Collage envoyé à Carola Von Hoffmannstahl-Solomonoff
Un rêve
Nous
sommes en auto, partant du Pont-du-Leu direction centre-ville,
empruntant ce que les gens ici continuent d'appeler « la
rampe », comme du temps où elle ne servait qu'à enjamber la
voie ferrée. Cela fait, elle redescend maintenant pour passer sous
la rocade autoroutière.
« Nous » :
J. et moi. J., qui dans la réalité n'a plus conduit depuis les
périodes troublées qu'elle a traversées, est au volant, tandis que
j'occupe la place dite « du passager ». Mais ce n'est pas
tout : elle roule, comme qui dirait naturellement (est-ce parce
qu'elle était prof d'anglais?), à gauche. Et, alors même que ce
rêve a aussi fait l'économie de la séparation centrale des voies,
je vois déboucher de dessous le pont un bus roulant en sens inverse.
Je m'en effraie brièvement, me rendant vite compte qu'il roule
lui aussi à gauche !
Tout
va pour le mieux, dans ce monde en miroir. Rien à voir avec mes
cauchemars habituels où je ne retrouve plus rien, ni les choses que
je disperse, ni les lieux que je quitte, irrémédiablement
incapable de faire face au monde.
Suite à une proposition de Frédéric Fleury - Atelier 2015-2016
Quand une revue...
...n'a - malheureusement - pas trop vieilli:
Lu un article de Luce Giard qui commence ainsi, page 967:
PUISSANCE omniprésente, magicienne admirée ou crainte, la science, dit l'opinion commune, a envahi la terre. raccourci qui englobe la mathématique et la physique, paradigmes d'excellence, les sciences naturelles et le cortège des sciences humaines qui s'essoufflent à leur suite, mais désigne en fait l'ensemble des modifications induites dans nos sociétés par la Sainte-Alliance science-technique-industrie. Non plus un savoir pur, aristocratique, une contemplation amoureuse de la vérité, mais une science technicisée qui régente un gigantesque procès de production rationalisé et industrialisé. Oiseleur qui nous lie à la glu de nos illusions. Interminable prolifération de savoirs et d'objets où se dévoie le désir de vérité, où s'oblitère le rêve de bonheur, où s'abandonne l'espace de liberté. Cohérence vengeresse qui impose ses parcours obligés.
Pris dans le réseau des sollicitations de l'avoir et des sollicitations complices de la Grande Organisation, soumis aux mille ruses d’un contrôle social toujours plus insidieux, l'homme s'installe et s'enkyste dans la niche que lui offre une techonature sans cesse perfectionnée. Déjà la mémoire d'un ordinateur engrange toutes les données qui le concernent et spécifient son identité, sa santé ou son passé judiciaire. Terrifiante promesse d'une cité-labyrinthe, distendue aux dimensions de la terre, encombrée d'ordures, où vacille le pas de l'homme. est-ce cela la science? Quel maléfice nous a égarés si loin du jardin de nos espérances?
Spectacle...
...événement
Hier soir Brigitte Fontaine.
Comme au cinéma parfois ne
trouve qu'à résonner raisonner en noms, qu'à activer comme des
échos ce spectre de célébrités où je m'accroche tant bien que mal.
Hésite encore à les écrire, renonce à leur trouver un ordre
contraint du genre alphabétique, de crainte d' un imprévu plus
problématique que le sens à peu près chronologique de leur
survenue. Mais ce dernier m'échappant aussi voici je ne sais pas
comment pas n'importe qui. Antonin Artaud Samuel Beckett Isidore
Ducasse Comte de Lautréamont Léo Ferré Salvador Dali Raymond
Devos. D'autres pour la fin.
Spectacle : paradoxal.
Venu je me demande pourquoi ce préjugé écouter voir une chanteuse
c'est le théâtre qui me frappe d'abord, mais sa matérialité
inclut, et non pas comme décor, un cahier d'écritures. La musique :
éblouissante. La voix tapie et qui explose et profère.
