
Télévision couleur
Photo retouchée
*Ceci n'était même pas prévu.
Positivez qu’ils disent
Prenez les choses du bon côté
Vous voyez tout en noir
Ce n’est pas la réalité
C’est la conscience que vous en avez
Ils sont gentils
Avant c’était
Foncez
Ayez du courage
Soyez un homme
Nom d’un chien
Et le mollusque
De rouler sa bosse
De faire semblant
De grimacer comme un sourire
Une vie sans parole
jnp (2000-2005 ?)
"Roman"Avis aux lecteurs : rien à voir avec les banlieues dernièrement médiatisées. Cette banlieue, mentale s'il en est, est malgré tout liée à une ancienne image de la ville, quasi effacée aujourd'hui, au même titre que celle du terrain vague. Je ne l'ai pas fait exprès, mais ce n'est pas un hasard si on arrive au nom de la maison d'édition d'Éric Losfeld dont je recevais les publicités dans les années soixante. Je me souviens , entre autres, de la couverture de Toi ma nuit, autre livre de Jacques Sternberg.
Pour dire aussi qu'il ne s'agit ici que de choses qui me sont passées par la tête, et non d'une étude. De l'ordre donc des connexions personnelles plus ou moins actuelles. À un moment donné, l'auteur ayant d'abord décrit cet univers parallèle comme une juxtaposition de cellules, chambres, bureaux et autres pièces qui ont pour particularité de disposer de portes s'ouvrant sur d'autres dont la destination est toujours imprévisible et de toujours servir de corridors, les gens de passage déstabilisant ainsi le lieu lui-même, le héros en vient cependant à considérer cet univers comme l'ombre du monde qu'il a quitté, pour ne pas dire le nôtre et sa supposée réalité. Il faut dire que les curieux banlieusards y semblent mimer la vraie vie, poussant simplement à la limite l'inutilité, l'inversibilité, la vacuité etc., de l'activité humaine, comme dégagés de toute implication logique ou économique, comme sur la piste d'un jeu de société où même la règle aurait été réduite à son son plus simple simulacre.
Il m'est alors venu l'idée d'appliquer la description à Internet et à ses blogs. Ne suis-je pas dans une case où tout le monde peut passer, ne puis-je pas y jouer tous les rôles sans que cela prête à conséquence? Ne me suffit-il pas de cliquer sur un bouton pour passer dans le blog à côté sans savoir ce que je vais y trouver? Ne sommes-nous pas seuls, même à l'instar des habitants du livre avec comme une lumière dans le regard? Ne sommes-nous pas de l'autre côté, ou au mieux laissés en plan? Ou bien était-ce déjà ainsi au temps du livre?
Si Jacques Sternberg retourne ensuite la problématique, cela n'arrange rien, bien au contraire.
Comme je le fais assez souvent, j'ai noté à la fin du livre des noms qui me venaient à l'esprit pendant la lecture. Là aussi mes connexions à moi, et d'intérêt souvent local; dans le cas présent : Mandiargues, Béalu, Delvaux (Paul et André), Chirico, Escher, Kafka, Robbe-Grillet, Sarraute. Et ce n'est que tout à l'heure que j'ai pensé à Vian : j'ai tapé "vian / pékin / autobus / désert" dans le moteur et je suis bien retombé où je voulais revenir. Henri écrit le 23 septembre 2004, à propos de L'automne à Pékin :
Étonnant récit de la vie en Exopotamie, un curieux désert où l’on arrive par l’autobus 975 (qui dessert la banlieue).
Citation sous Creative Commons
Son père avait ceci pour idéal : se retirer. Jamais il n’eut rien d’offrant. Il était prudent, très prudent, d’humeur égale et triste. Il s’effaçait parfois comme une tache. Il avait aussi de de ces énervements terribles, douloureux, et extrêmement rares comme en ont les éléphants lorsque, quittant une tranquillité qui leur a coûté des années de surveillance, ils s’abandonnent à la colère pour une bagatelle.
Henri Michaux, Plume, Gallimard nrf 1957, p. 109 (Histoire de A.)
D’un côté le jardin : appel des plantes, coups de pouce et coups de freins, pichenettes en un rien résorbées par l’incontrôlable circulation des sèves, juste un temps à côté, saisonnier parallèle plus ou moins debout, plutôt courbé ou à genoux, puis sombrer pour toujours dans la terre rassurante.
D’un côté la folie : ce besoin, cette envie encore et toujours de repartir à contresens, de refaire le pas de trop, de s’atteler sans raison valable à une chimère naturellement rhabillée de nouveaux oripeaux, de quitter comme les bêtes de Marcel Aymé l’étroite étable des conditions natales, de franchir enfin le bleu du seuil, et quand bien même la porte battante, tel le leurre clignotant des néons forains, telle la buée significative des mots tirés au sort, ne serait qu’un saut de page.
Entre deux la fièvre et la fébrilité, l’abattement et l’inertie, le train sans arrêt. D’abord chercher, collectionner et accumuler les choses, faire remparts de cartons remplis, surtout boucher les grands trous bleus que font méchamment les oiseaux. Dans la maison de La peur, écrire l’horreur qui malgré tout s’infiltre, les images polarisées qui déforment le rapport aux autres, les imaginaires débuts d’aventures, les histoires sans corps et les rêves mortifères. Faire des proclamations sans suite, tomber de haut et se réveiller vieux. Se saouler une dernière fois d’activités tous azimuts, affronter au-dehors le néant qui s’approche, aller jusqu’à tricher, jusqu’à faire semblant, jusqu’à se perdre dans un rôle ou un autre, jusqu’à soi-même se croire une fois intégré au groupe, enfin inaperçu, sans marque ni signe rédhibitoire, enfin branché sur le réseau, enfin compris dans le total.
