Sternberg & Co : Mépris 3

Février 1974, Éditions La Marge, Kesselring éditeur, troisième et dernier numéro. On y retrouve la forme précédemment rodée, les rubriques et les collaborateurs de la compagnie Sternberg : le 'lexique toxique' et l''encyclopédie permanente', Berner et Topor. Pour changer, un problème de mots-croisés tient lieu de sommaire, et il n'y a qu'à feuilleter la présente livraison pour en trouver la solution.

Ce qui frappe alors, c'est la présence des dessins de Lucques, un véritable florilège et à eux-mêmes encore une fois tout sauf des illustrations : des articles parmi les autres. Dans le nombre, on s'arrête entre autres et entre les deux couvertures couleurs, à une crucifixion qui n'a pas effarouché les fidèles de l'époque – on doit dire que l'accouchement qu'on voit quelques pages plus loin est d'une autre violence. Des dessins qu'on se surprend à regretter aujourd'hui, mais qui sait, aurait-on accepté de leur auteur qu'il se soit répété en en faisant un fond de commerce, ou bien qu'il ait viré de bord? La tangente est aussi permise.

La bande dessinée cosignée par Jacques Sternberg et Jean Gourmelin apparaît comme l'autre morceau graphique du numéro. Mais sauf information contraire, cet épisode 'à suivre' des Journées de Mr Vase en sera en fait le dernier et son final d'œuvre inachevée est somme toute adéquat :

"Accablé, Monsieur Vase s'est écroulé et quand il reprend ses esprits, il se voit au bord d'une énorme valise ouverte, béante comme le vide, comme une tombe.

Et c'est avec terreur qu'il recule, recule..."

Des notes de lecture méprisantes on ne retirera naturellement que les titres qui 'valent le détour' . À vrai dire peu de littérature hors genre : Martin Eden de Jack London, De l'inconvénient d'être né, de E. M. Cioran, Siloé de Paul Gadenne et La Cruche d'or de James Stephens. Sinon, Jacques Sternberg défend toujours le fantastique, l'humour et les images : Diane Arbus, l'Art fantastique (Chêne), Maupassant, Cardon : La véridique histoire des compteurs à eau. Et il termine en écrivant, à propos du Bon sexe illustré (Minuit) de Tony Duvert :

"Miracle! On le croyait incapable d'écrire avec des points et des virgules, on le croyait enfermé dans son lyrisme personnel assez épuisant et puis non, il signe un ouvrage précis, acerbe et fort drôle : une mise en pièces et en boîte de la ridicule Encyclopédie de la vie sexuelle publiée par Hachette."

Têtes de turcs de ce dernier numéro: Jean Cau dans les 'Grandes rencontres' et 'ex-æquo' Denis Roche et Philippe Sollers comme 'Imbécile du mois' . Quant à l'article nécrologique sur 'La mort de Coco Chanel', il dessine en creux, irrespectueux en diable, un portrait surréaliste plutôt sympathique.

Et son classement dans les 'vieilles actualités' - "Elle est morte il y a exactement deux ans et un mois" - souligne le caractère parodique, voulu ou non, du format périodique de la revue. Mépris pouvait bien s'arrêter, sans plus de formalités.


Mépris 1 _ _ _ _ _ _ _ Mépris 2

Collage du jour









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des années 60
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Télérama 3126 : le feuilleton, suite et fin

On remet ça :
Page 33, Le nouveau Paris, St-Denis Stade de France etc. &
page 76, Le périple jeune, Du bébé au baiser.
Maintenant que le mot a été lâché on arrête.
On a raté un épisode ou deux et ne sait pas si c'est une lubie personnelle ou un objet médiatique actuellement actif - quelque chose comme Nous Deux, le retour...

À celles qui tuent

Tu te lèves très tôt comme pour y aller Tu ressembles aux hommes Qui voyagent d'affaires Tu trimballes ton sac de chiffons invisibles Tes valises amères Tes poids et mesures La nuit se moque de ta détermination Depuis toujours tu t'amenuises Dans les hublots des longues-vues Dans l'entre-deux des meurtrières Du temps passé Dans la froideur répétitive de tes vains levers Les éboueurs ont le sourire aux lèvres Les femmes marchent Sur le tracé de ton cadavre Le grand jour s'est barré Y a belle lurette C'est à peine Si tu tournes Au barbecue mouillé

Poème-minute du 21 novembre revu aujourd'hui 30

Télérama 3123 : carré de 2

Vous êtes le/la énième à regarder ces images.
C'est fou le monde qu'elles attirent. Moi elles me dérangeaient plutôt et c'est pour cela que je les avais postées. Je comprends maintenant qu'elles sont du genre à faire vendre. C'est peut-être ça qui me dérangeait.

De Sp., le 14 septembre 2010.

The real Italian experience X Les feux mal éteints X La vie héroïque et tragique de la femme cachée de Mussolini X Couple enlacé
P. 38 Lavazza; p. 57 Un soir au club de Jean Achache; p.59 Vincere de Marco Bellochio; p. 62 Djân / Marrie Bot

Télérama 3122 pages 17 & 56 : détails

Un air de déjà vu
Rapprochement:
Publicité Le nouveau Paris - Photo Océan Films, La religieuse portugaise

Small Lives

Écrire que nous avons vécu serait exagéré, sauf à le mettre à la voix passive : été vécus. Et encore. Cette boîte, cette certitude d'y avoir été, et secoué à bleus et bosses, et dans le noir le plus profond. Il y a bien eu au tout début comme un matin où le soleil s'est allumé et a dit Regardez, tout est à vous, et puis ce soir ici présent où il revient se moquer du monde : Quoi? Encore vous encore là? Entre les deux la barrière à barreaux s'était dédoublée et le double décalé, fermant les objectifs. Camera obscura. Puissance moins. Et ces mots qui arrivent, des bâtons des roues.


