Spectacle...

...événement


Hier soir Brigitte Fontaine.

Comme au cinéma parfois ne trouve qu'à résonner raisonner en noms, qu'à activer comme des échos ce spectre de célébrités où je m'accroche tant bien que mal. Hésite encore à les écrire, renonce à leur trouver un ordre contraint du genre alphabétique, de crainte d' un imprévu plus problématique que le sens à peu près chronologique de leur survenue. Mais ce dernier m'échappant aussi voici je ne sais pas comment pas n'importe qui. Antonin Artaud Samuel Beckett Isidore Ducasse Comte de Lautréamont Léo Ferré Salvador Dali Raymond Devos. D'autres pour la fin.

Spectacle : paradoxal. Venu je me demande pourquoi ce préjugé écouter voir une chanteuse c'est le théâtre qui me frappe d'abord, mais sa matérialité inclut, et non pas comme décor, un cahier d'écritures. La musique : éblouissante. La voix tapie et qui explose et profère.

Événement* : ici pour démolir du mot son emploi médiatique consacré qui vient encenser une quelconque manifestation, lui conférant un caractère d'apogée ou de moment marquant un coup dans une histoire. Question peut-être de lui donner un prix, d'un côté récompense et de l'autre à payer, l'entre deux réduit à la préparation et à l'attente.

Quand Brigitte Fontaine se produit sur scène, sa présence efface les deux. Performance doublement efficace ni à prendre au sens sportif ni annoncée selon les codes. On ne voit pas les fils qu'elle aurait tramés ni ne sait à quoi s'attendre. Ce qu'elle produit n'est pas un produit. Sa présence n'est pas photographique, pas enregistrable. Un cd d'elle n'est qu'une consolation. Et qu'elle soit rare ne la rend pas plus chère.
Hier soir, j'ai plusieurs fois remarqué l'emploi qu'elle fait du pronom 'je'. Louvoyant à plaisir entre position subjective et métaphore, elle nous confronte au fantastique sans quitter le réel, sans jamais apporter d'eau aux moulins qui nous cernent. Ose-t-elle le mot 'humanité', elle lui adjoint aussitôt 'animalité'. Raconte-t-elle l'histoire de la mouche et du prisonnier, elle est la mouche qui nous regarde.


*Événement : pour ma part oui, comme un des pas faits dans l'étrange, ou du moins hors des murs. Ceux du même ordre qui les ont précédés s'y rattachent plus ou moins. Curieusement n'en fait pas partie son premier passage ici, il y a des dizaines d'années  à la Maison pour Tous. À cette époque et à cet endroit, ce fut plutôt Art Zoyd, qui dérangeait mes partitions. Bien plus tard, quelque part du côté d'Isbergues, Henry Cow allait plus loin dans le déboulonnage. Puis ici au théâtre, la musique de Magma, comme celle d'Areski Belkacem hier soir, montrait jusqu'à quel point une force inouïe peut se distinguer de la violence. Auparavant sans doute, c'était à Lille 3 dans un amphi que Colette Magny, elle aussi femme à voix et à textes, incarnait au contraire comme une sorte d'agressivité positive. Ego diapason récepteur.

Surprise!



Les arums blancs fanés depuis au moins quinze jours, voilà qu'il en fleurit des rouges, et venus d'eux-mêmes!
(Pour agrandir, cliquer sur la première image)

P.S. , 2 mai 2020 : le blancs refleurissent tous les ans, comme cette année très tôt, mais cette floraison écarlate ne s'est jamais reproduite. 

Petite suite

Lu avant-hier ou hier et retrouvé sur un journal en ligne que les bons dormeurs bénéficient d'une maîtrise de soi qui échappe aux autres, à ceux que le manque de sommeil condamne à être le jouet de leurs pulsions et autres compulsions, parmi lesquelles cette tendance à accumuler les choses où je n'ai pas eu de mal à me reconnaître. Ce genre  d'information fonctionnant il est vrai comme les horoscopes, tout le monde peut s'y retrouver, mais ayant entrepris de me débarrasser des livres que j'ai amassés, je me rends compte à quel point j'ai approché la manie, et ne suis pas sûr d'arriver à m'en défaire.