Événement* : ici pour
démolir du mot son emploi médiatique consacré qui vient encenser
une quelconque manifestation, lui conférant un caractère d'apogée
ou de moment marquant un coup dans une histoire. Question peut-être
de lui donner un prix, d'un côté récompense et de l'autre à
payer, l'entre deux réduit à la préparation et à l'attente.
Quand Brigitte Fontaine se
produit sur scène, sa présence efface les deux. Performance
doublement efficace ni à prendre au sens sportif ni annoncée selon
les codes. On ne voit pas les fils qu'elle aurait tramés ni ne sait
à quoi s'attendre. Ce qu'elle produit n'est pas un produit. Sa
présence n'est pas photographique, pas enregistrable. Un cd d'elle
n'est qu'une consolation. Et qu'elle soit rare ne la rend pas plus
chère.
Hier soir, j'ai plusieurs
fois remarqué l'emploi qu'elle fait du pronom 'je'. Louvoyant à
plaisir entre position subjective et métaphore, elle nous confronte
au fantastique sans quitter le réel, sans jamais apporter d'eau aux
moulins qui nous cernent. Ose-t-elle le mot 'humanité', elle lui
adjoint aussitôt 'animalité'. Raconte-t-elle l'histoire de la
mouche et du prisonnier, elle est la mouche qui nous regarde.
*Événement : pour ma
part oui, comme un des pas faits dans l'étrange, ou du moins hors
des murs. Ceux du même ordre qui les ont précédés s'y rattachent
plus ou moins. Curieusement n'en fait pas partie son premier passage
ici, il y a des dizaines d'années à la Maison pour Tous. À
cette époque et à cet endroit, ce fut plutôt Art Zoyd, qui
dérangeait mes partitions. Bien plus tard, quelque part du côté
d'Isbergues, Henry Cow allait plus loin dans le déboulonnage. Puis
ici au théâtre, la musique de Magma, comme celle d'Areski Belkacem
hier soir, montrait jusqu'à quel point une force inouïe peut se
distinguer de la violence. Auparavant sans doute, c'était à Lille 3
dans un amphi que Colette Magny, elle aussi femme à voix et à
textes, incarnait au contraire comme une sorte d'agressivité positive. Ego diapason récepteur.
Surprise!

Les arums blancs fanés depuis au moins quinze jours, voilà qu'il en fleurit des rouges, et venus d'eux-mêmes!
(Pour agrandir, cliquer sur la première image)
P.S. , 2 mai 2020 : le blancs refleurissent tous les ans, comme cette année très tôt, mais cette floraison écarlate ne s'est jamais reproduite.
Petite suite
Lu avant-hier ou hier et retrouvé sur un journal en ligne que les bons dormeurs bénéficient d'une maîtrise de soi qui échappe aux autres, à ceux que le manque de sommeil condamne à être le jouet de leurs pulsions et autres compulsions, parmi lesquelles cette tendance à accumuler les choses où je n'ai pas eu de mal à me reconnaître. Ce genre d'information fonctionnant il est vrai comme les horoscopes, tout le monde peut s'y retrouver, mais ayant entrepris de me débarrasser des livres que j'ai amassés, je me rends compte à quel point j'ai approché la manie, et ne suis pas sûr d'arriver à m'en défaire.
L'étude en question évoque aussi la difficulté à prendre des décisions. Pour ma part, je trie mes livres en plusieurs catégories : ceux à recycler, ceux à donner, ceux que j'essaie de revendre et ceux que je garde - même si cette bibliothèque personnelle m'apparaît elle aussi démesurée et déjà promise à un tri ultérieur (ou la manière de ne jamais en finir).
Hier après-midi, comme j'examinais ainsi un livre édité par Robert Morel dont je n'avais même pas lu le titre, et que je l'avais ouvert au hasard pages 146 et 147, ce que j'ai pu y lire m'a beaucoup surpris :
Le syndicalisme paysan n'a pas fait attention quand l'industrialisation lui a fait la loi. Il n'a pas tiré profit de la connaissance panique, originelle. Il a tenu pour négligeables les franchises relatives qui tenaient lieu de liberté. Il a demandé le libre-arbitre mais il ne l'a pas obtenu.