Dans la nuit qui a régné, nos velléités de démarcation, pour ne pas dire de révolution, n'ont jamais été aussi grandes que les pressions du désir de conformité. Maison cuisine, jardin garage, moquette pelouse. Tombés dessus, sur le dos sur les pieds. Mais éviter les sujets qui fâchent. Se concentrer sur le sujet*. Photos macro, microscope et animalcules. Ça tombe bien : nous n'étions pas seuls.

À l'intérieur ou à la limite, après délogement plus ou moins réussi des mouches et acariens, il s'est trouvé qu'avec les araignées, les fourmis, les cloportes et autres poissons d'argent le modus vivendi allait de soi : on ne s'occupe pas les uns des autres. Et si l'extérieur a posé des problèmes, c'est peut-être à cause d'une idée reçue préconçue, à savoir que tout ce qui y vivait n'était là que pour mettre à l'épreuve notre maîtrise de la situation.

Pour commencer, cette surface d'herbe que nous nous sommes sentis obligés de tondre régulièrement faisait tout son possible pour ne pas ressembler aux pelouses des magazines et des dessins animés. Des pâquerettes, passe encore, mais le trèfle blanc et les boutons d'or, est-ce que c'était leur place dans les graminées civilisées? Et cette mousse insolente que même l'hiver semblait ravigoter? Une race inférieure dans l'échelle du vivant. Le sulfate de fer les a fait des taches rousses et même l'herbe coupée entassée en est restée marquée pendant des mois. Quant à l'herbicide conseillé par le voisin qui nous voyait sarcler l'allée, son étiquette était si effrayante qu'il n'a jamais été utilisé ni même jeté à la poubelle. La flemme reprenait ses droits et la pelouse s'est mise à vivre à sa façon, toutes les plantes ou presque s'y entremêlant à leur guise, dans l'espace et le temps.

Et si les pissenlits et les plantains ont été combattus, ce ne fut qu'à la main. De même cette potentille d'abord prise pour un fraisier à fleurs jaunes. Son fruit est si âcre et si grande son aptitude à se propager que nous ne pouvions pas la laisser faire. La tolérance a des limites. Pareil pour cette petite plante qui paraît-il vient d'ailleurs et projette ses graines dès qu'on la touche : nous avons même refusé de mémoriser son nom. Malgré tout, ce fut plutôt laisser-aller et complaisance, voire abandon partiel de nos prérogatives, et tout une faune s'en est avisée.

Ce fut d'abord ce chat noir borgne qui s'installait sur le muret de la terrasse et nous regardait manger. Nous qui ne faisions même pas l'aumône aux mendiants des rues, nous voilà poussés à lui laisser les restes de la table. Une chatte a suivi et un jour d'orage s'est mise à apporter un à un ses petits dans le vieux garage ouvert. Elle nous embête encore au jour d'aujourd'hui.

Ce fut un crapaud surpris dans la cave, et cet autre échappé à temps du tas de bois mort auquel nous avions mis le feu. Ces chauves-souris zigzaguant le soir au-dessus de nos têtes. Ce nid étrange de bourdons dérangés un hiver dans le compost entamé, puis un été ce machaon posé sur la lavande, jamais vu depuis l'époque des images scolaires : le début d'un engouement retrouvé pour les lépidoptères et autres insectes. La découverte que notre pelouse non conforme leur convenait en fait. Le plaisir de les compter et de les identifier : d'associer aux peintures volantes la légende poétique des noms traditionnels. Connus étaient le paon du jour, les piérides et le vulcain, nouveaux le tircis et robert-le-diable, les belles dames débarquées en escadron.

Au lieu d'être brûlé, le bois mort s'est désormais empilé au fond du jardin, à côté des déchets pourrissant que nous ne donnons pas aux camions de la ville. Cela fait un petit coin sauvage en plein milieu urbain, une vraie jungle sur notre territoire. Et voilà ce qui arrive lorsqu'on est trop bon, il y en a qui en profitent.

La porte du vieux garage investi par la chatte il y a quinze ou vingt ans ne fermait pas. Celle du nouveau reste ouverte à cause d'elle. Un jour d'été de l'an dernier, une puanteur, différente de celle parfois laissée par un félin de passage, nous a obligé à y intervenir, occasion aussi de remettre de l'ordre dans le désordre que nous finissons toujours par laisser revenir ici et là. Derrière une planche posée oblique contre un des murs, soudain un curieux frottement, puis la découverte du coupable : un individu hirsute, ou, pour être plus précis, tout couvert de piquants. Nous ne pouvions pas lui permettre d'occuper les lieux plus longtemps. Surtout que la chatte était là avant lui : il n'y avait aucune raison pour qu'un nouveau migrant vienne lui manger ses croquettes et qui plus est faire ses besoins dans les coins. Nous avons pris un ramasse-poussière (sait-on jamais quels microbes ou parasites ils transportent sur eux) et l'avons emmené au fond du jardin. Après tout il y avait cette jungle, ça devait lui suffire. Restait le problème de la porte que nous voulions laisser ouverte pour la chatte. Des barbelés n'auraient été d'aucune utilité en l'occurrence et une planche de hauteur calculée allait suffire pour faire obstacle à l'un sans l'être pour l'autre.

Quelque peu ébranlés, nous avons ouvert Wikipédia, question de s'informer, et avons appris que les membres de cette tribu avaient des mœurs nocturnes, et également des interdits alimentaires – pas question de leur donner du pain ou du lait, par exemple. Bon, il allait falloir s'adapter, mais cela n'a pas posé problème. Monsieur sortait effectivement la nuit, faisant mine d'avoir peur et s'immobilisant si nous tombions sur lui par hasard, mais sinon fort capable de monter les trois marches de la terrasse, ou de disparaître en un clin d'œil pour peu que nous lui tournions le dos. Son côté embêtant apparut plus tard : nous avons découvert qu'il passait une bonne partie de la nuit à faire les cent pas au pied du portail qui donne sur la rue. Non pas qu'il se trouvait réellement enfermé dans le jardin, car il pouvait fort bien retraverser la haie à travers laquelle il était sans doute arrivé, mais parce qu'il était buté et avait décidé de s'en aller par la rue. Lui aurait-on ouvert qu'il aurait fini en purée comme nombre de ses congénères. Oserons-nous ajouter que le plus gênant était en fait que nous avions tendance, les jours de spleen ou de cafard, à considérer son va-et-vient obstiné et vain comme un reflet de notre propre enfermement? Cette image nous déplaisait.