L'étude en question évoque aussi la difficulté à prendre des décisions. Pour ma part, je trie mes livres en plusieurs catégories : ceux à recycler, ceux à donner, ceux que j'essaie de revendre et ceux que je garde - même si cette bibliothèque personnelle m'apparaît elle aussi démesurée et déjà promise à un tri ultérieur (ou la manière de ne jamais en finir).

Hier après-midi, comme j'examinais ainsi un livre édité par Robert Morel dont je n'avais même pas lu le titre, et que je l'avais ouvert au hasard pages 146 et 147, ce que j'ai pu y lire m'a beaucoup surpris :

Le syndicalisme paysan n'a pas fait attention quand l'industrialisation lui a fait la loi. Il n'a pas tiré profit de la connaissance panique, originelle. Il a tenu pour négligeables les franchises relatives qui tenaient lieu de liberté. Il a demandé le libre-arbitre mais il ne l'a pas obtenu.
Il y a dans le monde une grande dispute entre l'ordre et la liberté. Mais l'opposition entre ces deux termes n'est qu'une apparence. En réalité, les politiciens rivaux sont d'accord sur les moyens de discuter. Il n'y a pas entre eux de litige sur le libre-arbitre.
Autre chose est la vraie dualité du monde. La rivalité est posée entre les hommes et la terre; entre les humanismes fondés sur le libre-arbitre de la raison et ceux fondés sur l'arbitrage de la terre. D'une part se trouvent réunis tous les raisonnements même rivaux. De l'autre : les sanctions de la nature. D'une part les grands vœux des civilisations. de l'autre l'émergence de l'insolite, de la guerre, de la souffrance, de la mort.
Pourquoi se réjouir du libéralisme? Pourquoi se réjouir du socialisme? L'un et l'autre se servent de trop de misères oubliées.
Les nations ennemies ne sont pas contraires, elles se fâchent pour la possession d'un même bien par le moyen des armes. capitalisme et socialisme ne sont pas contraires, ils se poussent pour la possession des mêmes biens par le moyen de l'industrie.

Je suis alors allé à la première page et y ai lu l'incipit :

Puisque nous sommes ici, il faut tirer notre subsistance de ces lieux enclos sous l'horizon, et accomplir notre destin en ce cercle de plaine penchée vers les marais.

Autant dire tout de suite que je retrouvais là tout ce qui ne m'apparaît évident que depuis moins de dix ans, même si la lecture de Lanza del Vasto il y a beaucoup plus longtemps en avait déjà laissé  en moi comme la graine endormie.





Cet exemplaire de la deuxième édition de La vie simple de Jean Rivière est paru en 1970 et l'achevé d'imprimer de la première, qui date de l'année précédente, se termine ainsi : "...QUAND LES HOMMES COMMENÇAIENT À NE PLUS SAVOIR COMMENT ON PASSE DU PRINTEMPS À L'ÉTÉ, / EN 1969"

Livre à lire et garder, ou encore à donner.

Ce matin très tôt, écoutant France-Culture il m'a aussi plu de d'abord être conquis par une voix et une parole, et d'avoir su ensuite qui était l'invité : William Friedkin parlait de son film Sorcerer (Le convoi de la peur, 1977). Il expliquait notamment que cette (deuxième) adaptation du Salaire de la peur de Georges Arnaud était pour lui comme une métaphore du monde, où les hommes qui se haïssent les uns les autres n'ont en fait qu'une alternative : mourir ou vivre ensemble. Il s'exprimait en anglais, et chose rare, une traduction aussi respectueuse pour eux que pour les auditeurs permettait d'entendre alternativement et le locuteur anglophone et son interprète. Le réalisateur ajoutait - je traduis peut-être à ma façon - que le mal, que la guerre était aussi intérieure à l'homme, et que c'est à la vie de prendre le dessus.

