Contes et légendes...
...de ma vie privée
Marie Laforêt
Stock 1981
Livre d'occasion acheté par curiosité, je l'ai lu avec grand plaisir, d'emblée surpris de découvrir que celle que ma mémoire affublait du titre de chanteuse de variétés a su aussi écrire, et d'une façon que j'aime, y mêlant humour et réserve, maîtrise de la langue et liberté du jeu.
Ce recueil d'histoires courtes est précédé d'une Lettre à mon éditeur en forme de porte-clefs, allusion sans doute aux références reprises en quatrième de couverture par ledit éditeur, et à la vie privée du titre, mais même si j'étais plus sérieux et vraiment curieux, ce n'est pas le biographique que j'irais d'abord explorer ici. Il faut d'abord dire que les amateurs du genre seront grandement déçus, le privé y restant magnifiquement à sa place et les clefs aussi décoratives que les porte-clefs de la grande époque, tandis que les contes et légendes annoncés ne tiennent absolument pas de la publicité mensongère, d'où d'abord la lecture sans peine.
Si je voulais donc sérieusement faire mon critique, c'est autre chose que les rapports au vécu que j'irais démonter ou démontrer, à savoir quelque chose qui compense grandement le disparate de ces textes, qui à vrai dire peut déranger sur le coup : faire penser que des morceaux divers ont été rassemblés pour faire un livre. Même si c'est le cas, on se trouve agréablement confronté à une autre diversité que le contenu ou le genre, car ce qui surprend au passage de l'un à l'autre, c'est aussi une différence ténue mais nette, et certainement choisie, dans l'écriture elle-même : tonalité, style, fantaisie, peu importe, en tous cas une variation qui charme.
Mais je ne suis pas sérieux, et m'en tiens donc là.
Qui tire donc...
...les ficelles?
Ou le mystère de nos déplacements.
Alors que nous ne quittons plus depuis des mois notre environnement immédiat, sommes allés le samedi 9 à Courtrai en Belgique. J. y a acheté un petit cadeau pour la petite fille de ma filleule - il avait déjà été décidé d'aller les voir, elle et ses parents, à Matringhem, petit village à côté de Fruges.Ce fut chose faite le lundi 18 et un vrai sourire d'enfant à été le nôtre, de cadeau.
*La Lys d'Émile Verhaeren
Mais ce n'est pas tout : je considère maintenant que nous avons à notre insu suivi la consigne d'une opération magique ou du moins sans mauvaise volonté accompli le gage d'un jeu innocent : se procurer quelque chose dans une ancienne ville flamande traversée par la Lys, puis apporter l'objet à une fillette habitant en France où le cours d'eau prend naissance. Lisbourg est situé à 8km du village mentionné.
Ou est-ce moi qui tire les fils? On se fait les cadeaux qu'on peut. Cheminant jusqu'ici, j'ai au moins trouvé dans Wikipédia un lien, autre fil, vers un poème* d'un auteur que je n'étais plus sûr d'aimer encore, malheureusement aussi éloigné de nous que le monde qu'il contemple. Je trouve le texte limpidement beau. La rivière n'a, quant à elle et pour le moment, rien fait d'autre que de légèrement déplacer sa source.
*La Lys d'Émile Verhaeren
Cétoine dorée ou...
... Hanneton des roses
Une des choses qui n'ont pas changé depuis l'enfance : le plaisir de voir un insecte jamais vu encore. Celui-ci ce matin, immobile sur une rose fanée, était comme une pierre précieuse, et je m'en fiche bien d'employer des métaphores usées.
Comme j'essayais avec une brindille de lui faire prendre une pose plus photogénique, j'ai d'abord craint qu'il soit mort, puis engourdi ou malade, me semblant essayer péniblement de se soulever sur ses pattes. Il était plus probablement en train de se réveiller après avoir dormi au soleil : quand je l'ai à nouveau cherché dans mon viseur il n'était plus là mais me donnait à entendre une application vivante du verbe vrombir.