Un ami passé chez nous s'étant offert à lui offrir asile à la campagne, nous avons saisi l'occasion d'en finir avec l'occupant dérangeant. Ayant observé que c'était dès la nuit tombée qu'il se montrait ces temps-ci, et non aux petites heures de nos réveils intempestifs, nous avons décidé d'opérer sans attendre, et même en un sens pris les devants : le lundi 21 septembre au soir**. Présent comme prévu, il n'opposa pas de résistance et le ramasse-poussière fit de nouveau son office, mais ce fut cette fois-ci au fond d'un carton que se retrouva l'animal. Tout le monde ne sachant pas qu'il n'avait pas peur du noir, et ne souhaitant pas être accusés de cruauté par une quelconque association, nous lui avons aussi versé quelque peu des croquettes de la chatte avant de l'embarquer dans la voiture.

Chemin faisant, nous nous demandions quand même si ce voyage incongru n'allait pas le perturber. Après quelques minutes, ayant machinalement allumé la radio, réglée comme d'habitude sur une station flamande, nous l'avons même éteinte par précaution : il ne devait pas en avoir l'habitude et il fallait lui éviter tout stress inutile. Nous l'avons alors entendu bouger dans son habitacle ondulé, mais nous nous sommes rendu compte à l'arrivée que nos craintes n'étaient pas fondées. Aucunement sujet au mal des transports il avait mangé toutes les croquettes.

À l'arrivée, le carton une fois ouvert et couché sur le sol, le voyageur en est tranquillement sorti, et, dédaignant le tas de feuilles mortes que notre ami lui avait préparé, s'est enfoncé dans l'obscurité hospitalière de ce nouveau jardin, bien plus grand que le nôtre.

En ce qui nous concerne, cette délocalisation apparemment réussie ne nous a pas pour autant donné l'envie de détruire la jungle. Qui sait si le tas de branchages et autres détritus ne pourra pas resservir à un autre étranger? Lorsqu'il arrive encore à l'insomniaque épisodique de sortir prendre l'air la nuit, il trouve plutôt funèbre le portail fermé désormais abandonné, et d'autant plus que le passeur posté n'a toujours pas franchi le pas.


* Texte écrit à l'occasion de l'exposition de la Petite Renarde Rusée Les petites choses, les petits riens de la vie.
Thème retourné ici en : les petites vies du rien
.
** Les opérations de démantèlement de la «jungle»[...], voulues par le ministre de l'Immigration Eric Besson, se sont déroulées mardi tôt dans la matinée. Des cars de CRS ont encerclé le camp peu avant 7h30. [...] Les migrants n'ont opposé aucune résistance aux policiers qui avançaient pour les interpeller.
Flore Galaud (lefigaro.fr) avec agences, le

23/09/2009

Sacré Robert...

...ou
le calvaire diabolique


Arrangement
de 3 pièces
ready-made
(support
en verre vert
+ brosse
métal jaunâtre
made in Japan
+croix
métal ferreux)
sur socle-conteneur
également ready-made
(boîte à craies
en bois)

Sera visible à l'exposition
Les petites choses, les petits riens de la vie
en compagnie de
Ian Bli Mo Braithwaite Christine Corman Philippe G. Brahy
Marie-Hélène Dewaele
Nathalie Dubois Popofe Dumont Francis Duriez Charles Dutilleul Sandrine Engelaere Yves Fauvel Denis Ferdinande Guy Ferdinande Julien Ferdinande Hervé Fléchais Bruno Groensteen Vincent Guesdon Pierre Lebrun Philippe Lemaire Hong Lin
Claudine Lion Didier Morel Muriel Morel Lafcadio Mortimer
Laetitia Nivaigne
Jean Parsy Patricia Prince Rumour John Sergeant José Vandenbroucke David Van Robays Lou Van Robays
Brigitte Wallerand & Annie Wallois


dessin, peinture, gravure, collage, photographie, vitrail, sculpture, installation & textes
Samedi 26 septembre 2009 à partir de 15 h
Lectures en soirée sur ce thème ouvertes à toutes et à tous
& auberge espagnole : apporter une boisson et quelque chose à grignoter

EXPO OUVERTE
Les 26-27 septembre & 3-4 octobre (Lompret en fête) &
16-17 & 18 octobre (Portes ouvertes des ateliers d’artistes) de 15 h à 19 h
Puis sur rendez-vous jusqu’au 31 décembre 2009

La Petite Renarde Rusée
chez Dan & Guy Ferdinande 67 rue de l’Eglise 59840 Lompret
(près de Lambersart /autoroute de Dunkerque, sortie Lomme)

Nutella : Offre spéciale (de rentrée?)

Il y a 2 ou 3 jours :
Au supermarché M...., n ne trouve que le "Format spécial" de 780g, avec une seule étiquette de prix, celle du pot habituel de 750g, à 3,29 €, soit sauf erreur 4,38 € le kilo. Mais à la caisse le pot spécial coûte 3,53 €, soit 4,52 € le kilo. C'était ça qui était spécial.

Aujourd'hui :

À l'hypermarché C........, une palette de chaque article, l'une plus entamée que l'autre. Là aussi une seule étiquette, cette fois celle de l'offre spéciale, 3,50 €, soit 4,48 € le kilo. Pour comparer avec le pot ordinaire il faut l'emporter à la borne : il coûte 3, 17 €. Pas de prix au kilo. Mais il suffirait de réfléchir : pour qu'un pot de 780 g soit avantageux, il faudrait qu'il coûte le même prix que celui de 750 g. La calculatrice donne pour ce dernier 4,22 € le kilo. Devinez ce qui se vend le mieux? L'offre spéciale.