Il y a dans le monde une grande dispute entre l'ordre et la liberté. Mais l'opposition entre ces deux termes n'est qu'une apparence. En réalité, les politiciens rivaux sont d'accord sur les moyens de discuter. Il n'y a pas entre eux de litige sur le libre-arbitre.
Autre chose est la vraie dualité du monde. La rivalité est posée entre les hommes et la terre; entre les humanismes fondés sur le libre-arbitre de la raison et ceux fondés sur l'arbitrage de la terre. D'une part se trouvent réunis tous les raisonnements même rivaux. De l'autre : les sanctions de la nature. D'une part les grands vœux des civilisations. de l'autre l'émergence de l'insolite, de la guerre, de la souffrance, de la mort.
Pourquoi se réjouir du libéralisme? Pourquoi se réjouir du socialisme? L'un et l'autre se servent de trop de misères oubliées.
Les nations ennemies ne sont pas contraires, elles se fâchent pour la possession d'un même bien par le moyen des armes. capitalisme et socialisme ne sont pas contraires, ils se poussent pour la possession des mêmes biens par le moyen de l'industrie.
Je suis alors allé à la première page et y ai lu l'incipit :
Puisque nous sommes ici, il faut tirer notre subsistance de ces lieux enclos sous l'horizon, et accomplir notre destin en ce cercle de plaine penchée vers les marais.
Autant dire tout de suite que je retrouvais là tout ce qui ne m'apparaît évident que depuis moins de dix ans, même si la lecture de Lanza del Vasto il y a beaucoup plus longtemps en avait déjà laissé en moi comme la graine endormie.
Cet exemplaire de la deuxième édition de La vie simple de Jean Rivière est paru en 1970 et l'achevé d'imprimer de la première, qui date de l'année précédente, se termine ainsi : "...QUAND LES HOMMES COMMENÇAIENT À NE PLUS SAVOIR COMMENT ON PASSE DU PRINTEMPS À L'ÉTÉ, / EN 1969"
Livre à lire et garder, ou encore à donner.
Ce matin très tôt, écoutant France-Culture il m'a aussi plu de d'abord être conquis par une voix et une parole, et d'avoir su ensuite qui était l'invité : William Friedkin parlait de son film Sorcerer (Le convoi de la peur, 1977). Il expliquait notamment que cette (deuxième) adaptation du Salaire de la peur de Georges Arnaud était pour lui comme une métaphore du monde, où les hommes qui se haïssent les uns les autres n'ont en fait qu'une alternative : mourir ou vivre ensemble. Il s'exprimait en anglais, et chose rare, une traduction aussi respectueuse pour eux que pour les auditeurs permettait d'entendre alternativement et le locuteur anglophone et son interprète. Le réalisateur ajoutait - je traduis peut-être à ma façon - que le mal, que la guerre était aussi intérieure à l'homme, et que c'est à la vie de prendre le dessus.
Banalités, pourra-t-on me dire. Mais c'est ailleurs que j'entends des bavardages, que des gens parlent pour éviter de dire.
Étalage littéraire
Plath : Poems 1
Selected by Diane Wood Middlebtrook
Everyman's Library Pocket Poets
New York Toronto 1981
Joseph Pearce : Vaderland 2
meulenhof | manteau
Antwerpen Amsterdam 2008
Joseph Pearce : Terres de promesse Chronique familiale 3
Actes Sud
Arles 2009
Patrick Modiano : Remise de peine 4
Bernanos : Un mauvais rêve 5
Le Livre de Poche
1974
Daphné du Maurier : jeunesse perdue 6
Le Livre de Poche
1972
Plats et jaquettes, les
couvertures de livre ici assemblées font penser aux tubes
protecteurs que se construisent certains vers de bord de mer à
l'aide de débris variés, ou bien encore, prises une par une, à
une de ces coquilles que s'approprie le bernard-l'hermite. Si le
lecteur ainsi animalisé est apparemment dépourvu d'une pince droite
plus développé que la gauche, c'est sa main qui ressort pour un rien, qui écrit ou saisit.