Banalités, pourra-t-on me dire. Mais c'est ailleurs que j'entends des bavardages, que des gens parlent pour éviter de dire.

Étalage littéraire



Plath : Poems 1
Selected by Diane Wood Middlebtrook
Everyman's Library Pocket Poets
New York Toronto 1981

Joseph Pearce : Vaderland 2
meulenhof | manteau
Antwerpen Amsterdam 2008

Joseph Pearce : Terres de promesse Chronique familiale 3
Actes Sud
Arles 2009

Patrick Modiano : Remise de peine 4

Bernanos : Un mauvais rêve 5
Le Livre de Poche
1974

Daphné du Maurier : jeunesse perdue 6
Le Livre de Poche
1972

Plats et jaquettes, les couvertures de livre ici assemblées font penser aux tubes protecteurs que se construisent certains vers de bord de mer à l'aide de débris variés, ou bien encore, prises une par une, à une de ces coquilles que s'approprie le bernard-l'hermite. Si le lecteur ainsi animalisé est apparemment dépourvu d'une pince droite plus développé que la gauche, c'est sa main qui ressort pour un rien, qui écrit ou saisit.


1
Livre resté longtemps au même endroit. Le dictionnaire voisinant de moins en moins utilisé : cette anthologie ayant été établie dans l'ordre chronologique, je ne sais pas si c'est parce que l'anglais me revenait au fur et à mesure ou du fait que la langue employée était de plus en plus claire les années passant. Une relecture en approfondirait le beau et le terrible.
^
2
Patrie, un roman inoubliable sur les pères et les fils, sur les patries et sur l'histoire des juifs européens au cours des deux derniers siècles.
Dans Patrie, Joseph Pearce explore l'histoire d'une famille juive. Il essaie d'imaginer ce qui lui est arrivé à des moments cruciaux de son histoire. Cinq générations. Cinq lieux. Cinq moments charnières. La Belgique en 2008. Les États-Unis en 1956. L’Allemagne en 1917. La Prusse en 1870. La Pologne en 1829.
[…]
'Pearce est un maître chroniqueur. Il décrit avec verve ce qui cause le désarroi des gens : le progrès, le changement, l'évolution.' DE STANDAARD

(Traduction de la 4ème de couverture - sauf erreur.)
^
3 
J'écris ici sans fil - non sans brouillon :
Livre qu'on m'a prêté et que j'ai rendu. Journal de bord d'un voyage au long cours qu'a entrepris Joseph Pearce après avoir appris de son père l'histoire réelle de sa famille : histoire hors du commun mais pas hors de l'histoire, bien au contraire. Ou entre autres, comment sinon renouer du moins reconnaître des liens cisaillés par la guerre : à savoir rechercher les parents dispersés à la surface du globe. Et ce faisant à la fois rendre compte de la diversité des destins humains, tant dans leurs ressources que parfois leurs défauts, tout en poursuivant et affirmant son propre cheminement. Journal intime aussi, sans pourtant tenir à de quelconques dévoilements sensationnels, ni à aucune parade égocentrique : c'est au contraire la mise au jour et la constante remise à jour de l'interrogation personnelle. Car s'il vient à l'esprit l'idée d'une exploration généalogique, c'en serait une plus mentale que génétique, et dans laquelle le passé ne compte qu'à la mesure du présent, où l'auteur est amené à se comprendre comme une sorte de feuilleté (métaphore que je ne pense pas avoir inventée mais je ne sais plus d'où elle vient) qu'on peut ainsi analyser : juif, allemand, anglais, belge, flamand, catholique, athée (?) - en schématisant. Même si le livre se lit comme un roman, où les personnes rencontrées nous captivent tout autant que des personnages de fiction, c'est à ce titre qu'il est exemplaire, amenant chacun de nous à prendre en considération les fils, même moins nombreux, qui nous composent. Et cela d'autant plus aisément, étant donné son titre. S'il évoque évidemment la dénomination biblique de la Terre promise, il en articule et active autrement les termes. Il me semble que Joseph Pearce évoque à la fois la Terre entière et tous ses pays, et j'oserai même un autre rapprochement, la terre du laboureur de La Fontaine, une terre (au sens de champ) ici où là, dont les promesses ne se concrétisent que dans ce que les gens y font, qu'ils y soient nés ou qu'ils y soient allés. Sans oublier la vraie limite que constitue la guerre, ou le mal qui la cause.
^
4

Légende...