Quelle que soit la saison, les seigneurs prélèvent leur dîme - sinon à quoi leur servirait d'occuper une position dominante?

Qui croira que c'est un pur hasard que dans deux magasins l'étiquette permettant la comparaison manquait?

Qui croira que ce sur-prix sournois est destiné à sauver des emplois? On peut par contre imaginer qu'un responsable de rayon craint pour le sien lorsqu'il s'arrange pour escamoter ainsi une étiquette gênante.

Ce n'est pas la première année que cela se produit, il semblerait même que cela fasse partie de la politique commerciale de la marque.

J'ai honte d'écrire ça, mais ça me met en colère. Le pire c'est que ce n'est sans doute qu'un échantillon, qu'un petit bout du système.

Silence des stars : 2 & 3


Danielle Darrieux
d'après photo R. Voinquel in MonFilm n° 269 du 17-10-51
Josette Day
d'après photographe inconnu in Mon Film du 26-03-1947

Je répondrai à vos silences, dit-il

Mon projet d'art postal Silence implique que je réponde à chaque contributeur par une réponse selon les mêmes règles que l'envoi souhaité, ou sur un thème au choix. L'exercice est plus ou moins facile, plus ou moins excitant et produit des surprises.

Ayant annoncé que je rompais avec la convention selon laquelle on accepte tout, je n'ai pas eu à mettre à la corbeille beaucoup d'envois reçus. A ceux et celles qui m'envoient de bonne foi autre chose que ce que je souhaite j'envoie un courrier postal - 'snailmail' disent les artistes postaux pour le distinguer du courrier électronique - pour le leur rappeler.

Reste tous les autres et j'essaie de leur répondre vraiment par ce qui est pour moi du mail-art. L'art posté en serait le degré zéro, ce qui ne veut pas dire nul : un dessin, une photo, une peinture, création, copie ou recyclage, avec ou sans rapport avec ce qu'on suppose être le thème, j'essaie de m'accorder à l'énergie ou à la recherche de l'expéditeur. Ensuite vient ce qui m'intéresse, c'est à dire toutes les inventions possibles, et du même coup le plaisir et la difficulté.

Un cas en particulier m'a posé un problème différent. Envoyées une par une, une série de cartes avec des dessins traitant explicitement le sujet de la parole muselée ou contrariée, le thème du masque et du bâillon. Le problème : des dessins travaillés, mais envoyés sous forme de photocopies ou impressions numériques déchirées, collées de façon à mimer des croquis réels.

Je fais peut-être erreur, mais il me semble que beaucoup de gens qui font de l'art, soient ne veulent pas le galvauder dans ce loisir de ménagères, c'est leur droit, et ils n'y participent pas, soient considèrent l'art postal comme un moyen publicitaire supplémentaire, pourquoi pas, c'est de bonne guerre, mais certains rechignent à jeter leurs originaux au péril de cette dévalorisation éhontée.


Il fallait en faire autant. Surmonter ta flemme et les questions qui la sustentent : pourquoi dessiner quand tu n'arrives par ce moyen qu'à faire de la reproduction photographique, sans rien qui risque d'être considéré comme artistique aujourd'hui, pourquoi représenter encore de préférence de jeunes et jolies femmes quand tu es vieux et que tes désirs n'ont jamais fait qu'empoisonner ta vie?

Tu reprends une pile de vieilles revues de cinéma, cherches des visages qui à la fois te plaisent et sont visiblement silencieux, des visages de créatures qui ne sont probablement plus de ce monde. Tu te remets à dessiner. Tu n'emploies même plus la méthode des petits carreaux, tu effectues des passages. Tu vas intituler tes cartes réponses "Le silence des stars".

Le passage à la boutique de photocopie va te surprendre : les reproductions laser ont plus d'allure et de punch que tes originaux. Question de réglage du contraste, mais quand même : tu les trouves pas mal - trop bien diraient les jeunes - les cartes postales que tu envoies! Ci-dessous le premier dessin de la série et sa copie laser, ou du moins ce qu'en donne ton scanner médiocre.