1
Livre resté longtemps au même endroit. Le dictionnaire voisinant de moins en moins utilisé : cette anthologie ayant été établie dans l'ordre chronologique, je ne sais pas si c'est parce que l'anglais me revenait au fur et à mesure ou du fait que la langue employée était de plus en plus claire les années passant. Une relecture en approfondirait le beau et le terrible.
^
2
Patrie, un roman inoubliable sur les pères et les fils, sur les patries et sur l'histoire des juifs européens au cours des deux derniers siècles.
Dans Patrie, Joseph Pearce explore l'histoire d'une famille juive. Il essaie d'imaginer ce qui lui est arrivé à des moments cruciaux de son histoire. Cinq générations. Cinq lieux. Cinq moments charnières. La Belgique en 2008. Les États-Unis en 1956. L’Allemagne en 1917. La Prusse en 1870. La Pologne en 1829.
[…]
'Pearce est un maître chroniqueur. Il décrit avec verve ce qui cause le désarroi des gens : le progrès, le changement, l'évolution.' DE STANDAARD
(Traduction
de la 4ème de couverture - sauf erreur.)
^3
J'écris ici sans fil - non sans brouillon :
Livre qu'on m'a prêté et que j'ai rendu. Journal de bord d'un voyage au long cours qu'a entrepris Joseph Pearce après avoir appris de son père l'histoire réelle de sa famille : histoire hors du commun mais pas hors de l'histoire, bien au contraire. Ou entre autres, comment sinon renouer du moins reconnaître des liens cisaillés par la guerre : à savoir rechercher les parents dispersés à la surface du globe. Et ce faisant à la fois rendre compte de la diversité des destins humains, tant dans leurs ressources que parfois leurs défauts, tout en poursuivant et affirmant son propre cheminement. Journal intime aussi, sans pourtant tenir à de quelconques dévoilements sensationnels, ni à aucune parade égocentrique : c'est au contraire la mise au jour et la constante remise à jour de l'interrogation personnelle. Car s'il vient à l'esprit l'idée d'une exploration généalogique, c'en serait une plus mentale que génétique, et dans laquelle le passé ne compte qu'à la mesure du présent, où l'auteur est amené à se comprendre comme une sorte de feuilleté (métaphore que je ne pense pas avoir inventée mais je ne sais plus d'où elle vient) qu'on peut ainsi analyser : juif, allemand, anglais, belge, flamand, catholique, athée (?) - en schématisant. Même si le livre se lit comme un roman, où les personnes rencontrées nous captivent tout autant que des personnages de fiction, c'est à ce titre qu'il est exemplaire, amenant chacun de nous à prendre en considération les fils, même moins nombreux, qui nous composent. Et cela d'autant plus aisément, étant donné son titre. S'il évoque évidemment la dénomination biblique de la Terre promise, il en articule et active autrement les termes. Il me semble que Joseph Pearce évoque à la fois la Terre entière et tous ses pays, et j'oserai même un autre rapprochement, la terre du laboureur de La Fontaine, une terre (au sens de champ) ici où là, dont les promesses ne se concrétisent que dans ce que les gens y font, qu'ils y soient nés ou qu'ils y soient allés. Sans oublier la vraie limite que constitue la guerre, ou le mal qui la cause.
^4
Légende...
... de l'image postée ici il y a trois mois.
* Entre autres, et chacun à leur façon, Annie Ernaux, Patrick Modiano, Georges Pérec sapent bien la vision économique consacrée.
Fermé le livre, et faute
d'article concernant Julien Sarrazin, on relit dans Wikipédia la
biographie d'Albertine. Celui qui la recueille évadée de prison y
est qualifié de « petit malfrat », de la même
façon qu'elle sera, elle, appelée « prostituée » dans
d'autres résumés. Raccourcis : accessoirement humains,
anecdotiquement écrivains.