... de l'image postée ici il y a trois mois.

Fermé le livre, et faute d'article concernant Julien Sarrazin, on relit dans Wikipédia la biographie d'Albertine. Celui qui la recueille évadée de prison y est qualifié de « petit malfrat », de la même façon qu'elle sera, elle, appelée « prostituée » dans d'autres résumés. Raccourcis : accessoirement humains, anecdotiquement écrivains.
Auteur ici, Julien Sarrazin a au moins deux mérites. Tout d'abord, s'il explique de quelle façon son chemin s'est très tôt écarté du macadam des « gens honnêtes » (on pense à Brassens), ce n'est pas dans le but de se justifier, de se faire des années après l'avocat de sa propre cause. Ensuite, il ne s'agit pas non plus pour lui, et encore moins, d'accrocher une remorque littéraire à la notoriété temporaire de celle qui l'a un jour et malgré elle définitivement quitté.
Il parvient simplement (et la simplicité qui m'échappe si souvent ne peut provenir que d'un vrai travail ou d'une tournure profonde) à nous conduire dans ses propres traces, sans jamais y mêler quoique ce soit de l'aventure à deux dont la contrescarpe d'une forteresse pénitentiaire a marqué le début – sauf à en rappeler en fin la conclusion tragique.
De son enfance, il tient à nous faire comprendre, sans le formuler expressément, qu'elle n'a pas été marquée par un manque d'amour, mais que cet amour même prenait ou côtoyait parfois des formes violentes, tandis que manque et carences tenaient crûment au niveau matériel. Il nous montre aussi comment la guerre finissante a pu être dans son cas propice à brouiller les frontières légales. Certes non exempt à l'occasion de la violence basique héritée, son parcours de délinquant tient beaucoup plus des aventures des Pieds Nickelés que du crime de haute volée et il a très probablement plus payé que volé : il serait intéressant d'étudier son bilan délits et peines à la lumière des jurisprudences actuelles.
Qui plus est, si le quotidien décrit ou reflété ne coïncide en rien avec ce que voudrait dire l'expression « trente glorieuses » appliquée à cette époque, il se rapproche bel et bien de ce qui a pu nous marquer aussi. Du formica et des téléviseurs, des autos rutilantes et de l'eau chaude pour tous que tout le monde n'avait pas. Époque où le soleil n'apparaissait à d'aucuns qu'aux failles des enfermements, où la simple fugue d'un(e) mineur(e) suffisait à l'y conduire, quand ce n'était pas pour d'autres le cadre admis des formations sérieuses. Seuls des écrivains semblent avoir ainsi rendu ou du moins pris en compte quelque chose de la froideur et de la rudesse de ces années d'alors*, où auraient fait tache les laissés pour compte et les tombés du train.
Lire et écrire en ont fait surnager certains. Julien et son frère enfants vont malgré tout à l'école, y sont bons élèves, et la famille ne va pas contre. Albertine en maison de redressement obtient la mention bien à la première partie du baccalauréat. Incarcérée, elle le termine en prison. Emprisonné ailleurs, Julien travaille à l'imprimerie dont est doté son établissement pénitencier. Qu'il en profite pour démarrer à cet endroit le tunnel d'une évasion ratée est à la fois logique et symbolique.
Leur rencontre n'aura été que le début d'une corde dont éloignements et rapprochements ont tressé les fils et leurs livres comme la lumière d'une mèche trop brièvement incandescente. Tout buté qu'il était, la nuit et la fureur absurde auront raison de ce couple historiquement tragique et le silence une fois retombé, c'est de Victor Hugo que ces assassinés-nés recevront ici les derniers honneurs, à jamais médaillés misérables.