Ann Sheridan d'après photo Donald B. Keyes in Mon Film n°132 du 2 mars 1949

Mépris 2 : Sternberg and Co


Si l'illustration de couverture du Mépris n° 1 évoquait cruellement la censure, celle de ce n° 2 proclame violemment la liberté d'expression. La devise inchangée passée dessous, un sous-titre a pris sa place : Sternberg and Co, qui sera quelque peu justifié page 3. En effet, si l'auteur y garde sa place de directeur, le voici maintenant assisté pour la rédaction, cette fois en français dans le texte : 'et Cie'. Mais c'est une sorte de note en bas de la même page qui développe l'information : Berner et Kesselring pour la maquette et les dessins, Leiter pour la couverture, et pour les 'chœurs' Topor, Jacques Loew, Bacri et Gourmelin. Ces noms propres et quelques autres nous aideront à zigzaguer dans le contenu de la revue humoristique.
Parmi les rubriques du n° 1 qui reviennent ici, comme le 'Lexique toxique', le 'Journal littéraire de Jacques Sternberg' ou encore 'Les Grandes rencontres', Topor signe une nouvelle page de 'Questions' désopilantes, parfois en elles-mêmes mais aussi et surtout dans leur accumulation, leur rapprochement ou leur position dans le texte. Cela va de "Les animaux domestiques sont-ils payés au mois?" à "Ne devrions-nous pas nous séparer?"
Pour Gabriel Bacri, Jacques Sternberg a ouvert une page de 'L'encyclopédie permanente du Mépris' pour présenter un choix de ses 'bacrites' ». Exemple : "Jésus monta au ciel sans se faire prier"ou "Torturé avec soin, il s'en remis rapidement." Une note invite à ne pas le confondre avec Roland Bacri, non sans raison : si le 'rimeur professionnel'du Canard enchaîné est bien rentré dans Wikipédia, Robert non. Est-ce parce qu'il écrivait peu et court, ou bien parce qu'il figure dans les Chefs-d'œuvres de la Méchanceté des Éditions Planète?
Quant à Jean Gourmelin, il dessine sur un scénario de Jacques Sternberg "Les journées de Mr Vase", bande dessinée à suivre, dont le héros naturellement représentant de commerce s'intègre parfaitement aux paysages désesprérants du dessinateur.
La présence du nom de Jacques Loew est à priori plus étonnante. S'agissant, si nous ne nous trompons pas, d'une personnalité religieuse, on peut imaginer une moquerie mais l'univers de Sternberg n'est pas spécialement antireligieux, simplement en dehors, ou l'inverse, et la personnalité de Jacques Loeuw, converti et prêtre ouvrier, semble suffisamment complexe pour autoriser un rapprochement, sans compter qu'il a fondé une école de théologie en Suisse, et qu'il a été l'auteur d'un recueil de réflexions illustré par Jacques Faizant. Même si ce dernier semble bien éloigné de l'univers de Jacques Sternberg, le titre du livre s'en rapprocherait peut-être : Paraboles et Fariboles. Mais peut-être vaut-il mieux s'en tenir à la première hypothèse, car on ne trouve ensuite plus aucune trace de ce 'collaborateur'. Éventuels éclaircissements bienvenus.
La quatrième de couverture représente un œuf qui éclot dessiné par Berner et orné des mêmes noms, plus un : celui d'André Frédérique.
C'est en fait le Plan d'une exposition universelle, une page choisie de cet auteur qu'on trouve page 17 sous la rubrique 'Les classiques du futur', avec une introduction qui rappelle son suicide et qui oppose l'oubli dans lequel il est tombé avec la 'gloire' de Boris Vian. Et il est vrai que cette description effrénée d'une noirceur que la pataphysique n'atténue pas n'a que cela à lui envier, et on comprend aussi que Sternberg ait eu envie de le ranger parmi les siens.
Autre page choisie : le 'Conte méprisant du mois' est signé Gérard Klein, sans que son nom apparaisse dans aucun sommaire.
Quant aux critiques brèves des dernières pages, si le 'Cinéma cinéma' est soi-disant de Charles Isidore Ambérieu et qu'il s'agit peut-être d'une plaisanterie, la rubrique 'Méprisons toujours'... est précédée d'une 'Note de la rédaction' qui indique que "...ces notes de lecture ont été rédigées par Claire Parenti et Jacques Sternberg sans aucun plan de travail". La première serait la seule femme de l'équipe : est-ce la personne qui travaillait aux Éditions Tchou dans les années 70? (Internet)
Ces critiques attribuent la distinction 'mérite le détour' à Milan Kundera, Max Gallo (la garderait-il aujourd'hui?), Alain Dorémieux (Anthologie S.-F.), Chas Addams (dessins), Jack London ('un grand maudit'), Cardon (dessins), Thomasch Disch (S.-F.), Guy Pellaert et Nik Cohn, Saul Steinberg (dessins).
Pour le reste, la cible restant la littérature qui réussit, prix et best-sellers, les noms d'écrivains foisonnent, avec cette fois-ci comme bouc émissaire ou tête de Turc Suzanne Prou : 'Interview modèle d'un auteur primé en fin d'année' et dans la série 'Les grandes rencontres' Paul Guth : 'au goutte-à-goutte'...
À noter aussi l'article "Quand on me parle de culture je sors mon catalogue", basé sur des titres de romans sentimentaux, qu'on pourrait facilement réactualiser avec ceux des éditions correspondantes actuelles.
Au terme de cette revue de revue, constatons que l'art de Jacques Sternberg tend à rendre Mépris à la fois reconnaissable et insaisissable. À suivre : il nous en reste un numéro.

Bande de quatre...

...femmes silencieuses* sur fond de carte muette**
*images découpées dans une 'épave' du Livre d'Amour de Jules Lermina
** Carte d'Europe non identifiée, ancienne et fatiguée

Détournement d'avion




Sur proposition
d'Angela Behrendt,
détournement
d'une carte postale
représentant
un avion de la
Lufthansa

Collage avec rose
sortie d'un
vieux magazine
et coupure d'un
album de
Mandrake

Le silence des bulles

Dessin d'après modèles:
Les Pieds Nickelés (Pellos); Pim Pam Poum (? - Opera Mundi); Sylvain et Sylvette (Cuvelier); Bibi Fricotin (Pierre Lacroix) et Arthur et Zoé (? - Éditions Mondiales)

Le Cosmonaute et la Danseuse

Variation sur un titre d'Andersen

Écho anticipé

Avant-hier dans le train me ramenant de Lille j'arrive enfin aux dernières pages d'un livre* que j'aurais mis plusieurs mois à lire. Le semblant de suspense n'a finalement rien apporté de sensationnel mais le lecteur que je suis y trouve par hasard son compte. Lorsque le narrateur se rappelle encore une fois la mort de ses parents, à savoir cette fois où parti avec son frère à la recherche de sa sœur jumelle il la retrouve sur le lieu de l'accident. Elle leur dit, et un grand chêne en porte encore les cicatrices, que c'est là que ça s'est passé et il se pose la question que j'ai écrite ici il y a quelques semaines, comme légende à un collage : Que s'est-il passé?

Faute de mieux, j'en suis venu à attacher de l'importance à ce genre de rien, une phrase banale répétée dans la même langue. Mais aussi assortie de conditions similaires plus ou moins formulées : un dénouement et un solstice, la fin d'un cycle encore une fois repris et les évocations ici et là, de la mort et de l'être, de la naissance et de l'incapacité à vivre, à la fois attiré et tenu en suspens par cet hameçon interrogatif. Si j'osais être franc quand on me demande comment je vais, je devrais moi aussi avouer que je ne vois rien d'autre à dire : Que s'est-il passé?



*Le roman de Marcel Möring Het grote verlangen, a été traduit du néerlandais par Marie Hooghe et publié aux Éditions Flammarion sous le titre Le Grand désir en 1997.