Auteur
ici, Julien Sarrazin a au moins deux mérites. Tout d'abord, s'il
explique de quelle façon son chemin s'est très tôt écarté du
macadam des « gens honnêtes » (on pense à Brassens), ce n'est pas
dans le but de se justifier, de se faire des années après l'avocat
de sa propre cause. Ensuite, il ne s'agit pas non plus pour lui, et
encore moins, d'accrocher une remorque littéraire à la notoriété temporaire de celle qui l'a un jour et malgré elle définitivement
quitté.
Il
parvient simplement (et la simplicité qui m'échappe si souvent ne
peut provenir que d'un vrai travail ou d'une tournure profonde) à
nous conduire dans ses propres traces, sans jamais y mêler quoique
ce soit de l'aventure à deux dont la contrescarpe d'une forteresse
pénitentiaire a marqué le début – sauf à en rappeler en fin la
conclusion tragique.
De
son enfance, il tient à nous faire comprendre, sans le formuler
expressément, qu'elle n'a pas été marquée par un manque d'amour,
mais que cet amour même prenait ou côtoyait parfois des formes
violentes, tandis que manque et carences tenaient crûment au niveau
matériel. Il nous montre aussi comment la guerre finissante a pu
être dans son cas propice à brouiller les frontières légales.
Certes non exempt à l'occasion de la violence basique héritée, son
parcours de délinquant tient beaucoup plus des aventures des Pieds
Nickelés que du crime de haute volée et il a très probablement
plus payé que volé : il serait intéressant d'étudier son
bilan délits et peines à la lumière des jurisprudences actuelles.
Qui
plus est, si le quotidien décrit ou reflété ne coïncide en rien
avec ce que voudrait dire l'expression « trente glorieuses »
appliquée à cette époque, il se rapproche bel et bien de ce qui a pu nous marquer aussi. Du formica et des téléviseurs, des autos rutilantes et
de l'eau chaude pour tous que tout le monde n'avait pas. Époque où
le soleil n'apparaissait à d'aucuns qu'aux failles des enfermements,
où la simple fugue d'un(e) mineur(e) suffisait à l'y conduire,
quand ce n'était pas pour d'autres le cadre admis des formations
sérieuses. Seuls des écrivains semblent avoir ainsi rendu
ou du moins pris en compte quelque chose de la froideur et de la
rudesse de ces années d'alors*,
où auraient fait tache les laissés pour compte et les tombés du
train.
Lire
et écrire en ont fait surnager certains. Julien et son
frère enfants vont malgré tout à l'école, y sont bons
élèves, et la famille ne va pas contre. Albertine en maison de
redressement obtient la mention bien à la première partie du
baccalauréat. Incarcérée, elle le termine en prison. Emprisonné ailleurs, Julien travaille à l'imprimerie dont est doté son établissement pénitencier. Qu'il
en profite pour démarrer à cet endroit le tunnel d'une évasion ratée
est à la fois logique et symbolique.
Leur
rencontre n'aura été que le début d'une corde dont éloignements
et rapprochements ont tressé les fils et leurs livres comme la
lumière d'une mèche trop brièvement incandescente. Tout buté
qu'il était, la nuit et la fureur absurde auront raison de ce couple
historiquement tragique et le silence une fois retombé, c'est de
Victor Hugo que ces assassinés-nés recevront ici les derniers
honneurs, à jamais médaillés misérables.
* Entre autres, et chacun à leur façon, Annie Ernaux, Patrick Modiano, Georges Pérec sapent bien la vision économique consacrée.
Mauvais œil?