* Entre autres, et chacun à leur façon, Annie Ernaux, Patrick Modiano, Georges Pérec sapent bien  la vision économique consacrée.

3ème étage

Dessin à la pierre noire, version de juin dernier

Deuxième version et série : ici

Mauvais œil?

Cela fait assez longtemps que la chasse photographique a remplacé pour moi la chine aux livres des matins dominicaux. Même si les autos déparent les rues de leurs pustules, elles sont alors  moins nombreuses à y rouler et la lumière du soleil fait parfois des merveilles. Parfois. Dimanche dernier, peut-être trop à l'affût des édifices désaffectés qui m'obsèdent pour en découvrir de nouveaux, j'en suis venu à me rabattre sur des églises, en fait deux, qui étaient, elles, certes également fermées et désertées, mais solidement présentes. Une située à l'écart de mes chemins habituels était malheureusement non seulement clôturée mais aussi bardée de véhicules en stationnement qui gênaient le reportage. Bien qu'offerte aux regards, la deuxième n'en attirait apparemment pas d'autres que le mien :


Ce matin, soit trois jours plus tard, tombé par hasard sur la une du 
http://www.nordlittoral.fr/, voici ce que j'y vois et lis:


Je ne peux pas m'empêcher de penser à tous ces bâtiments qui m'ont fait un jour tourner la tête au point d'avoir envie de les prendre en photo, voire de les dessiner ou de les peindre, pour ensuite constater, au passage suivant, qu'ils avaient été complètement restaurés et défigurés ou tout simplement démolis.

MàJ

PHARES ET BALISES

Valério

ADAMI
Alphonse

ALLAIS
Guillaume

APOLLINAIRE
Louis

ARAGON
Fernando

ARRABAL
Antonin

ARTAUD
(Balthasar Klossowski de Rola)

BALTHUS
Sharunas

BARTAS
Georges

BATAILLE
Charles

BAUDELAIRE
Marcel

BÉALU
Samuel

BECKETT
Carl Michael

BELLMANN
Hans

BELLMER
Emmanuel

BERL
Georges

BERNANOS
Jorge Luis

BORGÈS
Emmanuel

BOVE
Luis

BUÑUEL
Dino

BUZATTI
Blaise

CENDRARS
Hugo

CLAUS
Leonard

COHEN
Julio

CORTÁZAR
Louis Marie-Anne

COUPERUS
David

CRONENBERG
Brian

DE PALMA
André

DELVAUX
Paul

DELVAUX
Philip K. (Kindred)

DICK
Marcel

DUCHAMP
Bruno

DUMONT
Annie

ERNAUX
(Gudmundur Gudmundsson)

ERRÓ
Federico

FELLINI
Léo

FERRÉ
Anne

FRANK
Philippe

GARREL
Jean

GIONO
Jean-Luc

GODARD
Peter

GREENAWAY
Alexandre

Grothendieck
Michael

HANEKE
Bernard

HEIDSIECK
Willem Fredrik

HERMANS
Benny

HILL
Edward

HOPPER
Joris-Karl

HUYSMANS
Alfred

JARRY
James

JOYCE
Peter

KLASEN
Jerzy

kozinski
Stanley

KUBRICK
Selma

LAGERLÖF
Raphael Aloysius

LAFFERTY


LANZA DEL VASTO
Isidore Ducasse, Comte de

LAUTRÉAMONT
Anatole

LE BRAZ
Michel

LEIRIS
Jack

Howard Phillips

LONDON
LOVECRAFT
David

LYNCH
Pierre

MAC ORLAN


MAGMA
Colette

MAGNY
René

MAGRITTE
Stéphane

MALLARMÉ
André-Pieyre de

MANDIARGUES
Guy de

MAUPASSANT
Henri

MICHAUX
Jean-Pierre

MOCKY
Patrick

MODIANO
François
Marcel

MORELLET
MOULOUDJI


(Christa Päffgen)

NICO
Anaïs

NIN
Anna de

NOAILLES
Marie

NOËl
Jules (Julius Mordecai Pincas)