La fin du travail?

Collage : photo de propagande économique et publicité - anciennes.
Envoyé comme carte postale en réponse à une contribution à mon projet Silence.

Histoires de machines

C'est ainsi que s'intitule l'un des volumes de la Grande anthologie de la science-fiction parue au "Livre de Poche" en 1976. On y découvre entre autres une nouvelle ainsi présentée par les éditeurs (Gérard Klein, Jacques Goimard et Demètre Ioakimidis):

"Les experts prévoient que vers 1990 les premières consoles informatiques feront leur apparition dans les foyers. A partir d'un tel "terminal" - doté d'un clavier comparable à celui d'une machine à écrire - il sera possible de gérer son compte en banque, de savoir quel temps il fera le lendemain ou le mois suivant et surtout d'interroger des mémoires centrales : plus besoin de dictionnaires, d'encyclopédies, ni même de livres de cuisine."

Sans doute ces prévisions doivent-elle être corrigées, ainsi sur le plan du vocabulaire : exit les consoles ou le terminal, ou de la concrétisation, encore que le pluriel "mémoires centrales" autorisait une certaine dispersion. De même le texte de Murray Leinster, dont voici un extrait :

"Je travaille pour la compagnie des logics. Mon boulot consiste à réparer les logics et en toute modestie, je dois dire que je me débrouille pas mal. Avant, je réparais des téléviseurs. Jusqu'au jour où Carson a inventé ce circuit tarabiscoté qui choisit à volonté x millions d'autres circuits – en théorie, il n'y a pas de limite. D'abord, ils l'ont utilisé comme calculatrice, puis ils l'ont accolé à un système intégrateur plus banque mémorielle et, quand ils y ont ajouté un écran, ils ont découvert qu'ils avaient fabriqué un logic. Ça les a un peu surpris, mais ils étaient contents. Ils en sont toujours à se demander tout ce que ces logics peuvent faire mais, en attendant, tout le monde en a un chez soi.

Vous voyez le tableau. Vous avez un logic chez vous. Ça ressemble à un poste de télévision, sauf que qu'il y a un clavier au lieu de boutons; vous y tapez tout ce que vous voulez obtenir. Il est relié à la banque mémorielle, qui a un circuit de Carson tout équipé de relais. Mettons que vous tapiez « Station SNAFU » - les relais de la banque se commutent et le programme que la SNAFU diffuse apparaît sur votre écran. Ou bien vous tapez : « Le téléphone de Sally Hancock », et vous vous trouvez relié, son et image, avec le logic de Sally Hancock. Et si vous demandez la météo, ou qui a gagné le tiercé aujourd'hui, ou qui était sous-secrétaire d'État pendant l'administration Garfield, vous l'aurez aussi sur l'écran. A cause des relais de la banque mémorielle. La banque, c'est un grand bâtiment qui contient tous les faits de la création et des enregistrements de toutes les émissions jamais réalisées – et elle est reliée à toutes les autres banques mémorielles du pays – et tout ce que vous voulez voir, savoir ou entendre, vous tapez et ça vient."


Wikipédia souligne à juste titre que l'auteur américain fut ainsi un des premiers à avoir décrit un ordinateur. Aussi bien dans son aspect que dans ses fonctions : Internet avant la lettre. Mais si l'introduction des éditeurs de 1976 était encore de l'anticipation, plus étonnante encore est la date de publication du texte original qui a été traduit pour les Éditions Opta en 1972 : A logic named Joe, © Street and Smith publications, Inc. 1946!

Ce qui ne doit pas empêcher de lire la nouvelle : les logics ont quelque chose en plus.

Les Disques

Dessin à la pierre noire réalisé le 16 mai dernier à Dunkerque Rosendaël lors de la manifestation organisée
par l'association
'Excentric demain'.
Bâtie par
François Reynaert
dans les années 30,
'Les Disques'
est une
maison
qui mériterait d'être restaurée.

Sur le quartier
Excentric:

- La maison de l'environnement de Dunkerque
jnp 2009

Pièce à conviction 2*

Il se trouve quelque part dans l'anti-sanctuaire – cet entresol inhabitable où les matériaux divers neufs et anciens de la reconstruction toujours repoussée voisinent avec les calculs bloqués, les scories les moraines des fontes irréversibles – des photos qui en disent trop long.
Ainsi celle où le sujet aperçoit implacable la mécanique de son malheur. Derrière la table de ce qui pourrait être un stand de salon artisanal ou commercial, il voit assis un homme et une femme, même ces mots qu'il emploie pour en éviter un autre lui semblent inappropriés, mais qu'écrire d'autre, assis donc, souriant à on ne sait plus quel opérateur d'occasion, devant des panneaux garnis d'images au format carte postale. Le cliché réussi aurait pu se trouver publié dans un périodique quelconque et le narrateur en question tombant dessus par hasard trouver la jeune femme désirable à souhait et envier son compagnon imaginé heureux.
Sauf que le hic : comment comprendre que le personnage masculin pris en photo n'est autre que lui-même à une autre époque – mieux vaudrait dire dans un autre monde, où rien de ce qu'il voit maintenant n'avait cours pour lui qui n'a pratiquement jamais connu qu'une irréparable dépossession. À l'heure qu'il est, le héros sans présent n'arrive même pas à s'arracher les cheveux.

* la 1 --> ici

À tu et à toi

Assis là dans la rue à dessiner en public pour la première fois de ma vie. Arrive, accompagnée d'un très comme il faut et très probable grand-père, une petite fille de l'âge d'Alice. Autant il parle peu, autant elle est bavarde. Ne m'interroge pas, comme les deux garçons de tout à l'heure, sur ce que je fais. S'approche, étant donné ma position assise la tête à hauteur de la mienne, me met la main sur l'épaule et me dit : Tu sais... Je ne sais plus maintenant qui d'elle ou des garçons m'a déclaré que la maison aux disques était infestée de rats.