Cela fait assez longtemps que la chasse photographique a remplacé pour moi la chine aux livres des matins dominicaux. Même si les autos déparent les rues de leurs pustules, elles sont alors moins nombreuses à y rouler et la lumière du soleil fait parfois des merveilles. Parfois. Dimanche dernier, peut-être trop à l'affût des édifices désaffectés qui m'obsèdent pour en découvrir de nouveaux, j'en suis venu à me rabattre sur des églises, en fait deux, qui étaient, elles, certes également fermées et désertées, mais solidement présentes. Une située à l'écart de mes chemins habituels était malheureusement non seulement clôturée mais aussi bardée de véhicules en stationnement qui gênaient le reportage. Bien qu'offerte aux regards, la deuxième n'en attirait apparemment pas d'autres que le mien :
Ce matin, soit trois jours plus tard, tombé par hasard sur la une du
Je ne peux pas m'empêcher de penser à tous ces bâtiments qui m'ont fait un jour tourner la tête au point d'avoir envie de les prendre en photo, voire de les dessiner ou de les peindre, pour ensuite constater, au passage suivant, qu'ils avaient été complètement restaurés et défigurés ou tout simplement démolis.
MàJ
PHARES ET BALISES
Valério
|
ADAMI | |||
Alphonse
|
ALLAIS | |||
Guillaume
|
APOLLINAIRE | |||
Louis
|
ARAGON | |||
Fernando
|
ARRABAL | |||
Antonin
|
ARTAUD | |||
(Balthasar
Klossowski de Rola)
|
BALTHUS | |||
Sharunas
|
BARTAS | |||
Georges
|
BATAILLE | |||
Charles
|
BAUDELAIRE | |||
Marcel
|
BÉALU | |||
Samuel
|
BECKETT | |||
Carl
Michael
|
BELLMANN | |||
Hans
|
BELLMER | |||
Emmanuel
|
BERL | |||
Georges
|
BERNANOS | |||
Jorge
Luis
|
BORGÈS | |||
Emmanuel
|
BOVE | |||
Luis
|
BUÑUEL | |||
Dino
|
BUZATTI | |||
Blaise
|
CENDRARS | |||
Hugo
|
CLAUS | |||
Leonard
|
COHEN | |||
Julio
|
CORTÁZAR | |||
Louis
Marie-Anne
|
COUPERUS
|
|||
David
|
CRONENBERG | |||
Brian
|
DE PALMA | |||
André
|
DELVAUX | |||
Paul
|
DELVAUX | |||
Philip
K. (Kindred)
|
DICK | |||
Marcel
|
DUCHAMP | |||
Bruno
|
DUMONT | |||
Annie
|
ERNAUX | |||
(Gudmundur
Gudmundsson)
|
ERRÓ | |||
Federico
|
FELLINI | |||
Léo
|
FERRÉ | |||
Anne
|
FRANK | |||
Philippe
|
GARREL | |||
Jean
|
GIONO | |||
Jean-Luc
|
GODARD | |||
Peter
|
GREENAWAY | |||
Alexandre
|
Grothendieck
|
|||
Michael
|
HANEKE | |||
Bernard
|
HEIDSIECK | |||
Willem
Fredrik
|
HERMANS | |||
Benny
|
HILL | |||
Edward
|
HOPPER | |||
Joris-Karl
|
HUYSMANS | |||
Alfred
|
JARRY | |||
James
|
JOYCE | |||
Peter
|
KLASEN | |||
Jerzy
|
kozinski | |||
Stanley
|
KUBRICK | |||
Selma
|
LAGERLÖF | |||
Raphael
Aloysius
|
LAFFERTY | |||
| LANZA DEL VASTO | ||||
Isidore
Ducasse, Comte de
|
LAUTRÉAMONT | |||
Anatole
|
LE BRAZ | |||
Michel
|
LEIRIS | |||
Jack
Howard
Phillips
|
LONDON LOVECRAFT |
|||
David