PASCIN
Georges

PEREC
Sylvia

PLATH
Francis

PONGE
Jacques

PREVERT
Raymond

QUENEAU
Jean-Pierre
The

RAYNAUD
RESIDENTS
Arthur

RIMBAUD
Jacques

RIVETTE
Alain

ROBBE-GRILLET
Raymond

ROUSSEL
Donatien Alphonse François de

SADE


SAINT-JOHN-PERSE
Nathalie

SARRAUTE
Albertine

SARRAZIN
Kurt

SCHWITTERS
Clifford

SIMAK
François

SIMON
Jacques
Karlheinz

STERNBERG
STOCKHAUSEN
Antoni

TÁPIES
Jean

TARDIEU
Hervé

TÉLÉMAQUE
Lars von

TRIER
Clovis

TROUILLE
François
Félix

TRUFFAUT
VALLOTTON
Edgar

VARESE
Emile

VERHAEREN
Jules

VERNE
Boris

VIAN
Christopher

WALKEN
Alex van

WARMEDAM
Kurt

WEIL
Unica
 

ZÜRN 

Devoir du jour

Insomnie des petites heures, autant France-Culture agace le jour à vouloir se couler dans un modèle courant, autant ses rediffusions nocturnes sont des havres grands ouverts où même la nostalgie n'est que le quai où on embarque. Émission déjà commencée, c'est comme en accompagnant animateur et invités dans une promenade spatio-temporelle où ils évoquent entre autres Belleville et les Folles Buttes, puis le groupe Octobre, que je comprends enfin que l'une des voix est celle de Mouloudji, légèrement différente de celle de ses chansons. J'ai éteint la lumière de la cuisine où j'étais descendu et ai été captivé pendant au moins deux heures. J'apprendrai à la fin qu'il s'agissait de 'son' Bon plaisir, émission diffusée pour la 1ère fois le 16 novembre 1991.
Je ne fais ici rien d'autre que d'habitude, à savoir désigner ce qui me touche personnellement. On pourrait parler d'une recherche de modèles, de modestie ou d'orgueil, de paresse ou de manque de personnalité, et je veux bien l'assumer. Je pense aujourd'hui qu'il y a effectivement chez moi comme une sorte d'incertitude fondamentale, et que comme perdu je me raccroche à tout ce que je reconnais, à tout ce qui fait sens, non pas au sens profond, mais au sens basique du sens d'un mot que l'on reconnaît parce que de notre langue, à des caractères superficiels qui tout d'un coup font espérer ou croire qu'on est pas le seul et unique exemplaire d'une espèce incertaine.
Cette nuit Mouloudji, et j'ai bien conscience de tout ce qui diffère, insiste sur des choses que ses interlocuteurs n'acceptent pas forcément, et que lui même ne s'explique pas. Une carence dans l'enfance, et je ne pense pas aux poncifs de la psychanalyse pour tous. Une peur qui l'a accompagné pratiquement tout sa vie, 'non créative', précise-t-il, et les succès n'y font rien, au contraire, et il en parle à soixante-sept ans. L'écriture pour chercher à comprendre et tout aussi reconnue comme traitement substitutif du suicide. Et juste avant la fin de l'enregistrement, au moment où ceux qui l'estiment attendent visiblement qu'il conclue comme il faut ce qui a été comme une rétrospective, qu'il y ajoute le point d'orgue attendu, cette scandaleuse idée : "J'ai raté ma vie". Ce n'est que devant la réprobation générale qu'il va s'efforcer pour finir de la gommer un peu.
Je retiens encore : "Je ne sais pas liquider".
Et certaines insomnies m'apparaissent arrangées.

Lu à l'instant...