Comme le hanneton foulon trouvé l'an dernier sous le pin, il est aussi chez lui : il y a ici depuis plusieurs années le bois mort en décomposition qu'il lui faut pour naître et les roses qu'il aime. (cf. Wikipédia)
Aussi repérée dans une plate-bande sarclée, une plante inconnue.
Pris...
...au filet
Regardé en DVD Invasion Los Angeles de John Carpenter, autrement dit They Live [- We sleep] (1988), mais pas réussi à le mettre en V.O., disque ou lecteur (déjà) trop vieux. Adaptation plus intéressante que géniale d'une nouvelle de Radell 'Ray' Faraday Nelson intitulée Eight o'clock in the morning (1963).
Si le film date, il en transmet malgré tout la trame avec une certaine force. Dans le monde qu'il donne à voir, si les forces de l'ordre attaquent le bidonville où les travailleurs de chantier et autres gens de rien vivent heureux, c'est que de dangereux terroristes y parasitent la télévision officielle et ont aussi inventé des lunettes noires qui, loin d'augmenter la réalité en y ajoutant une couche, la débarrassent de ses couleurs criardes et des masques de beauté qui déguisent sa propagande, faisant apparaître la crudité de ses mots d'ordre et les visages de têtes de morts des maîtres et des esclaves.
Le réalisateur fait passer la chose au compte d'une invasion plus ou moins extra-terrestre, mais ses images parlent malgré tout dans un autre sens :
Le texte original a été traduit en français par Michel Deutsch et publié dans la revue Fiction (éditions Opta, n°125, 1964), sous le titre Les fascinateurs.
À cette occasion, je n'ai pas pu m'empêcher de repenser au spectacle donné le 28 février dernier à Loos-en-Gohelle par L'Église de la Très Sainte Consommation ou €T$C, et d’où j'ai ramené ce badge (de la taille d'une hostie):
Après avoir un peu rapidement imaginé qu'ils avaient piqué l'idée dans le film ou la nouvelle, je pense que c'est moi qui découvre en retard des éléments culturels connus, et que je m'en sers moi-même ici.
Heureusement que la balade intertextuelle est tout sauf linéaire. C'est à dessein que je ne l'ai pas écrit d'emblée, mais j'ai appris en route que Ray Nelson était aussi l'auteur de The Last Days of Philip K. Dick. Une histoire courte qui mêle de façon extraordinaire humour et fantastique, sans manquer l'essentiel : ici dans le texte.
Le bœuf écorché...
...revisité
Travaux textiles,
atelier d'Audrey Dewet:
Maryse Barton, Christelle Cokelaer, Nelly Darré, Danielle Dewet, Martine Didier, Michèle Houssouliez, Marielle Langlet, Nadine Leprince, Nicole Louchaert, Anne-Marie Vermesch
École d'art,
du 28 mars au 16 mai 2014
Les doigts...
...dans le plat
Peinture digitale sur toile,
atelier de Fred Dewaele:
Peinture digitale sur toile,
atelier de Fred Dewaele:
Josette Balbastre, Marie-Paule Bourgois, Nadine Brodelle, José Godry, Florence Hanczyk, Zheng Heban, Yolande Heude, Jean Lefranc, Dominique Robillard et Annick Vanpeene.
8, rue des Soupirants
28 mars - 16 mai 2014
Fire Walk
Des livres que j'ai acquis,
rares sont ceux dont je me suis vite débarrassé. Quelques uns m'ont
déplu dès la première page, d'autres purement utilitaires avaient
bien rendu service mais devenaient du coup inutiles.
Inutiles aussi tous ceux que
j'ai lus pour d'autres raisons, et que j'ai conservés, les ayant
aimés ou non ? Certains d'entre eux s'en iront peut-être aussi
à l'occasion d'un dernier nettoyage, mais allégeance culturelle ou
fétichisme, beaucoup feront comme un vieux vêtement qu'on garde
sans le porter encore.
Des livres que j'ai
commencés, certains gardent encore le marque-page quelconque resté
glissé à l'endroit où je me suis arrêté il y a parfois des
années, insuffisamment aimant, ou distrait, infidèle, par un nouvel
arrivant. Tiendra-on un jour les promesses entrevues ? Ceux que
j'ai fini de lire ne l'ont pas tous été de la même façon et ne
sont pas tous de la même sorte.