|
LYNCH | |||
Pierre
|
MAC ORLAN | |||
| MAGMA | ||||
Colette
|
MAGNY | |||
René
|
MAGRITTE | |||
Stéphane
|
MALLARMÉ | |||
André-Pieyre
de
|
MANDIARGUES | |||
Guy
de
|
MAUPASSANT | |||
Henri
|
MICHAUX | |||
Jean-Pierre
|
MOCKY | |||
Patrick
|
MODIANO | |||
| François Marcel | MORELLET MOULOUDJI | |
||
(Christa
Päffgen)
|
NICO | |||
Anaïs
|
NIN | |||
Anna
de
|
NOAILLES | |||
Marie
|
NOËl | |||
Jules
(Julius Mordecai
Pincas)
|
PASCIN | |||
Georges
|
PEREC | |||
Sylvia
|
PLATH | |||
Francis
|
PONGE | |||
Jacques
|
PREVERT | |||
Raymond
|
QUENEAU | |||
Jean-Pierre
The |
RAYNAUD RESIDENTS |
|||
Arthur
|
RIMBAUD | |||
Jacques
|
RIVETTE | |||
Alain
|
ROBBE-GRILLET | |||
Raymond
|
ROUSSEL | |||
Donatien
Alphonse François de
|
SADE | |||
| SAINT-JOHN-PERSE | ||||
Nathalie
|
SARRAUTE | |||
Albertine
|
SARRAZIN | |||
Kurt
|
SCHWITTERS | |||
Clifford
|
SIMAK | |||
François
|
SIMON | |||
Jacques
Karlheinz |
STERNBERG STOCKHAUSEN |
|||
Antoni
|
TÁPIES | |||
Jean
|
TARDIEU | |||
Hervé
|
TÉLÉMAQUE | |||
Lars
von
|
TRIER | |||
Clovis
|
TROUILLE | |||
François Félix
|
TRUFFAUT VALLOTTON |
|||
Edgar
|
VARESE | |||
Emile
|
VERHAEREN | |||
Jules
|
VERNE | |||
Boris
|
VIAN | |||
Christopher
|
WALKEN | |||
Alex
van
|
WARMEDAM | |||
Kurt
|
WEIL | |||
Unica |
ZÜRN |
Devoir du jour
Insomnie des petites heures,
autant France-Culture agace le jour à vouloir se couler dans un
modèle courant, autant ses rediffusions nocturnes sont des havres
grands ouverts où même la nostalgie n'est que le quai où on
embarque. Émission déjà commencée, c'est comme en accompagnant
animateur et invités dans une promenade spatio-temporelle où ils
évoquent entre autres Belleville et les Folles Buttes, puis le
groupe Octobre, que je comprends enfin que l'une des voix est celle
de Mouloudji, légèrement différente de celle de ses chansons. J'ai
éteint la lumière de la cuisine où j'étais descendu et ai été
captivé pendant au moins deux heures. J'apprendrai à la fin qu'il
s'agissait de 'son' Bon plaisir, émission diffusée pour la
1ère fois le 16 novembre 1991.
Je ne fais ici rien d'autre
que d'habitude, à savoir désigner ce qui me touche personnellement.
On pourrait parler d'une recherche de modèles, de modestie ou
d'orgueil, de paresse ou de manque de personnalité, et je veux bien
l'assumer. Je pense aujourd'hui qu'il y a effectivement chez moi
comme une sorte d'incertitude fondamentale, et que comme perdu je me
raccroche à tout ce que je reconnais, à tout ce qui fait sens, non
pas au sens profond, mais au sens basique du sens d'un mot que l'on
reconnaît parce que de notre langue, à des caractères superficiels
qui tout d'un coup font espérer ou croire qu'on est pas le seul et
unique exemplaire d'une espèce incertaine.
