadège FAGOO, Nicole LOUCHAERT, Philip ALSICAN, Philippe LEMAIRE et Xavier HENNICAUX.

Ce fut pour moi un événement unique et l’exposition personnelle que j’ai pu faire par la suite et ailleurs ne m’a pas apporté la même satisfaction que cette expérience modeste mais collective. Je ne dis pas événement pour signifier important mais pour exprimer le sentiment de quelque chose qui arrivait un peu tout seul et en supplément à ce que chacun avait apporté de soi. On se sentait légers.

Ci-dessous : invitation à exposer et invitation à l’exposition.

(roll over)



Parade dominicale

(Morceau en tu) Quatre heures ou cinq, semaine ou dimanche tu te lèves comme tu en as pris l’habitude à courir les braderies et brocantes. Des années durant tu y as acheté des livres d’occasion et voyant que tu pouvais en revendre dans les salons et autres bourses aux collections tu as rêvé tout haut que tu allais t’installer bouquiniste pour fuir le métier qui t’était tombé dessus comme un boulet quand tu étais adolescent. Même pas eu le courage : peut-être - mais au fur et à mesure que tu avançais tu te rendais compte que ton stock ne t’aurait pas permis de vivre, et d’autant moins que tu avais souvent acheté par plaisir sans prendre en compte le marché réel. Ce que tu y as gagné est d’un autre ordre. Toi qui ne bougeais guère, tu t’es mis à sortir, à parler un peu et à rencontrer des gens, à vivre un peu leur vie. Le plaisir d’avoir fait cent kilomètres et de s’entendre interpeller par ceux qu’on connaît. Le plaisir d’en voir qu’on ne connaît pas et de comprendre rien qu’à les voir ce qu’ils sont en train de faire. L’excitation du départ, de l’installation, la chasse aux trésors, les découvertes, les déceptions. La marche au petit matin. Une vie parallèle. Lundi dernier lundi de Pâques, tu y es encore allé, l’addiction encore mais si peu, le plaisir au contraire de goûter du dehors. Le jour n’est pas levé que les rues s’animent déjà et cette animation n’a rien à voir avec la circulation habituelle. Elles se remplissent peu à peu mais inexorablement d’une foule étonnamment décidée. Tout le monde trouve à se caser. La police n’intervient que pour faire respecter le passage des pompiers. Les évangélistes exposent la bonne parole dans l’indifférence générale, y compris celle de la population que tu supposes musulmane. Il y a des villes où tu n’étais souvent allé qu’à ces occasions-là et lorsqu’il t’est arrivé d’y retourner en temps normal tu ne les reconnaissais pas, soit moins vivantes, soit trop bruyantes et arrogantes. Mais pour diverses raisons, la fatigue, la raréfaction des objets qui avaient un sens pour toi, et malgré tout une sorte de manque qui t’accompagnait, tu as quand même décroché. Quand tu te réveilles à quatre heures du matin et que tu n’as plus envie de dormir, tu considères un vide, un vide que tu avais sans doute ainsi bouché. Ce matin c’était clair : après le black-out des derniers jours, tu allais trouver ou retrouver une image à poster puis récrire un message. Mais tu savais la réalité. Chez toi, le plein. Du pain sur la planche. Tous ces livres et vieux papiers, toutes ces choses promises par toi à un bel avenir, les voilà pour l’instant rassemblées quasiment en vrac, les noyaux d’ordre éphémères enfouis sous plusieurs couches de sédiments. Livres à lire, livres à revendre, collections, matériaux réservés aux assemblages problématiquement futurs, tout s’emmêle et rejoint dans le même magma tes productions personnelles épisodiques, gravures au rebut et écrits en panne. Comment y retrouver quelque chose ? Tu as passé un bon moment dans ton local. La participation aux portes ouvertes d’octobre dernier t’avait permis un premier défrichage mais tu n’as fait que repousser le tas derrière tes cimaises de kraft. C’est vrai que tu n’as toujours rien fait d’autre que de t’abandonner au désordre pour une fois au bout du vertige te reprendre tant bien que mal. La peur : jusqu’où la tenter ? Tu as rouvert les boîtes de photos prises par toi depuis plus de vingt ans et les fantômes de ta vie t’ont sauté à la figure. Il est peut-être temps d’agir, de trier, d’ordonner, de cadrer ce qui peut l’être. Que tu te dis. Tu avais trouvé un titre qui jouait sur le mot "chine", tu avais théorisé la nouvelle livraison : ni journal intime, ni vraiment écriture, simplement une interface à l’oeuvre entre passé et aujourd’hui comme entre les pièces de ton semblant pulvérisé. Abandonné le titre, tu racontes ta vie et mouds le vent à grand renfort de phrases trop longues. Tu devrais effacer mais tu ajoutes coincé : ce qui se montre et s’écrit ici, ce qui arrive ici n’est jamais qu’écran. Tu pries assis pour qu’y advienne le théâtre d’ombres de l’enfance perdue.

Photo trouvée

Exergue

"Tout m'avait toujours été ouvert, ma vie n'avait été que l'interminable série de mes erreurs au sujet de ma vie."
(Emmanuel Berl : Sylvia, Gallimard 1952 p.249)