Il y en a lus d'une seule
traite et d'autres en plusieurs mois. Certains répondent à ce que
je considère comme de la littérature, ce qui est par ailleurs
discutable, d'autres me parlent, ou bien me répondent. Répondent
provisoirement à ce que je cherche depuis toujours. Tout cela pour
marquer des axes, car chaque livre se place en fait à tel ou tel
point d'un espace à plusieurs dimensions, et tous les degrés,
toutes les combinaisons, tous les cas de figure sont possibles. Quant
à ladite recherche, ce n'est peut-être aussi que façon de parler. Quand même une vraie inquiétude.
Allé voir Quai d'Orsay pour
ne pas toujours imposer à J. mes goûts cinématographiques plutôt marginaux, et ayant
craint je ne sais pas pourquoi une comédie à la française
difficile à supporter, ai été heureusement surpris par un objet
non conventionnel nuancé. À la sortie du cinéma est arrivé dans
la conversation le nom de Niels Arestrup, non de mon fait, ne le
connaissant pas, et sauf exceptions m'intéressant depuis longtemps
beaucoup moins aux acteurs qu'aux réalisateurs. Ai simplement
convenu de sa présence réellement sympathique dans le film, mais
tombant quelques jours plus tard sur Tous mes incendies n'ai
pas résisté à l'envie de le lire. Je l'ai lu très vite : il
me parlait et m'étonnait.
L'acteur censé y faire le
point commence par écrire que sa vie ''n'est pas
intéressante'', puis passe en revue des épisodes marquants assez
souvent négatifs. S'il rapporte que Tania Balachova lui a dit à sa
première audition qu'il était ''un acteur comme Michel Simon,
Pierre Brasseur, Pierre Fresnay'' c'est pour aussitôt ajouter que
''les scènes suivantes la déçurent souvent'' et que ''[ces]
comparaisons avaient été exagérées par la grâce d'un moment
particulier''. S'il en a bien la vocation, ses débuts dans le métier
ne le conduisent pas sans mal ni contretemps vers des succès. Sa
timidité, c'est lui qui emploie le mot, l'empêche parfois d'avouer
qu'il ne détient pas telle ou telle capacité requise par un rôle
qu'il accepte. Des incidents et des malentendus sont à l'origine de
mésententes graves. La direction d'un théâtre acceptée à la
légère aboutit à une catastrophe. Et ainsi de suite. Les "moments
de grâce" sont eux aussi rapportés, mais comme s'ils étaient
l'exception et non le sujet du livre, projet conduit non sans
réticence et à la fin réduit à ''un livre qu'on n'a pas aimé
faire'' ou encore ''ce misérable déballage''.
Ce qui me parle est cette
négativité même, dans la mesure où la toute dernière phrase ne
remet pas en cause la direction choisie : ''[Je] n'ai jamais
été, jamais voulu être, autre chose qu'un acteur.'' Son parcours
et son regard me sont moins violents que la lumière éblouissante des
réussites, quand bien même on peut passer sa vie à 'vouloir' sans arriver à rien.
Ce qui m'étonne, c'est que
ce soit un acteur qui parle ainsi. Il me semblait avoir manqué de ce
talent pour vivre, que jouer la comédie m'aurait davantage armé.
Niels Arestrup laisse entendre que d'autres données et d'autres
forces sont en jeu, qui nous échappent.
* Niels Arestrup1 : Tous mes incendies2, Plon 2001.
1. La Décroissance N° 106, février 2014, éditorial de Bruno Clémentin : "La publicité ce n'est pas la place des comédiens, a déclaré l'acteur Niels Arestrup sur France-Info, le mercredi 8 janvier 2014. Merci!"
2. Adolescent, ai plusieurs fois brûlé tous mes dessins et gouaches.
La belle étrangère
Jardin, épisode 3.