Surtout fuir l’échéance : ni créer ni écrire, ni dessiner ni peindre. Dans la soupente du garage, la fenêtre de toit éclaire rarement l’installation magique. Un petit bureau en bois et une chaise en tube ont jusqu’ici exorcisé les démons intimes. Le lit voisin est incongru. Le monde est plein de pièges.
entre passé... vitesse obligatoire pandémie automobile cancérigènes rentables béton des pauvres croissance des portefeuilles bon marché soi disant camions jour et nuit avions voleurs abonnements en embuscades promotions mon œil hyper je m'y perds arnaque du téléphone terrorisme en petites lettres additifs et émanations économie intégriste pesticides à retardement objectif lune ...coule une rivière: | et avenir... temps de rire transports en commun séduisants principe de précaution vêtements durables rémunération du travail manuel limitation du produit financier parkings à vélos gardés voies fluviales et ferrées coopération prix nets droit de répondre aux réclames service communautaire emballages taxés eau et air pur à volonté commerce humain recherches en douceur respect des sources à Verviers c'est la Vesdre |
| Nous ne nous sommes Des photos des images L'incompréhension Les carcans qui tuent Quelle planète Quelle lumière Quel est le fardeau Le prix à payer Est-il possible De gommer ses pas Où changer d'erreur Dans le grand dégât Du ne pas vouloir Abandonné transi | jamais rencontrés la folie solitaire la peur du coupable jusqu'au goût de vivre que votre autre-là passés les barreaux la longueur de chaîne du côté de l'homme de rebrousser route l'Y est loin nul pardon ne persiste du soir arrivÉ se voir au déserT à l'impossible étÉ |
David Lynch fait partie des réalisateurs qui m’intéressent absolument : je suis prêt à voir tout ce qu’ils ont produit. Parfois je suis déçu par tel ou tel de leurs films. Ce fut le cas pour Inland Empire. Peut-être que j’attendais trop un autre Mulholland Drive. Mais mon intérêt pour l’auteur n’en a en rien été atteint. Il m’arrive aussi d’aller voir d’autres films : pour le genre ou pour une critique que j’ai lue – plus rarement pour un acteur ou une actrice, ou par curiosité.
C’est ainsi que j’ai vu Bug. J’ai pensé à un moment donné que son brio allait compenser le manque ressenti au spectacle précédent mais les choses se sont peu à peu gâchées. Peut-être l’aurais-je moins mal pris si j’avais su dès le départ que c’était un film d’horreur – mais je n’aime pas non plus trop en savoir d’avance. C’est de même que j’ai ensuite vu Anna M. : pas vraiment décidé. Comme dans le film précédent une technique et un jeu d’acteur irréprochables m’ont malgré tout tenu en haleine, pour m’amener décontenancé aux dernières images. Dans ces deux films, si réalisation et "histoire" correspondent parfaitement à ce qu’on est supposé attendre du cinéma : rythme, cohérence, intensité, c’en est trop pour ma part. Je me sens à la fin comme écrasé ou jeté à la rue.
Le quatre-quarts va pourtant lever. Jacques Rivette me fascine depuis Céline et Julie vont en bateau. Va savoir aura été à la hauteur, même à la télévision. Et si le dénouement tient de l’escamotage : "Qu’est-ce que vous êtes allés penser ? Tout va bien, entre nous !", il n’empêche que son train fantôme m’a mené de surprise en surprise deux heures et demie durant.
Résultat : mes fidélités n’ont pas changé. Je cherche à comprendre un rapprochement conjoncturel qui ne va pas de soi. Reprenons néanmoins les films un et quatre. Tous les deux recèlent une fiction enchâssée, non pas selon le mode du flash-back mais tissée dans le temps comme ces romans qui nous habitent ou qu’on croit écrire, et dont des bribes surgissent en plein quotidien. Est-ce sur le plan du travail, ou du style, qu’il faut alors opposer la légèreté partout évoquée de l’un à la désinvolture ici et là reprochée à l’autre ? La pesanteur narrative des films deux et trois a en fait relativisé ma déception initiale. Chacun à leur façon, trop ou pas assez, David Lynch et Jacques Rivette racontent en esquivant les pièges, approchant ou exposant le pire tout en laissant paraître la mise en scène foraine ou théâtrale, nous forçant à regarder en nous les intrigues et les drames dont ils ne nous ont pas délivrés.
Trop belle la chute. J’avais aussi pensé parler d’univers que j’ai plaisir à retrouver et trouve maintenant plus simple d’employer provisoirement le mot vocabulaires, d’aucuns y verront des tics ou des manies, moi non. Pacotille ou monnaie, leur valeur est peut-être ailleurs. Éclairages, tentures, personnages inquiétants pour l’un, chasse au trésor, ville fétiche et jeu d’équipe pour l’autre, l’amateur y retrouve son compte, voire s’y raccroche…
Quant aux acteurs, les ayant longtemps confondus avec l’image idéale qui les représente souvent, ou bien autrement enviés que les réalisateurs, l’intérêt que je leur porte est relativement récent. Ceux que j’aime ont les mêmes vertus que mes cinéastes préférés : mystérieux et ouverts, présents et ailleurs, et ont comme eux un grain : de folie bien sûr, jouée il importe, mais aussi au même titre qu’un papier ou une peau. Mon dernier béguin : Emmanuelle Devos. Ici, Jeanne Balibar a commencé à m’intriguer.