Assis là sur le muret qui sert de banc, sur ce palier où on se retrouve, à réviser une chose ou l'autre pour la énième fois de ma vie, ces années-ci avec la jeune escrimeuse boulonnaise et le migrant slovaque franco- et cinéphile. Arrive une jolie brune visiblement méditerranéenne dont je remarque le décolleté. Si mes compagnons la reconnaissent pour être une germaniste et l'interpellent, ce n'est qu'après coup et par effort et raisonnement que j'arriverai à la replacer dans la frise chronologique. Apparemment pas le cas pour elle qui dit : Je vais rester un moment avec vous, et qui sans façons, sans marquer comme d'autres la différence, s'adresse ça et là à moi comme à un quelconque individu de la communauté. Comme je lui montre Het grote verlangen de Marcel Möring, pour lui dire que quelqu'un l'autre jour l'avait pris pour de la littérature allemande, elle me dit : Si tu es capable de lire des livres comme ça c'est déjà pas mal.

(Mai 2009, samedi 16 et lundi 18. Journal incertain des secondes d'oubli.)

Jacques Sternberg : MEPRIS n°1

Rien écrit ici depuis longtemps. Repoussée une fois encore l'envie d'extraire du Petit Larousse reçu en cadeau au Certificat d'Études Primaires toutes les façons possibles de signifier le grand départ, et faute d'avoir à dire de soi autre chose que la misère, se raccrocher, s'en rapporter aux seules traces supportables, aux morts qui parlent sans autre arrogance que leur obstination déraisonnable. Rebonjour Jacques Sternberg.

Le premier numéro de MEPRIS, sous-titrée 'la revue qui n'a strictement rien à vendre, ou à louer', date d'octobre-novembre 1973, 'Achevé d'imprimer sur les presses de l'imprimerie J-M Bardou – pour le compte des Éditions des Égraz'. 'Revue', sans doute en a-t-elle le format, mais la parodie apparaît dès la page 3. 'Direction : Jacques Sternberg / Rédaction : Jacques Sternberg / Secrétariat : Jacques Sternberg'. Sont quand même mentionnés Roland Topor pour la couverture (et pour une page), Gilles Nicoulaud pour les dessins, et pour la maquette 'le petit doigt agile d'Antoine Charpentier, aidé du pouce d'Emmanuel Hussenot'. Restait à s'interroger sur 'Kesselring éditeur '– fou, s'il en était, d'éditer pareille littérature, même en ces années 70 où la camisole s'était un instant desserrée : il est bien vivant et s'appelle Rolf et ce que nous apprend sur lui la 'Plate-forme suisse d'information' swissinfo.ch ne nous étonne en rien, même s'il s'agit maintenant d'alchimie. 6 avril 2009 : «L'écrivain – et ancien éditeur - s'est toujours passionné pour l'Histoire. Pas prioritairement celle des rois, des palais et autres champs de bataille. Plutôt celle des «grands bizarres qui ont peuplé l'Histoire», selon son expression.» Pas étonnant que Jacques Sternberg et lui se soient rencontrés.

De ce MEPRIS 1, c'est ainsi dès la première page qu'on a envie de tout citer, et d'autant plus que l'auteur (car il faut bien considérer cette revue comme une de ses œuvres, ou du moins entreprise – et quand bien même on oserait dire : de démolition) s'ingénie, en même temps qu'il nous en donne le désir, à nous mettre des bâtons dans les roues : que citer du 'Sommaire' page 5 (et 6?) auquel Nicoulaud a donné la forme d'une planche BD dont les bulles sont vides?

Maintenant, que faire d'autre ici? Peut-être, étant donné cette table des matières défaillante, essayer d'en établir une? On peut essayer. La publication annoncée comme 'parfois mensuelle' commence, avec en exergue une improbable citation de Louis Pauwels, par une sorte d'éditorial, où un curieux messager annonce que «La Revue Mépris va paraître». A partir de là des titres évoquent, plutôt que des sujets d'articles, une série de rubriques, confortant ainsi le format affiché. Quitte à l'élargir : le 'Lexique toxique' se retrouve distribué à intervalles plus ou moins réguliers dans l'ensemble, comme le sont certaines parties des almanachs. Ensuite, tout se passe comme s'il n'y avait dans le périodique en question que des rubriques secondaires et habituelles : 'Une page de détente' (dès la page 9!), 'Le conte méprisant du mois', 'De nos correspondants à l'étranger', 'Les questions de Roland Topor' («Chaque mois, avec Roland Topor, le Mépris va plus loin»), 'Les grandes rencontres', 'Le coin du furieux curieux', 'Enquête de notre temps', 'Journal littéraire' ('de Jacques Sternberg'), 'Trois minutes d'entracte publicitaire', 'Les mots croisés du Mépris', un concours («Pas de cons sans concours / pas de concours sans l'aide des cons»), 'Questionnaire' (aux nouveaux lecteurs)...

On aura deviné à la lecture de certains de ces titres que la forme revue n'est que prétexte à humour et qu'il ne s'agit que de tourner les choses en dérision. Quelles choses? Tout d'abord la chose littéraire; les écrivains, et d'autant plus qu'ils réussissent, et quel quel que soit leur genre, en prennent pour leur grade ou deviennent du fait même de leur notoriété, matière à plaisanterie. La 'page de détente' mentionnée ci-dessus est ainsi sous-titrée 'Quelques jeux littéraires' et en voici un exemple: «Calculez (à 1 cm près) dans un roman de Montherlant les dimensions d'un profond chagrin. Celles d'une haute moralité. D'une grande foi. D'une femme large d'idées. De son mari large d'esprit. Additionnez le tout et faites cuire au bain-marie.» Dans la 'grande rencontre du mois', l'auteur raconte la soirée que Françoise Mallet-Joris l'a invité « à passer [,,,] dans sa célèbre maison de papier». Et ainsi de suite : irrévérence, jeux de mots potaches, loufoquerie et absurde. Pierre Dac et Boris Vian ne sont pas loin, mais au moins trois pages sur quatre, si ce n'est pas plus, visent les livres et l'édition. MEPRIS est à sa façon une revue littéraire. En accompagnement : la société de consommation, la publicité, l'auto, en fait bel et bien la nôtre, de société. Ici et là quelques allusions à la science-fiction, qui n'est pour l'auteur qu'une autre façon d'exprimer, plutôt que sa vision du monde, ce que le monde lui fait.