Ce
qui est intéressant dans le jardin, c'est son côté gratuit. On
peut l'entretenir sans acheter beaucoup ou en n'achetant qu'un
minimum d'outils durables. Pour ce qui est des plantes beaucoup se
multipliant toutes seules ou facilement, on peut en donner et en
recevoir sans passer par l'argent.
Au
cours de ces dernières années, deux dons qu'on m'a faits, à chaque
fois de plusieurs plants, m'ont montré à quel point les végétaux
diffèrent et peuvent convenir ou non.
Certains
ne posent aucun problème. Dans ce genre, j'avais déjà, importés
de V.-É. et autrefois achetés par correspondance, des touffes de
tradescantia ou éphémère de Virginie. Se plaisant à l'ombre elle n'en a pas moins résisté
à la relative sécheresse d'un été récent, et elle s'installe
durablement sans envahir tout en faisant honneur à son nom commun.
Une petite plante rase à fleurs rouge vif qui les côtoie maintenant
a sa petitesse comme unique défaut : moins visible et moins
solidement enracinée, un coup d'outil peut lui être fatal. Mais une
fois qu'on en a pris conscience et qu'on y fait attention sa courte
floraison nous récompense. Je ne sais pas encore son nom.
D'autres
qu'elle ont peut-être aussi souffert de leur petitesse. Une petite
plante grasse a bien tenu jusqu'à une floraison discrète qui a
donné des graines ayant ensuite levé tout autour, mais quelques
jours plus tard tout avait disparu ! Une autre du même genre,
mais à fleurs jaunes, a, elle, disparu puis réapparu.
Certains
de ces cadeaux n'en sont pas vraiment. Une sorte de centaurée
n'avait eu aucun mal à reprendre et ses fleurs genre bleuet étaient
assez jolies. Ce n'est que deux ans plus tard qu'elle s'est révélée
redoutable, gagnant partout, même dans l'herbe, surtout par ses
racines. Depuis trois ans que j'ai commencé à l'éliminer, des
rejetons surgissent encore ça et là.
Paradoxalement,
je n'ai pas pu me résoudre à agir de même avec la plante en
l'honneur de laquelle j'écris ce nouveau billet horticole. Pourtant
c'était tout de suite qu'elle s'était fait remarquer : d'abord
par ses fleurs roses puis par la taille d'un mètre ou plus qu'elle
pouvait atteindre, exceptionnelle pour une herbacée ; ensuite
et surtout par son aptitude à projeter ses graines dès qu'on la
frôle. J'en ai eu peur : au printemps suivant, ce sont des
dizaines et des dizaines de pieds qui ont repoussé. Mais s'arrachant
sans problème et se décomposant facilement dans le compost. Comme
j'avais trouvé belle cette plante, abondamment fleurie pendant un
bon moment, attirant bourdons et abeilles, se fixant même dans peu
de terre et qui plus est étonnamment résistante au vent, j'en ai
gardé deux ou trois, et même un peu plus l'an dernier.
C'est
alors que je me suis demandé ce que c'était. Les moteurs de
recherche aidant, j'ai vite trouvé qu'il s'agissait de la balsamine
de l'Himalaya. Avait-elle vraiment fait tout ce chemin ? Sans
doute que oui, mais pas récemment ni en un jour. Poursuivant la
recherche je découvrais plus inquiétant : plante invasive !
Une envahisseuse, autrement dit. Colonise les zones humides et fait
reculer la flore locale. Cadeau empoisonné ? Ça m'a fait un
choc. En ai arraché une. Puis trouvant la chose désagréable ai
attendu et en ai parlé à G., qui m'a fait douter : il y a pire
comme risque. Relisant les articles lus, j'ai cru comprendre que le
problème concerne principalement les berges des rivières. Ici dans
le jardin, depuis trois ou quatre ans qu'on me l'a donné, elle n'a
posé aucun problème. Rien à voir avec le cas de la centaurée.
Aucune de ses graines n'est parvenue au jardinet de la maison
inhabitée voisine, que je nettoie à moitié avec l'autre voisin. Ni
dans l'autre jardin adjacent au nôtre, que je vois bien par-dessus
la haie. Si tant est qu'elle se manifeste encore ce printemps-ci,
j'en conserverai encore ainsi jusqu'à nouvel ordre.