Cette nuit Mouloudji, et
j'ai bien conscience de tout ce qui diffère, insiste sur des choses
que ses interlocuteurs n'acceptent pas forcément, et que lui même
ne s'explique pas. Une carence dans l'enfance, et je ne pense pas aux
poncifs de la psychanalyse pour tous. Une peur qui l'a accompagné
pratiquement tout sa vie, 'non créative', précise-t-il, et les
succès n'y font rien, au contraire, et il en parle à soixante-sept
ans. L'écriture pour chercher à comprendre et tout aussi reconnue
comme traitement substitutif du suicide. Et juste avant la fin de
l'enregistrement, au moment où ceux qui l'estiment attendent visiblement qu'il conclue comme il faut ce qui a été comme une
rétrospective, qu'il y ajoute le point d'orgue attendu, cette scandaleuse idée :
"J'ai raté ma vie". Ce n'est que devant la réprobation
générale qu'il va s'efforcer pour finir de la gommer un peu.
Je retiens encore : "Je ne sais pas liquider".
Et certaines insomnies m'apparaissent arrangées.
Lu à l'instant...
... sur Le Figaro Culture, dans le discours prononcé à Stockholm par Patrick Modiano venu recevoir son prix Nobel:
P.S. : (28 décembre 2014). Je remarque dans la liste qui suit ce texte, ouvrages "Du même auteur", EMMANUEL BERL, INTERROGATOIRE suivi de IL FAIT BEAU, ALLONS AU CIMETIÈRE. Interview, préface et postface de Patrick Modiano ("Témoins"). Rachel et autres grâces m'avait beaucoup plu et Regain au pays d'Auge m'avait aussi intéressé. Je ne sais plus si j'ai lu Sylvia. Je ne sais pas pourquoi cet écrivain issu d'un monde si différent du mien m'a ainsi touché. L'article Wikipédia qui lui est consacré m'explique pourquoi je n'ai jamais vu mentionner son nom dans les livres et périodiques que j'avais lus jusqu'ici : le passage trouble à Vichy, je suppose. Mais cela n'efface pas ce que j'ai ressenti dans son écriture et j'ai envie d'en savoir plus, de lire d'autres écrits de lui. Vu le temps qui reste, ce ne sûrement qu'au petit bonheur, au hasard des trouvailles.
Et puis j'appartiens à une génération où on ne laissait pas parler les
enfants, sauf en certaines occasions assez rares et s'ils en demandaient
la permission. Mais on ne les écoutait pas et bien souvent on leur
coupait la parole. Voilà ce qui explique la difficulté d'élocution de
certains d'entre nous, tantôt hésitante, tantôt trop rapide, comme s'ils
craignaient à chaque instant d'être interrompus. D'où, sans doute, ce
désir d'écrire qui m'a pris, comme beaucoup d'autres, au sortir de
l'enfance. Vous espérez que les adultes vous liront. Ils seront obligés
ainsi de vous écouter sans vous interrompre et ils sauront une fois pour
toutes ce que vous avez sur le cœur.
C'est pour l'avoir vu à la télé, quand on a su que le prix lui avait été attribué, comme malheureux d'être ainsi jeté sous les lumières, que j'ai eu envie de le lire, alors qu'un préjugé me l'avait fait ranger dans la cohorte des écrivains simplement connus. Je viens de terminer Une jeunesse, tout bêtement admiratif.
Folio Gallimard, 2007
P.S. : (28 décembre 2014). Je remarque dans la liste qui suit ce texte, ouvrages "Du même auteur", EMMANUEL BERL, INTERROGATOIRE suivi de IL FAIT BEAU, ALLONS AU CIMETIÈRE. Interview, préface et postface de Patrick Modiano ("Témoins"). Rachel et autres grâces m'avait beaucoup plu et Regain au pays d'Auge m'avait aussi intéressé. Je ne sais plus si j'ai lu Sylvia. Je ne sais pas pourquoi cet écrivain issu d'un monde si différent du mien m'a ainsi touché. L'article Wikipédia qui lui est consacré m'explique pourquoi je n'ai jamais vu mentionner son nom dans les livres et périodiques que j'avais lus jusqu'ici : le passage trouble à Vichy, je suppose. Mais cela n'efface pas ce que j'ai ressenti dans son écriture et j'ai envie d'en savoir plus, de lire d'autres écrits de lui. Vu le temps qui reste, ce ne sûrement qu'au petit bonheur, au hasard des trouvailles.
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