Le funambule

Le funambule blagueur n’est pas aussi rassuré que ses mots d’esprit plus ou moins fumeux pourraient parfois le laisser entendre. Parti sans réfléchir, il a jusqu’ici gardé un semblant d’équilibre en balançant à droite et à gauche ses fonds de tiroirs, vieilles ficelles et boutons décousus, photos retouchées et cinéma de catéchisme. Le sac en papier dans lequel on souffle pour ensuite le maintenir fermé d’un poing et l’écraser de l’autre, les tours de cartes faciles et les images à deviner, ça il sait faire, et c’est vrai qu’il suffit de peu pour ne pas tomber mais il se demande quand même jusqu’où il pourra tenir. Il se voit déjà confondu, obligé de fermer boutique, voire poursuivi pour il ne sait que trop quels délits multiples et simultanés, usurpation et arrogance, haleine courte et publicité mensongère, et les poches vides enfin retournées, condamné à plonger sous les rires du public.
Fiction grossière. La corde imaginée n’est même pas peinte sur un pont, il n’y a ici ni pont ni bateau, ni aucune profondeur. Il n’y a pas moyen de faire le plus petit voyage, et encore moins le risque de faire une chute quelconque, toutes les portes sont peintes à même les murs, et les fenêtres sont des écrans où des robots n'agitent que des marionnettes dont l'humanité est inversement proportionnelle à leur réalisme saisissant. De public, heureusement pas trace.
De temps en temps, le claviste du troisième âge clique aperçu dans le navigateur. Le miroir qu’il essayait de fuir est toujours là et le faux clown fait une grimace.

Il a huit ans

Il a huit ans il fait soleil ou bien il ne sait plus. Il arrive à l’école ou bien y est, il s’avance dans la cour fermée. Ils l’assaillent sans qu’il sache comment le cauchemar a commencé. Il sait seulement qu’il n’en sortira pas. Que personne ne veut entendre ce qu’il essaie une fois ou deux de dire, que les choses n’ont pour personne la gravité qu’il dit.
Comment comprendre qu’ils avaient ainsi réussi à le convaincre, à lui faire admettre qu’ils avaient raison : que son nom de famille n’était que l’autre face du surnom abject qu’ils lui donnaient et qu’il n’y avait en l’occurrence aucun arbitraire linguistique dans cette nomination, mais bien une adéquation quasi parfaite entre ces mots interchangeables et la chose molle excrémentielle qu’il était à leurs yeux ?
Verdict définitif levé à l’occasion : qu’ils le forçaient si besoin était à jouer avec eux n’était qu’une marque supplémentaire de leur supériorité.

Le pronom il est une lame qui plonge dans la chair vive, dans la chair enterrée vivante. L’homme au scaphandre déclenche à froid les courts-métrages hallucinés, les feux follets bouclés du cimetière personnel. Combien de fois combien de coups combien encore, les temps s’allongent entre les dates, le noir le froid le gris prennent le dessus. Pourquoi chercher dans le désert des débris d’avions, de la poussière de papillons morts dans la cendre des feux éteints, quel cerf-volant dans le drapeau roulé ?

Le petit vélo



C.D. et M. B.
Peinture arrêtée en janvier 2002. Rien fait depuis. Que de mauvaises excuses : quoi, où, comment, pour qui, pourquoi?

Pig Dada +

Message de Fraenz Frisch sur POPOPEINT :
souvenez-vous de pig dada +
"Juste pour vous dire que le bien connu pigdada (Baudhuin Simon) de Habay-la-Neuve en Belgique est décédé le jeudi 9 mars 2006 ..."
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De ne l'avoir jamais rencontré autrement que par mail art ne diminue pas le sentiment de deuil.

ШM















Monotype au format carte postale - JNP 1995

Pour en finir avec une légende

Les watergangs n’existent pas.
Leur surface tranquille n’est pas partiellement recouverte de lentilles, ni parcourue de coléoptères luisants, ni non plus de ces sortes d’araignées graciles dont on ne sait pas le nom. On ne peut pas descendre la berge oblique pour aller puiser de l’eau, aucune marche n’a été taillée puis consolidée par une planche verticale, aucun pilotis planté à environ un mètre de la rive pour en recevoir d’autres posées à plat pour former comme un ponton carré à la taille d’une personne. Le mot « puchot » n’est pas français, la chose n’a pas de mot. L’eau du cours d’eau artificiel n’est pas buvable. Même au soleil, sous le miroir que des nuages traversent, elle reste obscure. Aucun enfant n’y voit rien vivre, ni salamandres ni tritons aussi étranges que les images de batraciens tropicaux que l’on achète à la librairie-papeterie du chef-lieu de canton pour orner les pages du cahier de sciences naturelles, ni têtards ni sangsues. Impossible de remuer la vase du fond avec un bâton pour en faire remonter de grosses bulles de méthane malodorant, ni de les capter à l’aide d’un pot à confiture préalablement plongé puis renversé dans l’eau. Une fois le récipient de verre ressorti rempli de gaz, interdit de jouer avec le feu : personne ne se dépêche d’approcher de l’ouverture une allumette enflammée. Nulle explosion et la boîte en bois n’est d’ailleurs pas décorée d’une étiquette où l’on verrait une femme en ancien costume de Flandre ou d’Artois, ni d’une maison typique aux murs blancs et noirs. Tous les ans avant la ducasse, personne non plus ne les repeint de chaux et de coaltar, ni n’ajoute une nouvelle couche de couleur aux portes et aux fenêtres.
Ce dimanche-là, aucun gros pétard en forme de bouchon n’éclate, le garçon de la maison n’a pas le genou brûlé. On n’a pas peur, on n’a même plus ni froid ni chaud. Les soirs d’orage, les vers de terre ne sont pas enfilés, ni le noir parapluie à réservoir retourné dans l’eau. On ne va pas pêcher l’anguille « à l’moque », sans hameçon. On n’habite pas là.