Apparition...
... du 1er août dernier:
Le gros insecte noir et blanc n'arrive pas à escalader les bords humides de la vieille cuvette émaillée.
On l'a aidé et il s'éloigne,
croise un autre être que l'on connaît.
Juste sous le pin, il était pourtant aussi chez lui,
le hanneton foulon.
(Avant-dernière mise à jour)
Le gros insecte noir et blanc n'arrive pas à escalader les bords humides de la vieille cuvette émaillée.
On l'a aidé et il s'éloigne,
croise un autre être que l'on connaît.
Juste sous le pin, il était pourtant aussi chez lui,
le hanneton foulon.
(Avant-dernière mise à jour)
Adieu pelouse
C'était l'été dernier.
À la sortie d'un film sur les
abeilles, que je n'avais pas trouvé génial mais qui montrait quand
même des images inquiétantes, je considère la pelouse, que je
tonds de moins en moins souvent et de plus en plus haut. Le trèfle
est fleuri et je vois qu'elles sont là au travail. Je repense à B.
me disant que dépenser de l'énergie pour couper de l'herbe est
stupide : ni économique ni écologique. Je pense au coin du
jardin que j'entretiens moins et qui me cause parfois de bonnes
surprises. C'est décidé : je ne vais plus la tondre. Très
vite, je comprends que je dois dire : Je ne fais plus de
pelouse. Bizarre en effet de parler d'une chose que l'on crée comme
si elle avait eu d'abord une existence propre. Même création de nos
prédécesseurs, tout laisse à penser que notre jardin avait d'abord
été, comme ceux alentour, un jardin potager. Mais en refaire un
n'était pas ma prétention.
Les premiers sentiments ont été
de nature opposée. Tout d'abord un grand soulagement : ça
m'énervait quand même, de devoir tondre la pelouse. Tout
d'un coup je pouvais regarder le jardin d'un autre œil. Me demander
si je devais y faire quelque chose et quoi. Le regarder était devenu
nouveau.
L'année précédente j'avais déjà
laissé pousser un mètre carré d'une herbe plus fine que l'autre,
pour voir. J'ai donc attendu, non sans une certaine crainte. Non pas
celle qu'on m'a suggéré, à savoir : Que vont dire les
voisins ? , mais celle des plantes elles-mêmes.
Qu'allaient-elles faire ? N'allaient-elles pas trop profiter de
cette liberté nouvelle, grandir et se multiplier jusqu'à nous
dépasser?
Les jours et les semaines ont
passé sans qu'aucune jungle ne se forme. L'herbe est restée de
l'herbe. Je me suis mis à sarcler les plates-bandes comme je faisais
auparavant, étonné même d'avoir plus de temps pour m'y consacrer.
J'ai continué à mettre certaines 'mauvaises herbes' dans le compost
et à en confier d'autres au ramassage municipal, mais lorsqu'il
s'est arrêté à l'automne, j'ai eu envie d'imiter M. et en ai fait
un tas au dessus du sol, sans entourage d'aucune sorte. Encore pour
voir ce que ça va donner.
Très vite j'ai été sûr de ne
plus vouloir voir la tondeuse et l'ai donnée à mes amis
récupérateurs. J'ai aimé la place laissée libre dans le garage.
Sans travailler davantage, j'ai pu nettoyer toutes les bordures à
fleurs et arbustes avant l'hiver, couper et entasser des branches.
Certes pour rester un peu maître, mais aussi je l'avoue pour que le
jardin reste beau : si ce n'est pas aux yeux des conformistes du
moins à ceux des esprits moins étroits et à ceux des gens qui
aiment les plantes de toutes sortes. Et en cette période où le
printemps s'annonce, je crois que c'est la première fois que tulipes
et jonquilles seront ainsi mises en valeur. Jusqu'à cette année, je
m'occupais d'abord de feu la pelouse.
L'an dernier j' y avais déjà bêché
deux carrés : un pour les plants de tomate qu'I. m'avait donnés
et un à la place du soi-disant composteur plastique dont je me suis
débarrassé. Je vais sans doute en créer un troisième. Mais c'est
surtout l'évolution future de la surface herbeuse qui excite ma
curiosité.