Pour terminer, MEPRIS 1, tel Télérama, passe en revue des livres et des films de l'année (ou non!): «Méprisons toujours,on verra après», et leur attribue un signe. «Méritent le détour»: Paul Gadenne, 'assassiné par l'indifférence générale'; Woody Allen, qu'«on croyait médiocre cinéaste alors […]qu'il est [...] humoriste [...]»; Malcolm Lowry; Pierre Versins pour l'Encyclopédie de l'utopie et de la science-fiction; des anthologies Marabout du fantastique : Rosny, l'Amérique, l'Allemagne; Christian Bussy pour l'Anthologie du surréalisme en Belgique : «Fume et lis, c'est du belge!»; Alain Dorémieux pour ses Espaces inhabitables; Soulas et Nicoulaud pour des recueils de dessins d'humour; Le Principe de Peter; François Caradec pour La vie de Raymond Roussel; Raoul Mille; Emma Santos; Marcel Moreau : «Il ne lui manque qu'un zeste d'humour pour avoir véritablement du génie»; Boris Vian pour son Théâtre en 10/18; Belen; François Weyergans; René Garby. La «critique» cinématographique semble moins pertinente, comme si les films intéressaient moins Jacques Sternberg.

Aux dessins de Gilles Nicoulaud, reconnaissons cette qualité de ne pas illustrer, d'ouvrir d'autres portes,et surtout même s'ils tiennent d'un vocabulaire surréaliste, de ne pas porter les marques d'une quelconque charte graphique ou stylistique, et de constituer un ensemble agréablement dépareillé qu'on aurait du mal à trouver dans un ouvrage actuel.

Et justement, je crois que ce qui fait le charme et le sens de ce livre n'est pas que son contenu, dont on pourrait facilement contester le caractère exceptionnel, tout travaillé qu'il soit déjà au niveau parodie, mais son édition hors cadre et comme naturellement limitée (3 numéros). Et aujourd'hui plus que jamais nous manquent, à l'heure des surprises youtubées et des sorties mondiales de films, dans la mer des blogs et dans l'espace wifi, sous l'emprise des casques audio et sous le règne du terrorisme publicitaire, de tels objets de luxe.

Mépris 2 . . . . . . Mépris 3

Le grand silence

Nous avons tous entendu que les voitures à vendre attendaient acquéreurs et que les entreprises automobiles, équipementiers et autres, ne songeaient qu’à se débarrasser de leur masse salariale inutile.

Nous sommes beaucoup à avoir goûté pendant la « flambée » des prix du pétrole au plaisir et à la tranquillité du train, à avoir oublié la fatigue et les dangers de la conduite automobile, la corvée du parking et les frais afférents.

Depuis des mois nous n’avons il nous semble jamais entendu évoquer une quelconque réorientation du système, comme si l’auto n’était pas une charge de ferraille qui nous pèse autant qu’elle nous sert.

Ici dans le nord, on a la chance de pouvoir, en tendant un peu l’oreille, écouter ce qui se dit aujourd’hui chez nos voisins flamands :

21/04/2009 (agence Belga)
810 km de lignes de tramway supplémentaires

La société de transports publics "De Lijn" a conçu un plan de grande envergure qui devrait mettre fin aux embouteillages : il s'agit de créer en Flandre des dizaines de nouvelles liaisons ferroviaires. La nouvelle est parue ce mardi dans Het Laatste Nieuws.

"De Lijn" présente ce plan à un congrès qui se tient à Louvain. Au total, ce sont dix-sept lignes de tramways rapides, seize nouvelles lignes de "trains légers" utilisant les voies existantes et neuf nouvelles lignes ferroviaires qui sont envisagées. Le ministre flamand de la mobilité Van Brempt (Sp.a) souhaite que le nouveau gouvernement flamand prenne dès maintenant une décision et que la réalisation commence.

L’article se termine naturellement sur le problème du coût, mais est-ce pire que de se désoler sur les licenciements nécessaires, que de prier pour le redémarrage de nos moteurs individuels. N’y a-t-il pas ici aussi à faire dans ce domaine, quelque chose à ajouter aux TGV dans la perspective enfin d’une réduction du la circulation et du transports automobiles. De tels projets seraient aussi porteurs d’emplois, même pas très différents, et autrement tournés vers l’avenir que l’attente religieuse de la voiture propre.

Nous nous trompons peut-être mais il nous semble que l’on n’entend ici, aussi bien dans les médias que dans le discours politique, et même après un scandale automobile qui dépasse de loin celui de l’amiante, que des sermons encourageant à croire au prochain miracle à explosion, pour ne pas parler du désastre des cultures vouées à la consommation machinique. Nous ne disons pas que les transports publics sont parfaitement sains ou saints, mais ils réduisent les nuisances en les collectivisant. Qui ne veut pas développer ces équipements? Ou y aurait-il des dogmes, des intérêts ou des privilèges à ménager à tout prix?

La visite








Collage pour
Adamandia/
A Fishy Requisite



GOUFFÉ
Fabricant
Willy Remon,
Décorateur
Décalcomanie
Meyercord

Angle de vision

Linogravure, publicité ancienne, reproduction de peinture. Rapprochement jnp 2009, pour Orpheus

Très élégante...










JACQUES

HEIM
Très élégante
robe du soir
en tulle
DOGNIN
Pub.
Juliette
Clarens
Photo
Seeberger

Le grand couloir dallé du premier étage, sur lequel donnent les chambres, anciennes cellules des chanoines génofétains. Boiseries et plafond du XVIIe siècle.
Plaisir de France

Carte pour le Silence de Vladimir Jakushonok