(Ni à Hubert ni à Edith, ni à Lucien ni à Georges, ni aux Flamands ni aux Picards)

Texte lu au "Dîner des Vilains bonshommes & Vilaines bonnes femmes" n° 18, desquels étaient Dan & Guy Ferdinande, le mardi 15 décembre 1998 au Café de la Fontaine Saint-Chrysole à Verlinghem, légèrement remanié le mercredi 18 septembre 2002.

Il vient un temps

Il vient un temps où les morts nous aident à vivre. Où ils font des ponts entre nous vivants aveugles et paralytiques.
Les morts transportent nos voix sans mains, décrochent des croix nos corps cloués, puis font semblant de regarder ailleurs.
Nous qui croyions aller vers eux bénéficions d’un nouveau matin, projetés par eux dans la lumière.
Ils nous demandent de faire face.

Albertine Sarrazin

Vieux dessin,fin des années 60, d'après la photo du Livre de Poche lu alors.

Oh les beaux jours!

Collage papier daté du X-94
J'appelais ce genre d'opération "Rapprochement". Intervention artistiquement incorrecte s'il en est puisque ne tenant pas compte des droits d'auteur mais elle me semblait parfois comme ici procéder de la lecture et de la relance des images en circulation. D'autres fois, s'agissant de photos érotiques ou ressenties comme telles il me semblait exercer comme une sorte de droit de réponse en les réutilisant, cela dit après l'envie incontrôlée née de l'émotion.
Mon but n'était pas de critiquer ou déprécier les œuvres ou les produits impliqués, mais d'impliquer dans un rapport plus ou moins pensé nouveau leur énergie originelle ou leur valeur convenue, cela étant alors vécu comme ma façon à moi de dire ou de me taire.
Je suis là dans la ligne oblique.

(Ç'aurait été


femme de Chez Nous, collage numérique (2004?)

(Ç’aurait été une tentative, une tentative de liquidation. Une dernière fois, une encore, vous auriez grappillé ces reflets imprimés, ces belles images qui vous arrêtent, vous affolent et vous enferment, toujours plus seul, toujours plus loin des ici-vivantes. Dans la douleur et l’exaltation, dans la joie du petit bonheur et dans l’oubli de la prison, prélèvement précautionneux des fragiles décalcomanies, sélection opiniâtre d’un décor idéal tout aussi factice que les éventuels accessoires, positionnement trouvé comme on cherche une source, et il arrive que l’accord obtenu entre alors en résonance avec vous ne savez quelle plaie ou quelle marque, aussi étrange qu'intime. Vous voulez alors le consolider, qu’il fasse peut-être durablement obstacle au noir de l’espace nocturne, au blanc plâtreux du mur, au verre de l’éprouvette où vous ne vous sentez toujours pas beaucoup plus qu’un têtard, qu’un vulgaire embryon d’homme. Que ce soit un peu au tour des autres d’entendre cette note, ce quelque chose qui serre la gorge, qui noue le rire et retient les larmes, ce quelque chose… En fait, vous voulez dire comment vous vient, depuis l’adolescence, cette idée du suicide comme la seule issue à l’impasse du désir, tout en étant persuadé que c’est au moment où vous pratiquez votre artisanat maladif que c’est à petit feu, avec raffinement, comme on dit d’une torture, que vous vous supprimez. Aussi, si tant est que le malaise transfère la catastrophe, rien d’étonnant à ce que les œuvres produites relèvent du dessin de presse à sensation, sinon de la peinture anecdotique. Tableaux non pas dérangeants, mais gênants : où les mettre ? La question est supposée embarrasser aussi bien la contemporanéité que la peinture du dimanche, les amateurs d’érotisme comme les amoureux des arts. Quant à l’auteur coincé, pris en flagrant délit entre vol à l’étalage et accident de circulation, entre honte et culpabilité, il n’ose même plus songer à se faire la belle.
Autoportrait en creux du célibataire fictif exposé / mis à nu / effacé par ses mariées imaginaires. Mettez-vous à sa place, pour voir. Hypothèse comique ?)

JNP 17-X-00 pour l'expo à la PRR, lien ci-contre