Post-Scriptum - au premier jour de l'automne 2015 :
Je n'ai pas compris tout de suite compris pourquoi ma dernière facture d'électricité avait très sensiblement baissé. Moins d'eau chaude? moins de télé ou de lumière artificielle? Ça m'a semblé curieux jusqu'à ce que je pense aux heures passées à tondre avec mon engin... électrique. Mais si vous abandonnez votre tondeuse à explosion vous économiserez aussi.
Et pendant que j'y suis, dernière surprise du jardin. L'an dernier I. m'avait donné à repiquer des plants de tomate qu'elle avait obtenu par semis. Ils avaient bien repris mais n'ont rien donné de mangeable, tous atteints du mildiou, jusqu'au dernier qui à pourri en place avec ses fruits gâtés. Là la force du vivant : j'y ai découvert cette année un paquet de sept plants provenant à n'en pas douter de la dernière tomate tombée. Séparés et repiqués ils ont tous bien poussé et commencé à donner des fruits. C'était hier la 2ème fois que je les taillais un peu et leur ajoutais des tuteurs plus grands. Les grappes sont maintenant nombreuses.
Pour être honnête, je dois dire que j'ai a nouveau remarqué 1 tache de mildiou sur 1 rejet. Même s'il finit par gagner le reste, étant donné les semaines de fortes pluies qu'on a eues, le progrès est indéniable. Ne pas oublier de sauvegarder des graines.
Enfances
© 2001 Joseph Pearce en J.M. Meulenhof bv, Amsterdam
Foto Arthur Tress, Jongen met eend
© Éditions Gallimard 1997
© Éditions Gallimard 1997
Des mois ayant passé,
débloquer l'affichage inerte de ces deux couvertures de livres,
gribouiller quelques mots par-dessus ce 'j'aime' bêtement binaire,
et vouloir du même coup remettre en marche la machine à écrire.
Les notes prises durant l'été n'ont rien donné encore, et de penser
au temps des plantes ne console pas vraiment.
À l'origine, encore une
fois ce goût que j'ai pour le hasard et ses coïncidences, plaisir à
bon marché qui en vaut bien d'autres. Quoique se raréfiant, mes
lectures à la fois superposées et à vitesses diverses m'avaient
fait fermer à peu près simultanément La honte de Annie
Ernaux et Koloniale waren de Joseph Pearce.
De part et d'autre :
une œuvre autobiographique tournée vers l'enfance, et plus
précisément vers cette période où on en pressent plus ou moins sa
fin ; un narrateur qui parle à la 1ère personne ; des
parents commerçants. Des deux côtés une petite ville dont on
n'écrit pas le nom mais qui fait partie intégrante des souvenirs
rapportés – des années et des livres plus tard les auteurs y
retourneront s'y montrer un peu.
Occasion de passer aux
différences. Vues d'ici, Yvetot la normande se situe à 220 km au
sud-est et la flamande Vilvoorde à 200 km à l'est. Un livre est en
français, l'autre en néerlandais. D'un côté un écrivain femme de
l'autre un homme, revisitant un 'je' fille et un 'ik' garçon.
Laquelle différence m'importe peu en l'occurrence tant l'angle
adopté par Annie Ernaux ne me montre pas un vécu féminin différent
du masculin que j'ai connu ou me place dans les environs connus d'une
autre différenciation.
Ses parents tiennent sans
doute un petit 'Café-épicerie', tandis que ceux de 'Mathieu'
possèdent un commerce d'épicerie de gros, plus précisément
désigné par l'expression du titre, qui se traduit en français par
'Denrées coloniales'.
Sauf à produire une analyse
rigoureuse dont je n'ai jamais été capable, parler ici de ma
lecture exige que je m'y implique – on pourra même me reprocher
d'en profiter pour tirer la couverture à moi, moi qui suis entre
deux. Je peux pour commencer évoquer la rencontre de chacun des
auteurs.