... sur Le Figaro Culture, dans le discours prononcé à Stockholm par Patrick Modiano venu recevoir son prix Nobel:

Et puis j'appartiens à une génération où on ne laissait pas parler les enfants, sauf en certaines occasions assez rares et s'ils en demandaient la permission. Mais on ne les écoutait pas et bien souvent on leur coupait la parole. Voilà ce qui explique la difficulté d'élocution de certains d'entre nous, tantôt hésitante, tantôt trop rapide, comme s'ils craignaient à chaque instant d'être interrompus. D'où, sans doute, ce désir d'écrire qui m'a pris, comme beaucoup d'autres, au sortir de l'enfance. Vous espérez que les adultes vous liront. Ils seront obligés ainsi de vous écouter sans vous interrompre et ils sauront une fois pour toutes ce que vous avez sur le cœur.

C'est pour l'avoir vu à la télé, quand on a su que le prix lui avait été attribué, comme malheureux d'être ainsi jeté sous les lumières, que j'ai eu envie de le lire, alors qu'un préjugé me l'avait fait ranger dans la cohorte des écrivains simplement connus. Je viens de terminer Une jeunesse, tout bêtement admiratif.
Folio Gallimard, 2007

P.S. : (28 décembre 2014). Je remarque dans la liste qui suit ce texte, ouvrages "Du même auteur", EMMANUEL BERL, INTERROGATOIRE suivi de IL FAIT BEAU, ALLONS AU CIMETIÈRE. Interview, préface et postface de Patrick Modiano ("Témoins"). Rachel et autres grâces m'avait beaucoup plu et Regain au pays d'Auge m'avait aussi intéressé. Je ne sais plus si j'ai lu Sylvia. Je ne sais pas pourquoi cet écrivain issu d'un monde si différent du mien m'a ainsi touché. L'article Wikipédia qui lui est consacré m'explique pourquoi je n'ai jamais vu mentionner son nom dans les livres et périodiques que j'avais lus jusqu'ici : le passage trouble à Vichy, je suppose. Mais cela n'efface pas ce que j'ai ressenti dans son écriture et j'ai envie d'en savoir plus, de lire d'autres écrits de lui. Vu le temps qui reste, ce ne sûrement qu'au petit bonheur, au hasard des trouvailles.

Le silence...











... est retombé
(Julien † 1991,
Albertine 1967)

Le Livre de Poche, 1977



Suite ici 

Le Googlebot-Image...

...aime bien mes collages!
Voici ceux sur lesquels il a l'air de faire une véritable fixation  ces derniers jours :



(cliquer dessus pour aller à la page de leur première publication)

Contes et légendes...

...de ma vie privée


Marie Laforêt
Stock 1981
Livre d'occasion acheté par curiosité, je l'ai lu avec grand plaisir, d'emblée surpris de découvrir que celle que ma mémoire affublait du titre de chanteuse de variétés a su aussi écrire, et d'une façon que j'aime, y mêlant humour et réserve, maîtrise de la langue et liberté du jeu. 
Ce recueil d'histoires courtes est précédé d'une Lettre à mon éditeur en forme de porte-clefs, allusion sans doute aux références reprises en quatrième de couverture par ledit éditeur, et à la vie privée du titre, mais même si j'étais plus sérieux et vraiment curieux, ce n'est pas le biographique que j'irais d'abord explorer ici. Il faut d'abord dire que les amateurs du genre seront grandement déçus, le privé y restant magnifiquement à sa place et les clefs aussi décoratives que les porte-clefs de la grande époque, tandis que les contes et légendes annoncés ne tiennent absolument pas de la publicité mensongère, d'où d'abord la lecture sans peine.
Si je voulais donc sérieusement faire mon critique, c'est autre chose que les rapports au vécu que j'irais démonter ou démontrer, à savoir quelque chose qui compense grandement le disparate de ces textes, qui à vrai dire peut déranger sur le coup : faire penser que des morceaux divers ont été rassemblés pour faire un livre. Même si c'est le cas, on se trouve agréablement confronté à une autre diversité que le contenu ou le genre, car ce qui surprend au passage de l'un à l'autre, c'est aussi une différence ténue mais nette, et certainement choisie, dans l'écriture elle-même : tonalité, style, fantaisie, peu importe, en tous cas une variation qui charme.
Mais je ne suis pas sérieux, et m'en tiens donc là.