C'est été

C’est été comme hiver comme un bloc de coton
Comme un glacier d’enfer débarqué d’Acadie
Où les bruits assourdis n’ont pas plus de couleur
Que le papier hideux des rêves difficiles

Là les livres se taisent sans avoir parlé
Et un homme en retard balbutie ABC
Au carré transparent de la mentale épave
Chute chut cerf-volant Dieu n’est pas isocèle

C’est l’été c’est l’hiver c’est le terrier igloo
Aglagla sue à gouttes le cheval fardé
C’est les terres les sables c’est que le bât blesse

Encore un dit ravi le bison solitaire
Cette impression d’écrit a comme un goût d’Afrique
Mais on soupe longtemps de l’amourette à l’eau

Jean-Noël Potte

L'Italie a battu la France, mais...

... Ben Barek a triomphé aisément des enfants de Maisons-Laffitte

REPORTAGE POUR "POINT DE VUE" PAR CH. GUY ET M. ZALEWSKY

Il n’y eut qu’un record de battu, dimanche, à Colombes, ce fut celui de la recette : 7 millions pour 65.000 entrées. Du moins, ce sont les chiffres officiels, car deux jours avant le match, dans tous les bars de Paris, une place de tribune se négociait couramment entre 5 et 10.000 francs. Dire que les spectateurs en eurent pour leur argent serait erroné. La rencontre France-Italie (la première depuis 1938) fut décevante pour les Français: Le speaker Georges Briquet n’hésita pas à déclarer devant quelques intimes qu’il s’agissait d’un Caporetto à l’envers.
On se perd en conjectures sur les raisons de cette défaite mémorable. L’équipe de France est formelle : « C’est le vent le grand responsable ». Il est exact que les Italiens eurent le vent dans le dos pendant la première mi-temps ; mais cela n’explique pas la mollesse de nos footballeurs pendant les 45 dernières minutes de la partie. Les chroniqueurs sportifs, dans de sévères commentaires, s’en prennent au goal Domingo qui, malgré son nom italien, gardait les buts français : sa jeunesse ne fit pas oublier la classe du portier habituel Da Rui.
Huit jours avant le match, l’équipe de France était au vert à Maisons-Laffitte, dans une de ces petites auberges de campagne où le prix minima d’un déjeuner est de 800 francs. Là, Ben Barek remporta de faciles victoires sur les enfants des écoles avec lesquels il jouait dans le parc local, ce qui, pourtant, ne justifie pas sa mauvaise partie de dimanche. Celle-ci n’avait pas seulement un intérêt sportif. A en juger par le grand nombre de supporters emmenés par train de la péninsule, on aurait pu croire que l’intérêt national était en jeu. Mais on a l’esprit « sport » chez nous, fort heureusement.

Baratte et Ben Barek jouent dans le parc de Maisons-Laffitte

(« POINT DE VUE » numéro 160 du 8 avril 1948, page 10.)

Parmi les travaux de J

« Parmi les travaux de Julien-bâtisseur, il y a, à cette époque, une entreprise qui donne à rêver : il construit, en effet, une cellule. Une vraie cellule, avec une forte porte, et des barreaux à la fenêtre. Pourquoi cette reconstitution du vieux cauchemar ? Ni l’un ni l’autre ne s’est expliqué là-dessus bien clairement, et toutes les hypothèses sont permises. Selon une lettre d’Albertine à son éditeur (qui la dissuade vivement de donner suite à ce projet) elle aurait aimé se faire enfermer pour écrire dans un décor nu qui rappelât le décor où elle avait le plus écrit. Une autre explication serait que le premier des deux tenté de faire "une bêtise" irait passer quelques jours dans la cellule domestique, le temps de se rappeler les bonnes raisons vite oubliées de ne rien faire qui rapprochât de la prison. Peut-être l’un et l’autre, mais surtout Albertine, avaient-ils pris conscience que les prisonniers ont beaucoup de privilèges, et sont très préservés de la dispersion du dehors. Peut-être avaient-ils besoin de retrouver parfois la solitude vraie, sans regards sur eux, - sans ce regard aimant, intelligent, qui les faisait presque transparents l’un à l’autre. Peut-être tout bonnement leur fallait-il une vraie cellule pour user et abuser du libre plaisir d’en sortir à volonté ? Pour être délivrés l’un par l’autre pour rire, comme ils s’étaient vraiment l’un l’autre délivrés ? On n’ose pas croire, quand même, que ce fût pour jouer à s’évader… mais qui sait ?
La cellule de La Tanière ne devait jamais s’achever. »

Josane Duranteau, Albertine Sarrazin, éditions Sarrazin 1971, p.194-195.