La première :
enseignant de français en collège*, j'utilise le manuel des élèves,
et comme souvent un seul extrait suffit à me toucher d'une façon
indélébile : c'est ce jour-là un passage de Ce qu'ils disent ou rien.
Comme Marcel Aymé à cause des Contes du chat perché ou Jack
London à cause de Croc-Blanc, Annie Ernaux était rentrée
dans ma bibliothèque mentale. Autre histoire que la réelle :
le manuel rendu à l'établissement ou donné à Emmaüs, je n'avais
pas retenu le titre du livre en question, et il m'a fallu en lire
plusieurs autres avant de retrouver le passage qui m'avait marqué –
et de reperdre l'ouvrage, l'ayant emmené pour passer le temps dans
une salle d'attente... J'ai surtout perdu le mot que la narratrice
utilise à un moment donné pour exprimer ce qu'elle se sentait être
dans le regard des autres élèves : affaire au long cours.
Le second apparaît sur une
autre route, celle de mes emballements linguistiques, plus ou moins
sérieux mais bien réels. Malgré les déperditions, celles
inhérentes au monde étranger et celles dues à un niveau modeste de
compréhension, la lecture d'un livre en néerlandais me fait
progresser dans la connaissance de la langue et en même temps
découvrir un domaine littéraire assez peu traduit. Participante
flamande au café polyglotte local, une de ses proches m'a parlé de
Joseph Pearce et ce premier livre lu m'a donné envie de continuer.
J'y ai surtout apprécié son évocation d'un temps et d'une vie locale non sans points communs
avec celle d'ici, mais ce que je me risque à dire de son écriture
doit être relativisé. Je l'ai cependant trouvée sensible, apte à
rendre les sentiments, les rapports entre les gens, aussi bien que le
monde extérieur. L'image produite dans son ensemble est celle d'un
certain bonheur, tant dans l'époque que dans la famille et dans le
lieu.
Ce n'est pas pour une question de langue que le titre du livre français ne m'est pas étranger. Tout comme la peur, la honte ne m'a
jamais faussé compagnie. Le monde de Annie
Ernaux m'est apparu
familier dès la première page lue. Mais est-ce seulement question
de famille, s'il faut jouer sur les mots, ou de personnalité, ou de
point de vue ? Je ne crois pas. Plutôt la question du monde. De l'écriture de Annie Ernaux, on a dit qu'elle était blanche, elle même la dit
plate. À la lecture de L'occupation, m'étant venu à
l'esprit le mot 'crue', j'ai ensuite pensé qu'il ne s'y appliquait
pas au sens figuré habituel, mais bien pour caractériser sa façon
d'écrire : sans apprêt, sans cuisine sinon celle qui coupe et épluche, qui n'ajoute ni épice ni sauce. Épurée alors ?
Plutôt le contraire, elle ne conserve que les cailloux de la soupe
servie.
Où je me retrouve, non pas
par mes zigzags alambiqués, mais parce que faute de mieux il arrive
qu'on en vienne à se satisfaire d'une image du monde que l'on croit
reconnaître, à savoir sa misère, et faute de mieux à s'identifier à
un non-héros ou à une non-héroïne. Si je m'efface, il me vient la
métaphore d'une autopsie essentielle.
Ici rapprocher les bords,
refermer la transe, dire pourquoi les deux.
Joseph Pearce ne bouscule
pas la forme mais le choix de l'outil conventionnel lui permettra
ailleurs d'atteindre à l'ombre qui ne se discerne qu'à peine dans
Koloniale waren, et le
scalpel de Annie Ernaux n'est pas voué au désespoir. Tous les deux
font preuve de mesure et d'économie.
* Je radote : déjà esquissé ici
(Texte ajouté le 16.2.14)
* Je radote : déjà esquissé ici
(Texte ajouté le 16.2.14)
Réponse...
(en suspens)
... au collage de Vincent Courtois
Image de fond : "Versailles" in Prestige de la France Larousse 1957, cl. René Jacques
... au collage de Vincent Courtois
Image de fond : "Versailles" in Prestige de la France Larousse 1957, cl. René Jacques
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